Transcription
[Musique] Une bagarre entre plusieurs dizaines d’adolescents à la sortie d’un collège. Les policiers de la brigade anti-criminalité doivent s’y rendre avant que la situation dégénère. [Musique]
Dès qu’on arrive sur place, on a pas mal de monde effectivement, une bonne quarantaine d’individus. « Vous rentrez chez vous ? Vous étiez là depuis le début ou pas ? Il y a pas de blessé ? Ok, donc vous rentrez chez vous. On va rester un petit peu quand même pour calmer les esprits et puis que tout le monde rentre chez soi. » « VO, c’est une bouteille, aurait permis de porter des coups. » Voilà, donc on a appréhendé là-bas, sur l’herbe, voilà. On va, on va faire un tour dans le secteur voir si on trouve d’autres objets, en fait, voilà.
Alors que la situation s’apaise, ce sont les policiers qui vont devenir des [Applaudissements] cibles. « Vas-y, je monte avec Chips, tu restes là. On va faire le tour, on va essayer d’en choper un. » Ces insultes, Sébastien ne veut pas les laisser passer. « Basket, orange, et blanche. » [Musique]
« Où t’es ? Laisse-les s’épuiser. Vas-y, vas-y. » Sébastien, et ses 40 ans, se lance à la poursuite de l’adolescent. « Viens, viens, je te dis ! » Et malgré la différence d’âge, il parvient à l’attraper. « Vas-y, individu, sur toi ! Et nous répéter ce que tu as dit tout à l’heure là, du coup ? Non, tu es sûr ? C’est ça ? C’est lui ? Parfait, c’est moi. Il a été palpé, hein ? Ok. Des fois on laisse passer, mais là, non, non, non ! Une fois, deux fois, mais allez… [__ ] vos mères, fils de [__ ] ! Faut, faut calmer le jeu, puis il y a du monde aux fenêtres, donc on peut pas laisser passer ça. La police, on a une image, et puis voilà, on laisse pas, on laisse pas les jeunes nous insulter comme ça, tout le temps, tout le temps. »
Jusqu’alors inconnu de la police, l’adolescent de 14 ans fera l’objet d’un rappel à la loi. Sébastien et ses collègues de la BAC ont pour mission de lutter contre les guerres de bande, les violences urbaines, les petits trafics et d’intervenir sur les flagrants délits, braquage ou violence. Pendant plusieurs jours, nous avons suivi le quotidien de ces policiers en civil et la manière dont ils procèdent à leurs innombrables contrôles. Leur zone d’action s’étend sur neuf communes, près de 200 000 habitants, mais celle où il passe le plus de temps, c’est Trappes, situé à une trentaine de kilomètres de Paris. Surnommé par la police « le petit Chicago » il y a une vingtaine d’années, la ville est aujourd’hui plus calme, même si la délinquance y reste importante. Ici, pour les policiers, Gérard Philippe ou Albert Camus ne sont pas des noms d’artistes ou d’écrivains, mais des quartiers sensibles où les interventions sont parfois [Musique] difficiles.
Policier depuis 2002, Sébastien est en poste ici depuis 4 ans. Il travaille de 13h à 21h et touche un peu plus de 2000€ net. La journée commence par la préparation du matériel. « Alors on a des grenades, bon, l’« mog », et des grenades de désencerclement en cas d’attroupement et de façon à, à s’extirper plus vite si jamais on était entouré d’hostiles. Puis là, on a les cartouches du lanceur 40. Lanceur 40, c’est ce qui a remplacé le flash-ball. » Taser et équipement de maintien de l’ordre classique, mais aussi un armement plus lourd depuis les attentats du Bataclan. Les brigades anti-criminalité sont effectivement en première ligne en cas de prise d’otage terroriste. « Bien qu’ils soient équipés maintenant de fusil d’assaut, peut répondre plus facilement avec ça qu’avec notre arme de service individuelle. Une arme de guerre que tous les policiers de la BAC ont été entraînés à utiliser. »
Ok. Le matériel placé dans le coffre de la voiture. Le gilet pare-balles, il le porte en permanence, comme son arme de service. Pour intégrer la brigade anti-criminalité, il faut réussir une série de tests écrits et physiques. Les places sont chères. Chaque jour, trois voitures de la BAC patrouillent dans les rues, avec en moyenne trois policiers à bord. Quand ils ne sont pas appelés pour une urgence, ils peuvent mener leurs propres enquêtes. Dans le parking souterrain d’une cité sensible… « Teller », plus ce collègue de Sébastien surnommé « Chips », a repéré depuis quelques jours une voiture qui a commencé à être désossée. « Je crois… mini… non, c’est… ah, c’est… ils ont pris l’EFF… depuis… voiture qui tourne… c’est une voiture… les… les… »
Les policiers pensent avoir affaire à des trafiquants de pièces détachées alimentant des garages clandestins. « Le but, c’est de voir en venant comme ça sur certaines heures, s’il y a pas des mecs qui sont en train de travailler dessus. Mec travaille dessus… tu sais… pour… voilà… du démontage de pièce sur un véhicule volé. Sachant qu’en plus ça se fait petit à petit, parce que souvent… ah, c’est à la demande. Des Fiat 500, c’est… c’est… qu’est-ce qui les jeunes aiment bien… pour peu que il y en a qui veulent une pièce… bon, B… voilà, ils savent qu’il y en a une qui est là, ils vont récupérer ce qu’il faut et puis voilà. » Si dans quelques jours les policiers n’ont toujours pas interpellé de suspects, ils appelleront une dépanneuse pour faire enlever le véhicule qui pourra être restitué à son propriétaire.
En repartant, ils vont jeter un œil à un box qu’ils connaissent déjà. « J’appart… on va y… c’est une salle de prière aménagée avec tapis et bibliothèque. Que des sexagénaires à l’intérieur. Rien de suspect. » Pas plus. Le lieu a en fait déjà été signalé au service de renseignement. « Ils ont une autorisation, on va dire provisoire, le temps qu’une autre salle de prière officielle soit faite. Nous, on a fait remonter l’info, comme je disais tout à l’heure, on transmet les informations qu’on a sur le terrain, et après, qui de droit se charge de surveiller ou de laisser tomber. » A priori rien d’illégal ici, mais l’islam radical est bien présent à Trappes.
