Transcription
[Musique]
La Grand Place de Bruxelles, notre première étape, évoque les secrets de l'alchimie à travers des symboles énigmatiques. Pour les comprendre, elle invitait à faire le voyage à Saint-Jacques-de-Compostelle, un voyage alchimique que nous avons entrepris avec Patrick Burensteinas, ce scientifique et alchimiste.
Pendant des millénaires, de nombreux voyageurs ont pris la route pour l'ouest de l'Espagne. Objet d'une quête mystérieuse, ils partaient de différents endroits d'Europe, et de Bruxelles en particulier. Avant d'être une ville, c'était un marécage. Et à cet endroit-là, l'endroit où il y a l'étoile qu'on voit ici derrière, et bien, il y avait une pierre levée. Et c'est à partir de cette pierre levée qu'on démarrait notre voyage pour trouver la matière première de la pierre philosophale.
[Musique]
À Chartres, notre deuxième étape, la cathédrale, édifiée elle aussi sur d'anciens mégalithes, nous a appris à percevoir un lien entre la matière et l'esprit. Le labyrinthe nous a fait faire nos premiers pas, mais en réalité, c'est un escalier. Mais un escalier qui monte pas dans l'espace. Alors s'il ne monte pas dans l'espace, et bien, il doit monter dans autre chose. C'est peut-être un escalier qui nous permet de monter dans l'esprit.
[Musique]
Dans la troisième étape de notre voyage alchimique, au Mont-Saint-Michel, nous sommes allés au contact, ici encore, d'anciens mégalithes, dans la crypte de Notre-Dame. Sous terre, en alchimie, on dit : "Tu trouveras la lumière même au cœur des ténèbres." Et c'est pour ça qu'on parle d'un feu caché. Comme les alchimistes, les anciens désiraient relier cette énergie de la terre à celle du ciel. Ils ont utilisé, par exemple, des pierres levées qui faisaient comme des paratonnerres à l'envers, c'est-à-dire qui permettaient à la terre de rayonner sa propre lumière vers l'extérieur. Et c'est ce que Saint-Michel essaie de faire ici même. En faisant l'ascension du Mont-Saint-Michel, on a senti que la matière pouvait se transformer, s'ouvrir.
C'est comme si les règles même de la physique changeaient pour glisser doucement vers une métaphysique rationnelle.
Puis, nous avons rejoint d'autres chemins de Saint-Jacques et traversé l'Aubrac. De nombreux domaines annonçaient notre quatrième étape, Rocamadour. Nous y retrouvions Saint-Michel avec Durandal, l'épée légendaire que Roland avait à Roncevaux au moment de sa mort. Saint-Michel a attrapé cette épée, l'a lancée, elle est venue se planter ici où elle est toujours. C'est presque une flèche qui nous indique la suite de notre pèlerinage. Tout à côté, une porte nous a ouvert les secrets de la nature. C'est ce qu'on appelle une porte entre les mondes, c'est-à-dire une manière de percevoir la réalité non ordinaire, celle des esprits de la nature. Ils aideront l'alchimiste à réaliser le Grand Œuvre. On est dans un endroit, tu es en dehors du temps, vraiment un lieu magique. Ce qui nous permet de retrouver peut-être quelque chose qu'on avait perdu, mais qu'on ne doit pas perdre, surtout, surtout si on suit cette voie, c'est notre qualité d'émerveillement.
Alors, on va continuer notre chemin en quête de notre matière première qu'on trouvera à un endroit particulier à Saint-Jacques. Après Rocamadour, le chemin de Saint-Jacques se présente comme une succession de ponts et de portes. Seraient-ce une route vers un autre monde ? Le pont Valentré à Cahors semble l'annoncer. Saint-Jean-Pied-de-Port et Ostabat, comme portes.
[Musique]
Saint-Jean-Pied-de-Port, au pied des Pyrénées, nous ouvre le dramatique et légendaire passage du Col de Roncevaux.
[Musique]
Avant d'atteindre Roncevaux, le chemin passe par un des points les plus hauts jusqu'à Compostelle. Le voyageur y rencontre les compagnons de route privilégiés de l'alchimiste : le vent et le soleil, dans toute leur puissance.
[Musique]
Des souvenirs de Roland habitent encore les montagnes.
[Musique]
C'est dit la légende, en revenant d'Espagne, qu'il dut affronter les Sarrasins. Une stèle rappelle la mort du preux chevalier. Elle se mêle aux petites croix laissées par les pèlerins de Saint-Jacques en signe de leur passage. Le chemin de Compostelle est une œuvre noire. On dirait que le marcheur a entrepris de fatiguer la matière de son corps pour l'ouvrir à autre chose. Mais à quoi ?
En parcourant le chemin, en voyant certains signes et les monuments qui le jalonnent, le pèlerin de Saint-Jacques trouvera peut-être la réponse. Une réponse que plus de 200 000 voyageurs viennent chercher chaque année. Une réponse que les alchimistes connaissaient sans doute.
Après les Pyrénées, les pèlerins passent à proximité de la chapelle d'Urdos, à Hasparen, porte en langue basque. On y trouve une chapelle mortuaire dédiée aux pèlerins qui mouraient sur le chemin. On l'a attribuée aux Templiers. Le sanctuaire a gardé sa triple enceinte. Trois murs matérialisent les trois lignes d'énergie qui entourent le centre de tout lieu sacré.
C'est comme s'il fallait qu'on passe par le sel, le soufre, le mercure, c'est-à-dire ces trois principes. On pourra dire le minéral, le végétal, l'animal, le matériel, le spirituel, le divin. C'est-à-dire qu'on a une enceinte qui nous sort de la matière, une enceinte qui nous amène au spirituel, et enfin, la dernière enceinte qui nous ouvre sur le divin, représentée bien sûr par la forme octogonale, qui est Mercure, le messager des dieux. Et le messager, il reçoit la lumière de quelqu'un. Il reçoit quelque part. Et cette lumière, bien sûr, il la reçoit pour nous de Michael, la lumière de Dieu.
[Musique]
Mais quel Saint-Michel, protecteur de l'ordre du Temple et guide des alchimistes dans leur chapelle octogonale ? Certains Templiers pratiquaient peut-être une forme d'alchimie. Non, cette chapelle est aussi dédiée à Notre-Dame, autre protectrice de l'ordre du Temple, la Vierge d'Urdos. Sans doute à l'origine une vierge noire, mais une vierge couronnée d'or, comme son fils, qui tient un livre. Pas en noir, le livre traditionnellement, et surtout noir, comme ça représente la matière première de l'œuvre. C'est comme si on partait de ce que l'enfant tenait dans une main, qui est la matière première, en passant par la matière vierge, la purification de cette matière. Une fois que cette matière est purifiée, et bien, on arrive à la gerbe de blé, qui est bien sûr le soleil.
[Musique]
Le chemin de Saint-Jacques est imprégné d'alchimie, et comme l'alchimie, il est bien antérieur à Saint-Jean.
La route de Compostelle épouse la voie romaine qui, dit-on, servait à aller chercher des teints en Galice. Cette voie romaine vers l'ouest succède au chemin celtique qui, eux-mêmes, reprenaient sans doute des routes plus anciennes encore, qui avaient à l'origine de si forts appels sur ces routes pendant des milliers d'années : alchimistes, voyageurs et pèlerins.
[Musique]
Seraient-ce la quête de cette ronde unique que cherchent tous les alchimistes, qui est la source de toute chose manifestée ?
[Musique]
On aurait l'impression quelquefois de la voir animer les champs de blé. Après Burgos, Castrojeriz, sur les murs de l'église du village, deux étranges bas-reliefs : une réflexion sur la mort, destinée peut-être aux pèlerins, mais qui parle surtout à l'alchimiste. Deux têtes de mort : l'une appelée "Mors", la mort, et l'autre "Aeternitas", l'éternité. Pour que la matière s'illumine, il va falloir qu'elle passe par une mort apparente. C'est un peu comme si on devait dépouiller la matière, on devait la séparer de ce qui était lourd, pour que le plus subtil puisse se libérer. Et quoi comme symbole de plus naturel, de plus évident que la mort ? Puisqu'on entend dans la langue des oiseaux, c'est l'âme, or, c'est-à-dire celle libérée, la lame, la partie la plus subtile. D'accord.
Au pied de la première tête de mort, un trou, comme un soupirail, mais peut-être aussi une allégorie. Ce trou me fait immanquablement penser à l'athanor, c'est-à-dire le four de l'alchimiste, comme dans ce traité du XVIe siècle d'origine arabe, comme dans les "Douze Clés de la Philosophie" de Basile Valentin, ou encore comme dans le "Musée Hermétique", célèbre traité du XVIIe siècle. Le couple alchimique se sert ici d'un athanor pour décomposer la matière première, un minerai métallique qui est enfermé dans le four avec du mercure, à l'intérieur d'un creuset hermétiquement clos, comme un œuf. C'est l'œuf alchimique. Le dieu Mercure veille sur cet œuf et sur le travail du mercure qui décompose et purifie la matière première. Au sein de l'œuf alchimique, le contenu de l'œuf vu en coupe est symbolisé par la cible qui est à gauche du four. À l'intérieur de cet œuf vont se passer les mystérieuses transformations qui doivent engendrer la fille de sa femme à partir de la mort apparente de la matière première. Pour pouvoir accéder à l'œuf qui, à l'intérieur justement, l'endroit où la matière se dépouille de ses scories, ce qu'on appelle le "caput mortum", la tête de mort, et bien, il y a une toute petite entrée qui ressemble étrangement à cette entrée-là, qui semblerait être, en tout cas pour l'alchimie, vraiment le passage d'un monde à un autre, le passage du vivant au mort. Et ce qui semble confirmer le fait, c'est qu'il y a une autre tête de mort à côté, mais marquée "éternité", cette fois. Et si sur cette tête, remarquez "éternité", dans la langue des oiseaux, l'éternité, c'est l'éternité, c'est-à-dire les terres, sans la terre, les terres étant le cinquième élément, la fameuse quintessence qu'on cherche. Sur tout le tableau, on voit la première tête de mort où il y a la mort, on voit ce tout petit passage étroit, et de l'autre côté, on voit l'éternité. C'est exactement la démarche de l'alchimiste. Quand l'œuvre au noir est réalisée dans un creuset ouvert, cette double mort est visible. Dans un premier temps, la matière première est décomposée et purifiée par un feu extérieur, c'est la première mort du métal. Dans un deuxième temps, ce sont les cristaux du métal qui s'ouvrent, ils libèrent le feu intérieur de la matière, son secret, ses passions, ses émotions, c'est la deuxième mort du métal, celle de son ego, en quelque sorte. Et comme ça continue en dehors du feu, je ne suis plus dans le feu, et la réaction continue à tel point qu'il doit avoir du métal liquide. Regardez le temps que ça reste, on voit les gouttes de métal. Elles sont en dehors du feu, ça prouve que le feu sort là du métal. Je ne suis plus dans le feu. Là, on va le réactiver. Le métal est devenu immobile, il a perdu son agitation, on le croirait mort. En fait, il est prêt à accepter la lumière qui va venir en lui pour y faire éclore, peut-être, cette pierre philosophale qui ouvrirait le chemin de l'éternité.