Lors de leur patrouille, les policiers de la BAC croisent ou contrôlent régulièrement des suspects fichés S à l’antiterrorisme. Ces dernières années, près d’une soixantaine d’habitants de la ville auraient rejoint la Syrie et l’État islamique. « Signat… longtemps que j’ai pas vu… ou… moi je l’ai vu la semaine dernière. Ah ouais, mais il a des… des sacrés épaules… je sais pas si c’est pas lui… à gauche… ah si, c’est lui… si c’est lui à gauche, en noir… » L’homme observé ne jette pas un regard au policier, il ne le contrôle pas. Ils le connaissent déjà très bien. « Avant, à la base, c’était… il faisait beaucoup de vol à l’arraché, VO, avec violence. La dernière fois qu’il a fini en prison, c’est grâce à nous. Il a un collègue qui a laissé un genou et moi j’ai pris un coup de tournevis dans la main et donc il est parti au ballon, et quand il est ressorti, il avait une barbe de Père Noël et comportement complètement différent de ce qu’il était avant. »
En première ligne sur le terrain, les policiers de la BAC n’enquêtent pas sur les islamistes, mais en les observant au quotidien, ils servent de relais au service de renseignement qui traite ensuite ces dossiers. La brigade anti-criminalité, c’est souvent les yeux, les oreilles et la mémoire du terrain des services de police en charge des enquêtes judiciaires. Chaque jour, Sébastien et ses collègues parcourent en voiture jusqu’à 150 km, l’œil au guet pour trouver la bonne affaire. « Tout est propice à un contrôle. Là, c’est une voiture qui roule trop vite… de contrôle… » La délinquance routière n’est pas la priorité de la BAC, c’est un prétexte pour trouver autre chose. Le contrôle suit un protocole bien précis, car ces policiers ne savent jamais sur qui ou sur quoi ils vont tomber. « … se mettre sur le côté là… faire attention comment je me stationne… voilà… protéger mon collègue qui est sur la gauche au cas où on se fera rentrer dedans… il est protégé par mon véhicule et de bien coller aussi le… le véhicule qu’on… qu’on fait stationner… que si le gars veut percuter, ben qu’il y ait pas trop de dégâts, que je puisse repartir. »
Les policiers fouillent les occupants de la voiture à la recherche de drogue ou d’objets interdits. Ils ne les connaissent pas et sont intrigués par leur présence ici. « Toi, trois, vous venez faire quoi là ? [Musique] …sont… la… jamais fait garde à vue… est connu de la police… si tu as fait la garde à vue, tu es connu pour avoir… pourquoi… pour… mon… dans la… V… » Sur son écran tactile, Sébastien consulte ensuite les fichiers de police pour vérifier qu’aucun n’est recherché, mais aussi recouper leurs déclarations. « Je sais pas… bah attends… ah… ah… donc déjà il m’a menti… il a pas fait une garde à vue, mais trois vols par effraction et mise en danger de la vie d’autrui… refus d’obtempérer… récidive de bien… ouais… bon, il est pas connu que pour… pour avoir conduit une motocross… il me dit avoir fait 10 mois de prison… » Je commence à comprendre pourquoi le conducteur a un pédigré plus fourni que ce qu’il a bien voulu dire. Un détail qui peut paraître anodin, mais dont Sébastien se souviendra en cas de contrôle futur. « Voilà, tu es un menteur un peu, toi, hein ? Tu as fait 10 mois de prison, c’est ça ? Enfin, tu… juste pour avoir… Moss… vol… tu as oublié des choses… pas connu qu’une fois chez nous… plus… plus… »
Un équipage de la BAC réalise en moyenne une demi-douzaine de contrôles chaque jour. « Bonjour ! [Musique] Le… VI… parfois comme du harcèlement, les jours… ça fait partie du job… contrôler, contrôler, contrôler, contrôler… force… effectivement… tombe sur… sur des affaires parfois… donc on contrôle pas tout le temps pour rien. » Allez. Des contrôles qui permettent à la BAC de Trappes chaque mois d’interpeller environ 80 personnes, essentiellement dans des affaires de stupéfiants. Mais ces contrôles du quotidien peuvent être interrompus à tout moment quand l’urgence s’impose. « SC… c’est bon… sont rentrés dans l’entreprise… rentrés dans l’entreprise… là, on part sur un scooter et ça fait deux fois que… qu’il est repéré dans la journée et qui fait des refus d’obtempérer aux collègues et apparemment là, ils auraient lâché le scooter et les individus seraient en fuite à pied, refusant les contrôles, abandonnant finalement leurs deux roues. »
Les suspects ont l’air déterminés. La possibilité d’une grosse affaire pour la BAC. « Ils sont dans quel bordel là ? Sont partis à droite, en fait. On allait pour faire un contrôle du… SCO… me… le SC… ils sont partis direct en courant là-bas… ok… vous laissez… » Une porte de cette entreprise est ouverte. « Police ! » L’alarme déclenchée. Les suspects sont peut-être là. Sébastien et ses collègues prennent leurs précautions. L’entrepôt est immense. On cherche une aiguille dans une botte de foin. Là, c’est… malgré une heure de recherche, aucune trace des deux hommes. Ils n’ont à ce jour toujours pas été identifiés.
Au petit matin, descente de police dans une cité d’Aubervilliers. Ces enquêteurs de la brigade de protection des familles cherchent à interpeller un jeune homme de 18 ans, un multirécidiviste connu pour vol, trafic de stupéfiants et escroqueries. « Bonjour madame… » Cette fois, il est soupçonné d’avoir frappé une jeune fille de 15 ans. [Applaudissements] « Dépêche-toi, on y va… c’est pas comme ça… es pas tout seul dans cette histoire… j’ai tout expliqué… VI… tu sais… je vais te dire pourquoi tu es interpellé… tu connais… voilà… as compris… voilà… » Deux autres suspects sont interpellés simultanément dans la ville, soupçonnés d’être impliqués aussi dans le tabassage de l’adolescente. Patrick, un enquêteur du service, est chargé de mener la première audition du suspect. « Présence de… il s’appuie sur les déclarations de l’adolescente qui a déposé… PL… votre carte s’il vous plaît maître… merci beaucoup… est-ce que tu connais une de nos… oui je la connais… qu’est-ce qui s’est passé là ? Je l’ai croisé… vas-y… ouais, je l’ai croisé… après comme elle avait raconté des histoires fausses sur moi… elle raconte quoi exactement sur toi ? Des trucs bizarres… ok, ben moi j’ai fait l’ENF, je suis rentré dans son jeu… ouais… j’ai fait l’enfant… c’est-à-dire… tu as fait l’enfant… tu l’as frappée… exactement… c’est quoi ? Je mis des claques… j’avais un bâton, je mettais des coups de bâton… »
« Il avait avec toi le bâton ? Ouais… mettais des petits coups… c’est quoi comme bâton ? Un petit bâton en bois… en bois… tu sais ce qu’elle a eu au moins ou pas ? Tu es… tu as entendu… je vais te dire un petit peu ce qu’elle a à l’hôpital… elle a six jours… T… déjà… d’accord… donc elle a une équimo… sur la… tbe… gauche… elle a des équimoses sur le bras gauche, face antérieure, le cou droit, la cuisse gauche, le mollet gauche, la cuisse droite et le mollet droit… donc tu es sûr que tu lui as mis que des claques et des petits coups de bâton ? Truc… c’est qu’il y a des témoins qui disent que tu l’as… tu l’as quand même un peu roué de coups à un moment donné… ouais sûrement… mais je me rappelle plus trop parce que ça fait un peu longtemps… apparemment tu l’as suivie, tu l’as enfermée dans l’… là tu l’as encore rouée de coups… donc tu es sûr, tu lui as mis que des claques… ça vaut mieux que tu me dises la vérité… je l’ai frappée… V… fait… c’est-à-dire… tu l’as frappée vite… des coups… des coups de quoi ? Coups de poing ? Non, des bois… et le bâton… c’était pas une barre de fer tout court que tu avais ? Ou c’était même pas une barre de fer… c’était une antenne de VO… ah voilà… tu vois… est-ce que quand même tu prends conscience des coups que tu as portés quand même ? C’est déjà… on frappe pas une femme pour commencer… je pense que tu aimerais pas qu’on fasse ça à ta petite sœur, à ta maman, truc comme ça… moi je suis désolé, je voulais pas que ça arrive… là je suis désolé… on y rep… »
Après cette première audition, un complice présumé de l’agression, lui aussi connu du service, est à son tour interrogé par un autre policier. Il est très décontracté face à l’enquêteur. « Alors toi, elle t’a reconnu sur le fichier, parce que… sur le fichier qu’on a… comment… en photo… ouais… ou ouais… sur les photos… ben tu es déjà inscrit dans nos fichiers… photos… et voilà… t’a reconnu sur cette photo là… s’est passé quoi avec elle le 18 septembre ? Je sais pas… il lui disait… ouais… pourquoi tu as dit ça sur moi… pourquoi tu as menti sur moi… tout ça… après il l’a tapée… il l’a tapée… commençait à s’évanouir… façon… moi je lui ai mis des claques et tout au début… moi je lui mettais des claques pour qu’elle se réveille… après elle dit… ouais… elle dit… ouais… pourquoi tu me frappes… après j’ai… j’ai dit… là tu veux… je te frappe… tout ça… après je… je mis de… trois claques… il… des bonnes… des bonnes… moi je… moi je regrette… je regrette d’avoir fait ça… s’a des excuses à aller présenter… moi je suis prêt… je regrette… »
Des faits reconnus sans difficulté, des regrets apparents, mais pour les policiers, un degré de violence élevé qui semble être devenu la norme chez des mineurs de plus en plus jeunes. « Apparemment c’était son ancienne copine, mais ça le dérange pas de la frapper une semaine après et puis de la rouer de coups et de repartir manger un grec… c’est… c’est devenu normal en fait… c’est voilà… c’est normal… pour… nor… pour eux, c’est… ils ont indifférents… ils cognent… pour… la fille n’est pas… n’est pas l’égal de l’homme… loin de là… loin de là… ouais… pour… ils ont pas la… la notion de… de frapper… combien de fois ils nous ont dit… on frappe pas, on éduque… » « Rentrez, asseyez-vous sur la chaise au fond là-bas madame, vous pouvez rentrer aussi. »
La jeune victime de 15 ans est convoquée au commissariat. Elle est accompagnée par sa sœur. « Ses agresseurs présumés… ser… toi… voilà… numéro 4… il m’a suivi avec un essuie-glace… il m’a frappée avec… d’accord… donc tu confirmes… confirmes que c’est bien lui qui t’avait fait tout ça… oui… ok… à côté… numéro 2… euh… ok… il avait fait quoi ? Il m’a… la… m… pour me relever et en me relevant il m’a mis une deuxième… voilà… ok… je sais pas comment cette histoire va s’en finir… mais je sais pas du tout… je… que j’en ai… la… boue… vent… ou… ouais… je comprends… ma sœur… voilà… c’est elle qui va s’en prendre… tout le quartier en train de… si… tombe… c’est à cause de toi… si tombe… c’est à cause de lui… ouais… oui… je sais… mais vous connaissez comment ça… moi je peux pas être derrière ma… s… tous les jours… un jour ils vont me la prendre… ils vont la mettre dans une C… et vous savez… nous on est des gens sans problème, sans histo… » Bien sûr, bien sûr. Dans cette affaire, il n’y aura pas de sanction, le principal suspect s’en sortira cette fois avec un rappel à la loi.
Aubervilliers, 76 000 habitants, le taux de délinquance est l’un des plus élevés de France, une ville frappée par une économie de survie à ciel ouvert, trafic de cigarettes vendu à la sauvette ou mécanique sauvage sur les trottoirs avec ses garagistes de fortune. Une partie de la ville est classée depuis 2012 en zone de sécurité prioritaire. « Tu reprends le volant s’il te plaît… » Descentes, des patrouilles sur le terrain, mais aussi un travail d’investigation mené depuis ce bâtiment de brique rouge, le commissariat d’Aubervilliers. 150 fonctionnaires travaillent ici sous la direction d’une femme, une commissaire, Fabienne Alber. « Une semaine assez chargée… on va parler d’abord… affaires judiciaires… » Ses équipes gèrent une dizaine de gardes à vue chaque jour, trafic de stupéfiants, affaires de mœurs, mais aussi une spécialité locale, le vol à la portière. Ces images ont été tournées par la police. Des jeunes en scooter cherchent une proie dans les rues de la ville. « Ils ont pas vu… ils nous ont pas vu… gar… va taper là… oh [__ ]… il va taper… » Le vol n’a duré que quelques secondes. « Vous lâchez pas les gars… » Cette fois, les voleurs réussissent à prendre la fuite au prix de multiples risques.