La Meseta, un grand plateau qui s'étend de Burgos à Salamanque, sur près de 150 km, est un véritable athanor pour le pèlerin.
[Musique]
Le chemin file vers l'ouest, tout droit, comme pour apprendre la rectitude aux voyageurs, puisqu'on ne peut trouver la pierre qu'en se rendant droit, qu'en se rectifiant. Des alchimistes, le nouveau passage et de nouveaux cols s'en affranchissent. Le Col de la Croix de Fer est un haut lieu de pèlerinage. Il était dédié autrefois au dieu Mercure, Mercure Hermès. La tradition veut que chaque voyageur laisse une pierre au pied de la croix. Les pèlerins abandonnent aussi quelques scories, imitant la matière première dans l'athanor, qui devient de plus en plus légère au fil des étapes de l'œuvre au noir.
[Musique]
[Musique]
Un ultime col reste à passer avant Saint-Jacques et la Galice : le Cebreiro. Au sommet d'un des plus anciens villages du chemin, dans l'église, une vierge avec l'enfant. Curieusement, l'enfant nous présente une pomme, le fruit défendu. Mais faut s'entendre sur le terme du fruit défendu, c'est-à-dire, est-ce qu'il est interdit ou est-ce qu'il est défendu ? Et s'il est défendu par quelque chose, peut-être qu'on peut mettre les gardiens en défaut, plutôt se les concilier pour pouvoir enfin acquérir ce fruit. C'est le fruit de la connaissance. Un épouvantable dragon est chargé de défendre ce fruit. C'est le fruit des précieux travaux de l'alchimiste, sa récompense. C'est alors une pomme d'or, comme celle que vient cueillir Hercule, image de l'alchimiste dans le jardin des Hespérides.
[Musique]
L'alchimiste Michael Maier consacre le frontispice de son traité "Atalante Fuggitive" à cette célèbre pomme d'or.
[Musique]
Atalante, c'est la matière volatile que souhaite fixer l'alchimiste. Invincible à la course, elle fait un jour dépasser par son prétendant qu'elle dut épouser. Pour la ralentir, il avait mis sur sa route trois pommes d'or. Trois pommes d'or que Vénus était allée chercher pour lui dans ce jardin des Hespérides, que certains situent sur une île à l'ouest de l'Espagne. Dès l'instant qu'on arrive en Galice, c'est bien, on va complètement vers l'ouest. Et qu'est-ce qui a complètement vers l'ouest ? Et bien, une île mystérieuse, bien connue des Celtes, particulièrement de Merlin, qu'on appelle l'Île d'Avalon, l'île des pommes, l'île de la connaissance des choses cachées. Il y a quelque chose d'assez remarquable, c'est que cette île, et bien, elle est invisible aux vivants. Il va falloir faire un chemin initiatique, et ce chemin passe par une mort apparente. Et après cette mort, on embarque sur un bateau, sur un vaisseau secret et sacré, et ce vaisseau nous conduit à cette île. Et là, bien sûr, nous avons la connaissance de toutes les choses cachées. C'est pour ça qu'à la sortie de ce vaisseau, on peut décrypter tous les secrets, c'est-à-dire sortir de la crypte, retrouver la pomme de la connaissance. Dans un autre emblème de "Atalante Fuggitive", un vieillard alchimiste qui ressemble au Docteur Faust, coûte aux pommes de la connaissance. Elles lui apprendront, pense-t-il, comme la pierre philosophale, à vaincre le temps et à trouver le chemin de l'île de l'éternelle jeunesse.