« …0…our… il sé… depuis 3 mois… ce policier surveille un groupe de jeunes particulièrement chevronnés… donc on les voit tourner d’abord… c’est toujours comme ça… font des petits tours… ils cherchent à repérer… vous allez voir… jettent des coups d’œil à l’intérieur des véhicules… voilà… on les voit regarder à l’intérieur des véhicules… là on voit vraiment bien… regarder… en général ils s’en prennent à des femmes seules qui posent leur sac à main sur le siège passager… les mains dans les poches pour tenir les silex… pour briser les vitres, ils utilisent ces petits cailloux aiguisés… ici… placés sous… C… il les frotte les uns contre les autres… il les balance sur la vitre et après… soit la vitre explose toute seule… enfin avec les silex… soit c’est l’aide de la main qui rentre… qui va… qui va terminer le travail. » Un vol particulièrement traumatisant pour les victimes. En trois mois, suite à des surveillances, des recoupements téléphoniques et même des analyses génétiques, les enquêteurs pensent pouvoir attribuer 24 agressions commises dans le même secteur à une seule équipe. L’interpellation est prévue ce matin. Fred et ses collègues sont chargés d’arrêter le leader présumé du groupe, un mineur de 17 ans, trahi par son ADN. « K… il pr… B… » Leur objectif, nous l’appellerons Michel, ne dort pas chez lui, mais dans un foyer éducatif de la région parisienne où il a été placé par un juge. « Là, c’est bon, on arrive… FO… c’est moi… on vient t’interpeller… tu te lèves pour… donc 7h12… je te place en garde à vue pour des faits de vol en réunion précédé de dégradation. »
Les policiers ramènent Michel au commissariat. « La casquette, de toute façon, tu vas pas la mettre en garde à vue… la casquette… » Il est un habitué des lieux, il y a été interrogé à de multiples reprises pour un seul et même délit, les vols à la portière. « Assieds-toi… et Antoine… le connaissent bien… le dialogue est facile… premier réflexe… regarder les photos dans son téléphone… et ça fait… les coques… et ça fait… les… et ça fait les coques… Mach… oh la classe… qui c’est qui fait le CO comme ça ? Qui c’est qui fait le CO de pognon là ? Je demandé… j’ai fait quoi encore ? Et d’après toi pourquoi… pourquoi c’est le bon… explique-moi pourquoi… pourquoi… pourquoi tu es devant moi ? Est-ce que tu crois je suis venu te chercher par hasard ? Ah, c’est pas… je veux pas t’accuser… je sais… je suis… pour… quoi… pour des… quoi ? Pour des faits de vol… vas-y… des vols… quoi… voilà… tu connais ça… autour de… mais… o… en général… pour… o… plus… in… Cho… chinois… qu’est-ce qu’ils font les Chinois ? Gros… voilà… les gros chinois… et donc ils sont payés comment ? En liquide… en liquide… et voilà… donc maintenant je te repose la question… est-ce que tu as commis des faits de vol à la portière ces trois derniers mois ? Non… ouais… ouais… allez… vas-y… combien de faits… vol à la portière… tu as… [Musique] … commis ? Non… arrête… non… non… sérieusement… ben je t’ai dit un… non… ah… regarde-moi… regarde-moi… tu sais très bien comment ça marche… tu sais très bien… plus vite tu viendras… mieux ça se passera avec le juge par la suite et tu sais très bien que tu nous connais… Fred… comme moi… si on vient te chercher, c’est qu’on a un dossier… maintenant toi… ton intérêt c’est de reconnaître tout de suite tes fautes… tu vas nous dire lesquels tu as faits, lesquels tu as pas faits et c’est comme ça que ça se passera le mieux pour toi devant le juge des enfants… voilà… »
Grâce aux empreintes ADN de Michel retrouvées sur des silex, Fred et ses collègues savent qu’il est impliqué dans au moins deux vols à la portière. « Je te parle d’un véhicule Volkswagen, un Touran, couleur noire, est-ce que ça te parle ? Non… et comment ça fait qu’on retrouve ton ADN sur les silex ? Je sais pas… ah… comment… TR… mon… pas… tout simplement que c’est toi qui a cassé la vitre… non… sinon on aura pas retrouvé ton ADN sur les silex… c’est aussi con que ça… c’est scientifique… c’est une preuve… » Les policiers sont persuadés qu’il est impliqué dans beaucoup plus de vols. « Beaucoup plus… allez… AB… vas-y… AB… tu es léger là… encore… encore plus léger… vas-y… pas… vas-y… combien… vas-y… dis-le… allez… vas-y… combien… moi je te dis sur une quinzaine… ouais… est-ce que c’est crédible ça ? Dis si tu nous dis 15… effectivement… je crois que tu te rapproches de la vérité… encore en dessous… mais je pense que maintenant le bal est fini… à un moment donné faut arrêter un petit peu les conneries… je t’accompagne… attends deux secondes… »
Au cours de ses auditions, Michel reconnaîtra finalement huit vols à la portière. « Tu es un [__ ]… » Malgré tout, en attendant d’être jugé, il a été placé dans un centre éducatif fermé, loin de la région parisienne. Antoine ne se fait cependant guère d’illusions sur l’avenir de ces jeunes, habitués à la délinquance. « Il y en a qu’on a vu grandir et c’est malheureux, mais vers 12, 13 ans, il commence par faire ce qu’on appelle du VO, vol de roues, donc assez… des voitures en stationnement… ils se mettent ensuite en général vers le vol à l’arraché, vers entre 14 et 16 ans très souvent, et vers 16 ans très souvent il passe à ce qu’on appelle le vol à la portière, ou… et… ou… mais rarement les deux… se dirige plus vers les stup… et en général les… les premiers braquages viennent après le premier séjour en prison. »
Le trafic de drogue est l’un des fléaux d’Aubervilliers. Il y aurait sur la ville une quinzaine de points de vente. Les trafiquants cherchent en permanence des parades pour échapper aux opérations policières. Les hommes de la brigade anti-criminalité, la BAC, s’intéressent à une cité connue pour être un point de deal. « On va essayer de descendre dans le parking, en fait, qui donne dans les parties communes… ils ont baricadé en fait ces parties communes pour empêcher les habitants de… de monter par là… par des matelas, des barricades et cetera… et pour empêcher du coup notre progression… pour les prendre à revers. » Ce jeu du chat et de la souris avec les trafiquants commence. Les policiers entrent discrètement par le parking de l’immeuble. Ils vont tenter un… [Musique] …grandit… comme prévu… les escaliers sont jonchés de détritus pour ralentir les visiteurs… les policiers… un acheteur… mais le vendeur lui est invisible… ici les transactions se font par ce trou creusé dans le mur… une sorte de guichet qui permet au dealer de prendre la fuite en cas d’arrivée de la police… « …it… directement… on peut pas… M… la nouvelle technique… nous ont fait ça… va être… acheteur… le vendeur… maintenant une nouvelle… une nouvelle technique pour essayer de les prendre en T… et faire les deux en même temps… » L’acheteur ne sera finalement pas poursuivi.
Pour Thomas, en poste depuis 8 ans à Aubervilliers, et son collègue, c’est la routine. Souvent les mêmes délinquants arrêtés puis relâchés. « Notre boulot, c’est vraiment en fait de les remettre à la justice… si on s’arrête à ça, il y a plus de police… nous on est vraiment… on aime vraiment ce qu’on fait… les interpellations c’est ce qui nous fait vivre… après maintenant à la justice de faire son travail et nous, nous, quand on a fait le nôtre on est content et on dort bien la nuit. » Traquer les flagrants délits inlassablement, mais aussi s’attaquer au réseau en profondeur, c’est l’objectif des enquêteurs de la brigade des stupéfiants d’Aubervilliers, BST. « Plus BAC… en fait… aussi… tout le monde sur place… ok… » Elle est dirigée par Christophe, un lieutenant qui depuis un mois supervise la surveillance d’un petit supermarché de la drogue organisé comme un commerce. « On a cinq objectifs… donc dans les cinq objectifs il y a un vendeur, un gérant et trois nourrices… c’est un peu particulier… je donne le top… interpeller une fois que j’ai deux objectifs… mes deux objectifs principaux sur place, à savoir le vendeur et le gérant qui en principe arrivent entre midi et 14h et qui se dirigent vers… vers la nourrice qui est juste à côté du point de vente… le camion sera par là… toi il faut que tu te mettes là… tu bloques ici parce qu’il aurait peut-être une… un échappatoire ici… donc le bélier… » L’enjeu est d’interpeller les cinq membres du réseau en même temps. En planque sur un parking non loin du point de vente, les policiers attendent l’arrivée du vendeur.
Et du gérant sur le site ? Deux heures d’attente. On a les objectifs dans le secteur. On y va ! Confirm avant le top départ ? Bien reçu. Allez, on y va ! Go !
On les policiers auto ont pour mission d’interpeller le vendeur, juste abaissé à un moment donné. Équipés d’une caméra embarquée, ils aperçoivent rapidement leur objectif, ici sur la gauche, à 100 m de là. Le reste de l’équipe investit une première planque où serait stockée une partie de la drogue.
2 [Musique] 3
Un homme est interpellé dans ce squat. C’est lui qui réapprovisionnerait le vendeur plusieurs fois dans la journée. Quand même pour voir qu’il VO qu’il a les PO plein derrière lui ! Le chien, il est où ? [Musique] Tiens, car tu peux regarder ici s’il te plaît ? Ouais, j’vais OK. Des emballages ? Ça pue ! Bien des emballages utilisés pour conditionner le cannabis ! Plein d’emballages ! A raison, mon bébé ! Le chien policier s’intéresse aussi à ce coffre-fort trouvé. C’est à toi, mon avoc ? Ser ta rép quand ton avoc ? Ser ? Le policier trouve une arme de point, près d’un kilo de résine de cannabis et de la cocaïne. [Musique] Tout dedans ! On va mener direct le coffre ! Une première saisie, mais les enquêteurs savent que le plus gros de la marchandise est sans doute stocké ailleurs. Tout le monde ! Tu on va la nounou ! Allez, go !
Dans le jargon policier, la nounou, la nourrice, est une personne au-dessus de tout soupçon à qui les trafiquants confient leur stock. Il faut l’interpeller au plus vite avant qu’elle ne soit prévenue. Me présenter ? [Applaudissements]
Il est 13 h. Vous êtes passé en garde à vue à compter d’aujourd’hui pour trafic de stupéfiants, acquisition, détention, transport, acquisition, transport de produits stupéfiants. Il s’agit d’une femme sans emploi, d’une trentaine d’années, mère célibataire, inconnue des services de police. Très vite, elle raconte avoir prêté les clés de son appartement alors qu’elle était partie en vacances. Les policiers commencent leur perquisition. C’est B ? C’est quoi ? Je sais pas. Appartement ? Et vous savez pas ce que c’est ? Bah, j’étais pas là. J’ai la les CL pour ? Oui, je sais. [Musique] Que c’est tout ce qu’il y a ? En ? C’est déjà pas mal. OK.
Un réseau comme celui-là génère en moyenne un chiffre d’affaires de 7 à 8000 € par semaine. Les objectifs de la brigade des stup ont été interpellés et sont emmenés au commissariat. Ouvert et surtout le butin : 7 kg de résine de cannabis, un peu d’argent (150 €), et deux armes : un pistolet d’alarme et un semi-automatique 9 mm. Ire gè leousmidi vois en ce moment la grande mode, c’est qu’il se vole du cannabis entre eux en fait. Donc en fait, ben voilà, ceux qui transportent, ils ont une arme et ça permet de de protéger les transports de stup. Ça, c’est les couteaux de découpe de la résine. Puis ça, c’est pour peser tout simplement. Puis ils les mettent dans des blisters, peu comme ce type. C’est pas mis n’importe comment, ils perdent de l’argent sinon. Donc c’est tous les 2 g à peu près, tous les GR ou tous les 2 g, ils mettent dans un blister et ça vend comme ça. Voilà. Sais représente 60000 € à la revente. Une perte sèche pour le gérant et ses complices qui auront peut-être du mal à se relever. Vraiment ça le fait très mal parce qu’ils doivent tout rembourser. Ils savent que finalement les vrais méchants, ça sera pas nous.
Ce qui attend dehors du couloir ? Plus de plus de dialogue de leur part. Les auditions commencent, notamment celle de la nourrice présumée. Comment se fait-il que de la drogue ait été découverte à votre domicile ? Je ne sais pas. Je ne sais pas. De confiance ? C’est un AB de confiance ? Pour quelle raison avoir prêté ? Je pars de vacan et pour éviter les cambriolages, pour faire des mouvements dans la maison pendant de mois. Donc est-ce normal selon vous de prêter les clés de son domicile à un inconnu pour qu’il ait la jouissance pendant deux mois de votre appartement alors que vous ne connaissez ni son nom de famille, ni son prénom, ni son numéro de téléphone ? Soit vous êtes la personne la plus naïve du monde, soit vous vous moquez de moi. Non vraiment ? M’a dit : j’ai pas de téléphone, j’ai pas de numéro.