[Musique]
Quand on coupe une pomme, si on la coupe pas verticalement, mais si on la coupe horizontalement, en l'ouvrant, et bien, on va trouver à l'intérieur une étoile à cinq branches. C'était toile à cinq branches, bien sûr, représente la quintessence, ce qu'on cherche. Cette étoile, c'est le chemin de Compostelle. Compost, thème, la terre de l'étoile. D'autant plus que la direction de la Galice est indiquée par la Voie Lactée, et au Moyen Âge, était appelée le chemin de Saint-Jacques. Et on retrouve Hercule, la Voie Lactée lui doit son nom.
[Musique]
Fils de Zeus et d'une mortelle, Hercule, qui venait de naître, fut placé par Zeus à côté de sa femme endormie, Héra, pour qu'il boive à son sein un lait qui le rendrait immortel. Mais Hercule, mord d'ici, fort le sein de la déesse. Que ce lait d'immortalité jaillit dans le ciel en guise d'étoiles et forma la Voie Lactée.
[Musique]
Le chemin de Saint-Jacques abolirait le temps et conduirait à l'immortalité, ce qui semble se confirmer quand on entre en terre de Galice. À Traba Castella, un châtaignier qui a plus de 800 ans. Il a vu passer presque tous les pèlerins de Compostelle. Des habitants du village disent qu'il garde une porte du temps. Le pèlerin va se dire : "Bien, maintenant, je vais faire mon pèlerinage dans une éternité." C'est un rapport étroit avec l'alchimie, dans le sens où la quête de l'alchimie est la quête de l'immobilité. Et on sait très bien que quand on rentre dans son laboratoire, on en franchit aussi cette porte du temps.
[Musique]
Et quand on a franchi la porte du temps, et bien, on va sortir une espèce de légèreté. Les alchimistes racontent que si on a un poids, c'est pas parce qu'on est attiré par le centre de la terre, mais c'est parce que tout autour de nous, il y a la lumière. Lorsqu'on appelle la vraie lumière, bien sûr, c'est-à-dire, ce n'est pas la lumière du soleil, mais c'est tout ce qui n'est pas matière. Donc, on peut dire que la lumière exerce une pression sur la matière.
[Musique]
Nous, et bien, on a un poids que parce que la lumière nous appuie sur les épaules. Et on pourrait imaginer que si je deviens transparent à cette vraie lumière, et bien, la lumière passe à travers moi, je n'ai plus de poids. Barcella, ou la physique rejoint la métaphysique, c'est que évidemment, n'ayant plus de poids, et bien, je pourrai voler. Bien sûr, c'est vraiment comme si j'avais franchi une porte de l'agitation vers l'immobilité. On n'a plus aucune notion du temps qui passe, mais bien sûr, plus aucune notion de son propre poids. Et au lieu de marcher sur la route, et bien, on glisse blanc dans le temps.
Quelques dizaines de kilomètres avant Saint-Jacques, un vieux chêne creux veille sur un calvaire. Le chêne creux, symbole alchimique de l'athanor. Le calvaire des chrétiens. Et les pèlerins parlent du temps, de la mort, de la naissance, et du mystérieux chemin de Saint-Jacques.
[Musique]
Saint-Jacques-de-Compostelle.
[Musique]
Enfin. Et jamais.
[Musique]
La cathédrale semble poursuivre, voire achever, l'œuvre de dissolution du pèlerin. Elle en capte les dernières poussières.
[Musique]
La cathédrale est un tombeau, celui de l'apôtre Jacques le Majeur, le frère de Jean. Il partit évangéliser la Galice et l'Espagne en vain. Revenu en Galilée, il convertit le magicien Hermès Trismégiste et fut décapité sur ordre des Romains. La légende dit que deux de ses disciples emportèrent son corps sur une barque sans voile ni rame. Après un voyage de sept jours, la barque vint s'échouer sur les rivages de Galice. Les deux disciples de Jacques déposèrent son corps sur une pierre. Aussitôt, la pierre se mit à fondre et prit la forme d'un sarcophage. On voit quasiment une opération alchimique. On le sort de ce vaisseau, on le pose sur une pierre, et il transforme cette pierre en liquide. Il a liquéfié, il a volatilisé là. Quand ça coulait, ça coulait comme de l'eau. Évidemment, plus c'est fluide, moins il y a de matière dense à l'intérieur. On dit : "Lentement, avec grande industrie, tu sépareras le subtil de l'épais." C'est ce qu'on fait là. On a séparé l'épais, le subtil, de plus en plus. Et puis, ça devient le réceptacle de la lumière, donc un cristal capable de recevoir cette lumière universelle. Alors, faut s'entendre encore une fois sur le terme lumière. Ce n'est pas la lumière visible qui nous éclaire, mais c'est tout ce qui n'est pas matière. C'est-à-dire, ce n'est même pas une énergie primordiale, puisque l'énergie, c'est déjà un mouvement, c'est l'unité.
[Musique]
Et on peut imaginer ensuite, et bien, que l'esprit, et seulement l'esprit, reste à l'intérieur de cette pierre, parce que cette pierre s'est liquéfiée et on a fait un contenant. Et à l'intérieur de ce contenant, est seulement resté l'esprit de Jacques. C'est sans doute pourquoi maintenant les miracles, si miracle il y a, et bien, sont devant cette chasse, puisque ce sera un réceptacle de la lumière, presque un espèce de Graal. D'ailleurs, le Graal, dans la racine, vient de "Galles", comme Galice, qui veut dire la pierre, le contenant de la pierre. Bien là, encore une fois, voilà une pierre qui contient l'esprit. Si je purifie suffisamment cette matière, la lumière qui est à l'extérieur rentre à l'intérieur. Et si cette matière s'illumine, c'est la pierre philosophale cristalline et rouge, un petit peu comme les traces qu'on a ici. Ça veut dire qu'à cet endroit-là, il s'est passé quelque chose. Alors, il faudrait en prendre un petit peu et voir si ça transmute. Le but de la transmutation, ça ne sert pas à faire de l'or, ça sert à voir que la pierre fonctionne, c'est-à-dire si elle a des vertus transmutatoires, c'est-à-dire qu'elle a des vertus de faire rentrer la lumière dans un corps opaque. Le plomb est encore opaque. Donc, si Jacques, de cette pierre à l'intérieur, et bien, elle va injecter de la lumière à l'intérieur du plomb, et par là, mais elle va changer sa structure. C'est comme quand on fait rentrer de l'eau dans un tuyau d'arrosage. Si le tuyau vient droit, et bien, là, si je fais rentrer de la lumière à l'intérieur d'un corps chaotique, il va se redresser, il va changer de structure, et changeant de structure, il va changer de nature, et donc, il va devenir de l'or. Et c'est le seul but de la transmutation, c'est de savoir que la pierre fonctionne. Ensuite, l'alchimiste va l'utiliser pour lui, parce que c'est son but final. Le but de l'alchimie, c'est de se retrouver dans l'unité. Et pour ce faire, il a besoin que la lumière qui est à l'extérieur entre aussi à l'intérieur de lui. Donc, par conséquent, cette pierre, quand il l'aura faite, et bien, il va la prendre, et si la prendre, il se rectifie, c'est-à-dire, il se rend droit. Une fois qu'il est rendu droit, la lumière qui est à l'extérieur entre à l'intérieur de lui, et il disparaît, sans doute, pour retourner dans l'unité. Ça, c'est le véritable but de l'alchimiste, et non pas la transmutation.
Le corps de Jacques fut enterré, puis oublié. Mais un jour, bien des siècles plus tard, comme sur le régule de l'œuvre au blanc, une étoile apparut au-dessus d'un champ. On creusa, et on trouva le tombeau de Saint-Jacques. Cet endroit qui s'appelait alors "Iria Flavia", lieu de passage, devint Saint-Jacques-de-Compostelle. Le champ de l'étoile. "Compostelle" est en réalité, l'origine de Compostelle vient des mots latins "compositum", le lieu où se décomposent les corps, cimetière. Saint-Jacques-de-Compostelle est un lieu de mort, le lieu de la première mort, la mort des apparences, disent les alchimistes. S'arrêter ici serait succomber dans les apparences. Peu à peu, les alchimistes vont acquérir la conviction que leur matière première ne peut pas être à Saint-Jacques-de-Compostelle. Les pèlerins, arrivés, ils vénèrent le tombeau de Saint-Jacques, touchent le manteau de sa statue, demandent le pardon de leurs péchés, et admirent les ors de la cathédrale. On croit qu'on est arrivé, et ça, c'est très alchimique. La chose la plus évidente ne va pas être la chose à trouver, c'est-à-dire que oui, il y a de l'or partout ici, oui, il y a une magnificence incroyable. On a l'impression, en tout cas, c'est l'impression dès qu'on a un petit peu ici, comme dans une nasse. La seule chose qui puisse y avoir, c'est sans doute la trace du pèlerinage bien antérieur, c'est-à-dire pré-chrétien. Et cette trace existe derrière la façade baroque édifiée au XVIIIe siècle. On y trouve le porche roman d'origine. Au pied du trumeau qui soutient la voûte du porche, on rencontre à nouveau Hercule, venu jusqu'ici, peut-être dans sa recherche du jardin des Hespérides. Il est très probable qu'il y ait un culte à Hercule. Pourquoi sur le portail, dit le portail de la Gloire, et bien, on a un personnage barbu qui tient deux lions sous ses bras, et ce personnage ressemble très fortement à Hercule. En plus, le lion étant son animal tutélaire, c'est la maîtrise de la force, et je pense à la maîtrise des passions aussi. Mais on s'aperçoit qu'il y a deux trous dans la gueule des lions, et que l'idée de la maîtrise de la force, et bien, ça serait de placer les bras à l'intérieur de la gueule du lion. Ensuite, on se retrouvera derrière ce pilier où il y a un autre personnage. L'autre personnage, et bien, c'est Maître Mathieu, c'est celui qui aurait sculpté le portail. Et là, on doit faire toucher son propre front avec celui du bâtisseur pour en acquérir la sagesse. Donc, on pourrait tout à fait imaginer que ce n'est qu'un passage. Ici, on doit apprendre à maîtriser la force et la sagesse. La force par Hercule, mais la sagesse par Maître Mathieu. De l'autre côté, mais glisser ses bras dans la gueule des lions, cette entrée en contact avec le monde d'en bas, avec les enfers, selon l'église. On invite les pèlerins à toucher plutôt le trumeau du portail qui s'élève vers Saint-Jacques et le Christ. En revanche, l'hommage à Maître Mathieu, qu'est-ce qu'il conserve ? C'est comme si on nous disait : "Eh bien, ce que tu cherchais juste à la porte, on n'a rien d'autre à faire. Maîtriser la force, la sagesse, et surtout la plus grande sagesse, et ne vous arrêtez pas là, et continuez le chemin dans le plus grand dépouillement pour aller à des endroits qui semblent beaucoup, beaucoup, beaucoup plus simples, mais qui sont sans doute l'aboutissement réel."