On va continuer. Au fil de ces auditions, elle reconnaîtra avoir accepté de jouer le rôle de nourrice en échange de drogue pour sa consommation personnelle. Selon le patron des stup, ces nourrices sont souvent en situation de faiblesse, mais aussi victimes de pression. Non, dans ce cas-là, ça a pas été des des menaces directes, c’est euh c’est mieux c’est mieux pour toi de voilà de garder sans rien de garder une boule sans rien dire. On sait où tu vis, on sait ce que tu as fait, on sait ça, on c’est si. Donc en fait, c’est tout un tas de voilà de petites remarques, de petites suggestions et ce qui fait qu’au bout d’un moment, la personne est déjà faible, ah la personne va dire : OK, je dis rien, voilà, et je garde je garde la matière stupéfiante, voilà, pour pas avoir d’histoire. En fait, c’est vraiment c’est un …
Jugés en comparution immédiate, les responsables du réseau ont été condamnés à 4 ans de prison ferme et 10000 € d’amende. La nourrice, elle a écopé de 12 mois de prison avec [Musique] sursis.
Sur la droite, il est toujours là. Vas-y, arrête-toi. On va le taper en contrôle. Monsieur, contrôler identité ? Ouais, c’est vrai. Faites quoi ici, monsieur ? On attend pour l’auto-école. Je voulais vous demander mais c’est fermé, les auto-écoles. TI ti ? Bah, nous on a eu… Attendez, monsieur, vous avez rien de dangereux, rien d’illégal sur vous ? Pas de couteau ? Non, mais faut… C’est soit vous savez, soit vous savez pas. SZ sûr. Vas-y, VZ vos poches s’il vous plaît. Je regarder. Ok. Pas d’attestation ? Non, j’ai oublié l’école. J’ai pas avancé du tout. Écoutez, on va vous verbaliser, monsieur.
C’est le genre de quartier où la présence de la police, même pour un contrôle d’attestation, peut faire du bruit. Ça arrive. On est pas on est des êtres humains, on est pas des machines. B oui, normalement j’y pense. 38 de 00, c’est pour un prochain véhicule. On a un tir de mortier à proximité du magasin d’or là. Une première patrouille est appelée en [Musique] renforcement. 2 [Applaudissements] Tirs de feux d’artifice qui proviennent du cœur du quartier. Tu vas passer par le petit espace là. Cette fois, les policiers s’équipent lourdement. Allez, on y va ! Et investissent la cité. Les artificiers, comme les habitants, semblent avoir disparu. Et ça a été découvert où ? Là où la T été ? C’est pas mal là, derrière ETI. Deux emballages de feux d’artifice, normalement interdits à la vente, mais qu’on trouve, d’après la police, sur internet pour une dizaine d’euros. C’est pour nous dissuader éventuellement de venir, et puis d’autre part pour montrer un petit peu le le moyen d’action quoi. On dire quelques jours auparavant dans le même quartier, les tirs visaient cette fois directement les [Applaudissements] policiers. La scène a été diffusée sur les réseaux sociaux ce weekend-là. Une soixantaine d’impacts a été relevée sur les véhicules de police. Ni ce policier, ni aucun de ses collègues n’a été [Applaudissements] [Musique] blessé.
L’agglomération de Grenoble, plus de 400000 habitants, compte plusieurs quartiers sensibles qui abritent d’importants trafics de stupéfiants. Contrairement au reste de la France, ici les deux confinements n’ont pas entraîné de chute de la délinquence. Et comme dans beaucoup d’autres cités, le face-à-face quotidien entre les policiers et ceux qu’ils contrôlent continue presque comme si de rien [Musique] n’était.
Il est 8 h du matin. Premier contrôle d’un point de deal pour la BST, la brigade spécialisée de terrain. Parmi ces garçons, trois sont déjà connus de la [Musique] police. On enlève la cagoule. Cali là, mal cha FO oh oh les couilles. D’accord, je… On arrête de se dire on s’en bat les couilles. D’accord. C’est un contrôle de police, on est calme. Le temps du contrôle, leurs attestations de sortie sont vérifiées. J’ai 3 K de COC. Mes affaires d’école ? Connais ? Où là ? Combien sur toi ? Combien tu as compté ? Tu as pas compté ? Le jeune homme a 470 € sur lui. C’est bon, j’ai trouvé. Plaqué sous les feuilles là-bas. VO la cocaïne. Cocaïne et cannabis. Bravo ! Voilà. Ce matin, vous perdez 300, 200… On perd 800 € ce matin, les gars. Tous les jours l’ouverture du point de… Un qui arrive avec avec ça et souvent il le PL là où ils sont. Ça vu d’il. Donc on sait que dans le secteur où il y a une visibilité, il on l’il et c’est souvent même endroit. C’est dans all les Bosquer. Planquer sous des pierres, ils vont jusqu’à creuser des trous, mettre des feuilles dessus et c’est au-dessus…
Les trois garçons qui n’avaient pas d’argent sur eux sont écartés du contrôle. Le 4e attend d’être fixé sur son sort. Vous, la drogue qu’ils ont retrouvé là, comment ? Et l’argent ? C’est quoi, juste derrière ? Ces trois copains sont plus détendus, voire provocateurs. Bon, en est quoi alors ? Laurent, policier à Grenoble depuis 2010, était jusqu’à heure surnommé dans le quartier le Marseillais. Qu’il t’appelle ? Et après ? Et toi ? Ou ? Et du coup faire marseillais mettre à la place comme ça. Je sais que c’est pour moi, c’est bien. Tu sais lire avec du recul ? Oh oui, ça me rit pas. Première fois qu’on a droit à des menaces de mort, des trucs comme ça. Que le rigoler là ! Sa cagoule. La dernière fois sur scooter, il faisait ça parce qu’on avait failli l’interpeller avec le stup et il avait failli se casser la gueule là-bas au [Musique] virage.
Laurent reçoit l’ordre de laisser partir le 4e garçon avec ses 470 €. Pour un avis en dessous de 1000 €, les autorités à Grenoble n’engagent pas de poursuite pour non justification de ressources. C’est frustrant un peu. On a l’habitude… C’est la première fois qu’on les contrôle quiargent, sachant que c’est de l’argent lié à la drogue. Petite coupure ? Non, non, non. En plus, il sort de prison pour trafic de stup. Vous avez une attestation du coup sur vous ? Non. Laurent n’a plus qu’une seule carte en main. Grâce au confinement, chez moi ? Monsieur ? Non, non, non, non. Attendez. Vous habitez pas ici. Dites pas… Vous sortez chez moi ? Vous vous habitez de l’autre côté du quartier, là-bas, de l’autre côté de l’avenue. Votre présence ici, comment vous l’expliquez ? En fait, d’accord. Donc vous faites 500, 500 m pour aller fumer. D’accord. Donc monsieur, vous serez verbalisé parce qu’il n’y a pas besoin de faire 500 m pour se cacher pour fumer. Surtout que je sais très bien ce que vous faites ici. Vous retournez chez vous immédiatement. Euh monsieur, c’est pas là-bas vous habitez ? Non. Vous allez à pied, vous êtes venu à pied, vous repartez à pied.