[Musique]
Saint-Jacques-de-Compostelle n'est qu'une porte de plus sur le chemin. La matière première ne peut être que dans un lieu premier, un lieu où tout a commencé, vers l'océan.
[Musique]
Les alchimistes, et aussi quelques pèlerins, continuent donc leur route jusqu'à l'océan, distant d'une cinquantaine de kilomètres. En approchant de la côte, on trouve une étonnante chapelle. On y remarque un calvaire. Et même en Bretagne, cette croix celtique évoque la Galice. On ne trouve pas la croix chrétienne, mais surmontée du triskèle. C'est le signe qu'à travers la succession des croyances et des cultures, une connaissance très ancienne a pu persister ici, dans l'ouest de la Galice.
[Musique]
Un calvaire indique une source sacrée, sacrée depuis très longtemps, depuis bien avant le christianisme, sans doute. L'eau sort de la pierre, ou la pierre de l'eau. Après la chapelle, les voyageurs rencontrent la route des dolmens. La Galice abrite des milliers de sites mégalithiques. Ils sont âgés de plus de 5 000 ans, et de ce lointain passé, ils rapportent un message essentiel aux alchimistes.
[Musique]
[Musique]
[Musique]
[Musique]
Il est encore en ligne de nature, donc il est bien à sa place. À la rituelle pour faire fonctionner ce, c'est tout va innover les civilisations mégalithiques. Ne serait-ce que la manière dont il situe les dolmens et autres, prouve une connaissance, peut-être empirique, des lignes du monde et de la manière dont elles fonctionnent. Donc, si on avait la possibilité de canaliser ces lignes, et bien, on a toute l'énergie de la terre. Alors, l'idée, c'est de se mettre en communion avec la terre. Ça, c'est ce que les anciens ont fait directement dans tous les sites mégalithiques, et ça s'est transmis à travers une iconographie, à travers des textes, à travers des grimoires. Pour l'alchimie, ça fait pas l'ombre d'un doute.
[Musique]
À proximité de ces mégalithes, on découvre les vestiges de nombreux villages, les castros. Ils sont bien plus récents, 500 ans avant notre ère, mais leurs habitants ont sans doute repris les croyances et les connaissances des hommes du Néolithique.
Autant maintenant, on est coupé de la magie du monde, autant à cette époque-là, ils baignaient avec ça. Des gens qui venaient s'installer dans des endroits qui étaient plus ou moins hostiles, en sachant que bien sûr, il devait satisfaire aux besoins essentiels : manger, dormir, se protéger. Mais aussi, face à une nature qu'ils ne comprenaient pas, ils ont utilisé des intercesseurs, ils ont utilisé les dieux, ils ont utilisé les lieux, ils ont utilisé les forces de la nature. Or, nous, on s'est coupé de tout ça parce qu'on comprend tout maintenant. Mais comme on ne comprenait rien, et bien, jamais il y a eu peuple si proche de leur dieu. Donc, on ne peut pas imaginer que le pèlerinage s'arrête à Saint-Jacques. Les vraies cathédrales, ce sont la cathédrale à ciel ouvert, avec les véritables colonnes. On a autour de nous, basol liturgique, on va avoir ici, c'est la musique de la nature, et ça se mérite, c'est-à-dire que pour ça, on les écoute, on l'attend. Là, il se passe rien, c'est le silence. On sent qu'il va se passer quelque chose, on commence à sentir des prémices. Voilà, ça monte tout doucement. Voilà, et on sent la vague. On veut que le feu, le clos, on invoque la terre, on convie toutes les forces de la nature, tous les animaux du lieu, tout ce qui est en haut, tout ce qui est en bas. On a la sensation de pouvoir discuter avec les éléments, et pas les subir.
[Musique]
Tout au bord de la mer, un autre castro mystérieux, Baroña, juste en face, à flanc de colline. Des roches gravées, il y a quatre ou cinq mille ans. Des dessins géométriques, des animaux, le soleil, des cupules creusées dans la pierre. Un site sacré dont l'enseignement semble avoir été repris beaucoup plus tard par les habitants de Baroña.