Une amende à 135 € qu’il recevra à son domicile, mais qui ne semble pas dissuasive pour ses copains. Regarde voir si on quitte bien le secteur. Voilà. Mais bon, faut qu’il se fasse recharger, hein. Ils vont passer un coup de F, un scooter qui va venir les recharger là, on le voit en noir là, au bout, là-bas. Ils vont nous suivre jusqu’à ce qu’on quitte le secteur, puis ensuite ils vont remettre en place le le point de deal avec une nouvelle recharge. Personne va travailler, personne va à l’école.
Oui. Un policier de la BST ne reste pas sur le point de deal car ils doivent inspecter les parties communes dans un autre quartier où des feux d’artifice ont été tirés la veille. Armes et regard tournés vers les étages. Dès le matin, ils sont obligés de raser les murs. Alors on se met bien en dessous pour éviter les projectiles. Bien sûr que ça arrive qu’on prenne des projectiles. Donc bonjour monsieur ? Bonjour. Ça va bien ou calme tous les jours ? Vous balayez tout [Musique] ça comme ça. Que des fois on tombe sur des belles surprises. Ça peut être des engins pyrotechniques, après ça peut être du stupéfiant aussi qui est planqué, voir des armes de point aussi. Ça peut ça nous arriver. Il vérifie même qu’il n’y ait pas de projectile stocké sur les toits lorsque ceux-ci sont accessibles. Pas de trace d’artifice ce matin-là. Et déjà une autre intervention. Ce deuxième confinement, comme le premier, crée des situations familiales tendues. Bah s’il est là, on va aller voir les pompiers. Jean-Louis, major de 48 ans, bonjour, a été appelé pour un garçon de 19 ans appelé par son père. Il voulait faire une attestation pour sortir. Accompagne le papa ? Un câble ? Il a jeté la chaise sur lui. Donc il s’est protégé, il a pris un coup sur la tête et il… Belm avec mère. Demandez juste s’il désire déposer plainte. Déjà dés… Déposer PL ? Pas la prière fois. C’est pas la première fois. [Musique] C’est la police ? Ouvrez s’il vous plaît. Sans l’autorisation d’un magistrat, sans flagrant délit. Bonjour madame ? Oui. Bonjour monsieur. Est ici ? Pouvez-lui dire de venir s’il vous plaît. Les policiers doivent obtenir l’accord des occupants pour pénétrer dans l’appartement. On peut rentrer, madame ? Où est en CIN ? Il est où, monsieur ? Il est… Il est sorti. Non, je je vous crois pas. Je vous crois pas. Qui vient nous voir tout de suite. C’est pour votre fils. Je viens pas par hasard. Je pense qu’il est sorti. Je suis sûr qu’il est en appartement. Alors allez, vous lui dites de venir nous voir s’il vous plaît. Allez. Bonjour monsieur. Enfin, on va gagner du temps. Je vous explique, votre fils a été transporté à la clinique mutualiste parce qu’apparemment vous avez une altercation avec lui. On est d’accord. Lui, il bat avec moi. Peu importe. Je je j’entends ce que je veux dire, c’est que du coup il faut que vous veniez avec nous à l’hôtel de police être auditionné. Donc vous venez calmement, tranquillement et après vous repartez. D’accord. E éit bien là. Ça sert à rien de dire qu’il est pas là. En plus, c’est pour votre fils. Bah oui, il est transporté à l’hôpital, c’est qu’il est blessé. Bon, on y va tranquillou. Je vous me note pas. D’accord. Non, non, mais je vous le dis, je vous me note pas. Vous venez tranquillement avec nous. Vous avez été correct. Je suis correct. D’accord. Allez, on va à l’hôtel de police.
Le père violent sera placé en garde à vue au commissariat. La justice décidera d’une médiation familiale. [Musique] Mieux. Pendant le premier confinement, les violences intrafamiliales ont augmenté de près de 30 %. Quelques heures après leur passage matinal sur le point de deal, les policiers y retournent en début d’après-midi. Ouais, ça part la courette. He vers vous. Cette fois, des guetteurs signalent tout de suite leur arrivée. Du coup, les dealers ont disparu. Ouais, vous en avez rattrapé un, mais ils ont laissé dans les buissons des preuves de leur présence. Mon avis, c’était posé là. Un nouveau gramme de cocaïne, ici posé là, et je pense que c’est un de qu’a là-bas qui a pris la recharge que ce matin. Et ça c’est ex… Et là, toujours dans le parc, au milieu des habitations, ça c’est l’exta, des cachets d’ecstasy à l’effigie de Donald Trump. Ou un peu de tout. Le confinement ne semble pas perturber le trafic. Et la nuit, les policiers ont tout autant de travail. Ivan et Ludovic appartiennent à l’unité canine. Ils patrouillent de 20 h à 5 h du matin. Comme les restaurants, bars et discothèques sont fermés, ils chassent les fêtes improvisées sur sur les parkings. Mieux dames ? Bonsoir. Bonsoir. Vous avez pas l’impression que vous êtes dans un endroit où vous avez pas d’être là ? Il y a pas le confinement, il y a pas les masques. Normalement, on rentre, on rentre chez nous. Est où le problème ? Non, là vous êtes en train de vous fumer des joints. B la VO sur le toit de la voiture. Quatre contrôles cette nuit-là. Est-ce qu’il y a avec des féards parfois dans un état second. S’il vous plaît, pose ton ballon. POS ça. Oh ça. Avec ces ballons, les garçons inhalent un gaz qui fait planer. Coup coupe moteur. Contre le passager arrière jette quelque chose au pied des policiers. Je dis : c’est quoi qui l’a balancé ? J’ai balancé le ballon. Vas-y. [Musique] S spé sur toi là. Te fais pas ça tous les weekend. T les weekend tu as pas été dehors ici, je te dis, moi je travaille. Moi, trois passere bouteille là contenant du protoxyde d’azote. Ces bonbonnes sont vendues 30 € l’unité dans le commerce. En fait, ils mettent ça dans des… parce que c’est c’est froid là. Il attend chaud, puis après ils inhalent ça et ça les ça leur touche le cerveau quoi. En fait, c’est un peu la la nouvelle drogue qui est entre guillemets autorisée quoi. Puisque forcément rien ne… Ça sert à quoi ? Normalement, gonfler des ballons. Gonfler des ballons ou alors faire de la chantilly. Même si le produit n’est pas illégal, les policiers confisquent toutes les bonbonnes. Vous faisiez quoi là dehors ? Une heure, prends l’marre. C’est n’importe quoi, ce virus. Soit le virus avec le au moins c’est légal. Ça fait quel effet ? Comme l’alcool, la T tourne. Par contre, je crois que vous avez pas compris que vous avez pas le droit d’être dehors. On va rentrer là ? Non. Ouais, non, mais vous allez rentrer tous les tous les soirs vous nous le dites, vous allez rentrer. Et quand on arrive, la prochaine fois que vous avez les trucs là, vous les posez direct. Souci direct. D’accord. Si vous parlez de respect et tout… On voit pas avec le masque, mais tu ma voilà. La prochaine fois, si c’est vous, vous me dites : enlève ton ballon, ti ramasse le ballon que tu as foutu par terre, même si pour rejeter 10 m plus loin, mais au moins comme ça on part, il est plus [Musique] là.