À leur tour, ils ont fait vivre dans les pierres qui dominent leur village la plus ancienne tradition initiatique. Le castro de Baroña représente exactement le cheminement métaphysique de l'alchimiste. On sait très bien que l'alchimie, c'est la transformation de la matière, mais c'est surtout et avant tout la transformation de l'alchimiste. Et quoi de mieux que de vivre cette transformation ?
On s'aperçoit qu'il est composé de trois parties : une partie arrondie, plutôt femelle, une partie avec des pointes, plutôt mâle, et puis une dernière partie où on va avoir un chemin caché. Et ce chemin caché, et bien, va nous conduire vraiment sur le haut. On sent qu'il y a vraiment une progression.
[Musique]
Dans la première partie, on voit ces constructions rondes. On s'aperçoit qu'à une pierre, une pierre percée, et que cette pierre est vraiment enveloppante, vraiment féminine, à tel point que l'on peut s'asseoir à l'intérieur. On se sent entouré, presque comme à l'intérieur du ventre de la terre, d'une mère. On va voir qu'il y a un trou, et il est très facile de se laisser glisser par ce trou. On s'aperçoit même qu'au milieu, c'est usé, donc renaître à l'intérieur de cette pierre, évidemment, quelque chose de très symbolique et de très effectif. Et après cette renaissance, on va à la partie mâle. Et là, on va voir des gardiens de pierre qui ressemblent d'ailleurs étrangement à des lézards ou à des serpents.
[Musique]
Et ces gardiens de pierre entourent une faille, et de cette faille, périodiquement, jaillit de l'eau. On a vraiment l'impression d'avoir une force active, une force mâle qui nous fait jaillir. Et en continuant notre chemin par la droite, on va trouver un chemin caché, on ne le voit pas de prime abord, qui va faire le tour de cette presqu'île. Et en arrivant derrière, on va avoir cette fois le ciel, le ciel et la mort, avec dans la pierre, l'empreinte d'une sorte de sarcophage. On a l'impression d'être parti de l'intérieur de la terre, d'avoir vécu dans la partie active, et de mourir maintenant à notre vie terrestre pour toucher la lumière.
Alors, ça va tellement loin que si on continue ce chemin, et bien, on va aller le plus à l'ouest possible de ce castro. Et là, on va voir un siège, et ce siège, il est tourné vers la mer. Un guetteur était placé là en permanence, comme s'il attendait quelque chose, peut-être les mystérieuses légendes, mystérieuses histoires venant de la mer, en espérant que le savoir venant d'Avalon, il vient, était toujours disponible. On a vraiment l'impression qu'il y a quelque chose de très ancien qui viendrait de l'ouest, toujours cette île mystérieuse, et que de cette île mystérieuse, et bien, quelque chose ou quelqu'un ou un souvenir sont arrivés jusqu'à nous.
[Musique]
Dans toutes les légendes, toutes les histoires, la connaissance est donnée à un peuple curieux, mystérieux. On va parler de lézards, on va parler de serpents. Il n'y a pas une culture. Le christianisme, c'est le serpent qui donne la pomme. Merlin, c'est le dragon. Les Chinois, c'est le dragon. En Amérique, c'est le serpent à plumes. Donc, on a un curieux rapport entre les lézards, les serpents, qui auraient donné la connaissance aux hommes. Et donc, parmi tous ces savoirs, les secrets de l'alchimie, ce que suggère Hermès et son caducée omniprésent dans tous les traités, dans la deuxième des "Douze Clés de la Philosophie" de Basile Valentin.
[Musique]
Ou dans cette autre gravure qui illustre le "Tripode d'Or" de Michael Maier.
[Musique]
L'alchimie viendrait de civilisations lointaines disparues, englouties, antérieures à tout ce que l'histoire a retrouvé. Une légende raconte que dans la baie de Nias, tout près de Baroña, Noé, à la fin du déluge, vint s'échouer avec son arche sur le mont Aro, au-dessus de la petite ville de Noia, qui doit son nom à Noé, souvenir d'un cataclysme antique. Comme autrefois à Baroña, dans le cimetière de Nias, est perpétué un rite de mort et de naissance. Une étrange tradition guide les pèlerins de Compostelle vers d'anciennes dire tombale. Ils en choisissent une, ils la dédient à eux-mêmes, à cette partie d'eux-mêmes qu'ils ont laissée tout le long du chemin de Saint-Jacques, qui se termine dans la mer. N'est-ce pas dans la mer qu'on trouve les coquilles Saint-Jacques ?
[Musique]
[Musique]
À Muxía, au cœur de cette côte de Galice qu'on appelle la Côte de la Mort, c'est encore une barque, après celle de Noé et avant celle de Jacques, qui vint s'échouer sur la grève. Une barque de pierre, dit-on, qui amena la Vierge Marie pour aider Saint-Jacques à convertir les Galiciens, car les croyances païennes résistaient depuis. On pourra voir encore sur le rivage quelques morceaux de cette barque de pierre. Bien miraculeuse, bien entendu. Toutes ces barques et toutes ces pierres laissent deviner que la matière première des alchimistes n'est plus très loin. Elles disent qu'il faut trouver une plage, une plage qui puisse recevoir cette matière première qui viendrait elle aussi de la mer, ou là où la terre se finit. À Fisterra, par exemple, près du Cap Finistère, pas très loin de mourir. Mais quelle plage ? La plage du Croissant, dit-on.
[Musique]
Une place particulière, près d'un village perdu aux confins de la Galice, "Remesal". Les alchimistes pouvaient reconnaître le nom d'Hermès dans la langue des oiseaux. Remesal, en galicien, le jugement du sage.
C'est donc au jugement du sage que l'alchimie termine son voyage de Saint-Jacques.
[Musique]
Alors, on a la fin du pèlerinage, à l'endroit où la terre se finit. Et à l'endroit où la terre se finit, et bien, on doit trouver le croissant. Et le croissant, il est juste derrière moi. À chaque fois qu'on a le chemin, on parle de croissant, à deux acceptions : soit c'est une opération croissante, ça veut dire aller croissant, soit c'est un lieu. Il se trouve que c'est un lieu qui ressemble à un croissant. Et en le cherchant à l'est, sur cette plage particulièrement, pour vous trouver quelque chose qui était rejeté par la mer et qui lui permettait enfin de commencer son œuvre. Quand on regarde cette plage, on s'aperçoit qu'il y a un courant qui arrive juste dessus. Il est très probable qu'il y ait un massif métallique en mer, et que sur ce massif, par le courant, j'ai un certain métal qui soit arraché, et ce métal, roulé, et arrive sur la plage. Ou arrivait sur la plage, c'était des nodules polymétalliques, futur de fer, chaussures de cuir, ou des sulfures d'antimoine.
[Musique]
Il paraît, mais c'est très probable, que ce soit la matière première de l'œuvre. En tout cas, la voie occidentale, tout ce qui est décrit dans tous les textes, c'est que la matière première, et bien, l'antimoine.
[Musique]
[Musique]
Théoriquement, on pourrait partir de n'importe quoi, puisque tout est tissé de lumière. Finalement, c'est comme un arbre, de chaque feuille, on pourrait revenir au tronc. Mais il y a des branches plus faciles, et une des branches plus faciles, c'est vraiment l'antimoine.
[Musique]
Cette antimoine, on peut la trouver ailleurs en Europe, mais ici, elle a un prix particulier. Elle est chargée de tout ce que nous a apporté ce voyage.
La moitié, on a appris la filiation, la voie, on a travaillé sur nous-mêmes. On a trouvé la matière première. Non, on va chercher l'arbre monde, c'est la première matière, celle qui est née tout au bout, justement, au bout de la terre et au bout du temps. Cette matière est donc la fenêtre qui nous permet d'ouvrir notre univers pour trouver la lumière.
Au Cap Finistère, à côté de la plage du Croissant, arrive aussi chaque soir des pèlerins de Compostelle, comme si Saint-Jacques, pour eux non plus, n'était pas la véritable fin de leur chemin. Le mouvement de la marche est terminé, l'immobilité est retrouvée.
[Musique]
Les pèlerins semblent renouer avec les antiques cultes solaires.
[Musique]
Chaque jour d'été, ils sont des centaines à venir contempler la disparition du soleil.
[Musique]
C'est l'endroit où les voyageurs laissent leur dernière attache.
[Musique]
Dans une sorte de testament, certains confient leurs pensées au reste du jour.
[Musique]
[Musique]
D'autres consument quelques souvenirs de la route.
[Musique]
Et tous s'accomplissent l'œuvre du soleil.
[Musique]
Alors, il ne reste plus pour les alchimistes qu'à s'en retourner, mais sans se retourner, en allant tout droit devant, en traversant la mer, la mer des sages, la mer des philosophes, dit-on, dans les livres noirs.
[Musique]
La mer, tout semble venir de Mercure, avec ses deux serpents. On dirait aussi qu'il apporte l'antimoine, car l'antimoine, comme la terre, a pour symbole un cercle surmonté d'une croix.
[Musique]
La mer, une image de la matière devenue liquide dans le creuset. Elle va donner naissance au régule, ou petit roi, mais peut-être bientôt au grand roi, à la fille de sa femme, comme le montre la couronne d'or de ce souverain dans "Atalante Fuggitive".
[Musique]
Alors, l'alchimiste aura découvert l'île de la connaissance.
[Musique]
[Musique]
Là, on est encore dans l'œuvre au noir, dans la purification. Quand le soleil paraîtra, on sera à l'œuvre au blanc. Et quand la lumière descendra à l'intérieur de la matière, ce sera conforme rouge, mais cette fois, l'œuvre au sein terminée. Pour cela, on devra apprendre quelques modes d'emploi précis. Dans la sixième étape, à Paris, nous les déchiffrerons avec Nicolas Flamel, qui avait fait le voyage de Saint-Jacques. Puis nous les décrypterons sur ces îlots de connaissance que sont les églises et les cathédrales qui émergent dans les villes. Au-dessus des toits, et dans notre septième étape, à Notre-Dame de Paris, nous verrons comment se réalise la pierre philosophale.
[Musique]
[Musique]