Tous les garçons seront verbalisés pour le non-respect du confinement. [Applaudissements]
Ce rapport de force quotidien est encore plus tendu avec les [Applaudissements] dealers. Avec le temps, Laurent et ses collègues de la BST ont appris à connaître les différents maillons du trafic ainsi que leur méthode marketing. Trouve sur le point de deal. Le petit marching. Tout ce qui vend côté. En plus des barrettes, ça c’est des feuilles à rouler, peut-être gouchamb ou un truc comme ça. Euh ça c’est les grattoirs, euh quand ils mettent l’herbe de cannabis, qui mettent la tête pour la la frictionner, un petit morceau pour le le mettre à le joint. Bah, les feuilles à rouler. Et ça, c’est la petite plaquette qu’ils ont fait euh sur les produits, les tarifs ce qu’ils proposent. Et ça ça marche très bien. C’est un des plus gros points de deal de Grenoble. Al il tourne autour de les 15000 €. Ouais, entre 10 et 15000 € par par jour. Par mois ? Non, par mois. Ah non, par jour. Non, mais oui, parce que oui oui oui, on a eu déj on a déjà fait des interpellations de la sacoche et déjà plus de 1500 €, et c’était sur une vente de une à deux heures. En France, le chiffre d’affaires du trafic de cannabis est estimé à plus de 5 millions d’euros par jour. Et à côté là, c’est quoi sur la table ? Euh c’est genre de tokiw avec lequel il fonctionne. C’est-à-dire ben… C’est-à-dire c’est des takiwi qu’on trouve dans le commerce. Et ça leur sert à quoi ? C’est tout ok. Annoncer notre arrivée dans le quartier. Il y a une mise en place qui est faite le matin vers 9h30, 10 h. Il recrute sur des réseaux comme Snapchat, des comme ça. Ça arrive de sa… On a contrôlé des gars de Saint-Étienne hier, c’était an. Donc ça rayonne vachement pas mal autour. Ils auront le sandwich qui est offert, s’ils fument, ils ont une barrette de résine de cannabis qui est offerte pour la journée et ils sont responsables du Toky walky. S’ils se font confisquer le Toky walky ou qu’ils le perdent ou qu’ils le cassent, c’est imputé sur leur salaire.
Les policiers ont bien du mal à déjouer la vigilance de ces guetteurs payés aux alentours de 80 € par jour. Est à pied, son boulot à porter de voix des vendeurs ou sur des scooters souvent volés, parfois sans casque. Quand il pénètre sur le point de deal, repère quand même trois suspects qu’ils connaissent bien et qui s’éloignent doucement à leur vue. Monsieur, l’attestation, elle est où ? Ben oui, viens me la montrer. Pourquoi tu t’en vas ? Ils seraient tous connus pour trafic. Laurent ne veut pas les lâcher. Glisse qui glisse pour les récupérer. Là, tu vois, te calmer. Oui. Cette proximité quotidienne sur un même territoire se révèle parfois électrique. Allez, c’est un contrôle. Ouvrez la veste. Vas-y. Vous vous dép… Ouvrez la veste. Con, c’est trois pas le cor. Ici, j’ai rien sur moi. Ier tu ouvres ta veste et c’est tout. Tu ouvres ta veste et tu discutes pas. Ce qu’on a à faire après, vas-y. Vous savez très bien que j’ai pas de… Mais bien sûr… É tombé pour des bonbons en car aussi. Non, faites les fous là. Tu recules. Voilà. Vous faites les fous, tu recules, tu recules toujours que tu ramènes ta gueule. Toujours on course contrôle. J’ai sur moi… Am je pas un gamin moi. Tu fais comme les gamins, tu fais… On contrôle pas ? Ah si, on te contrôle. Je pas un gamin. Et si ça te plaît pas qu’on te contrôle, tu restes chez toi. VO. Tu veux faire le le barbeau ? Tu très bien le barbeau. Ouais, je crois que tu te rappelles pas de moi. Alors ? Mais tu te rappelles de quoi ? Tu as fait quoi, toi ? Moi, je me suis jamais écrasé devant toi. Je m’écraserai jamais devant toi. Et ça, ça te fait chier. Ça ça ça t’emmerde que je m’écrase pas la gueule devant toi. Et alors, qu’est-ce que ça va changer ? Qu’ qu’ je te tiendrai toujours la gueule. Je pè comme ça uniforme tte ti pas tête. Je te le dis. Pourquoi ? C’est quoi ? Des menaces ? C’est pas des menaces. Menac… Tu me menaces ? Alors maintenant, tu redescends, tu laisses mon col. Pas le patient. Fin qu’on il m’ien. La dernière fois quand les cè t’ont ramené que tu avais des COC dans les couilles, hein ? Ans non. C’pas. Il a 2 ans, 6 mois. 2 ans. Ah ben voilà. Sur les billets et compte devant moi. Ouais, gr je travaille qui ? Ah bien sûr. Ou 20, 40, 60, 80… 700 € en espèce. Pas assez pour engager des poursuites pour non justification de ressources. Juste à côté, un autre homme reproche à un jeune policier d’avoir sorti sa bombe lacrymogène. Stop ! Fais pas monter ça. Ça sert à rien. Il fait son boulot. Très bien que dans les quartiers il faut [Musique] s’imposer. Pas comment ça va tourner, il sait pas. Allez, au revoir.
Presque tous ces policiers s’équipent de leur propre caméra pour filmer leurs interventions. Comme ça, s des vrages ou des menaces, je peux donner la vidéo, elle peut être annexée en procédure. Not parole. Elle est pas mise, ça. On peut pas dire que c’est moi qui provoque. Voilà. Moins je suis carré, je suis droit dans mes bottes. La dernière fois, celui-là, la plus grande gueule, c’est lui qui est stéroïde pour ça qu’il est rond. Et la dernière fois sur un contrôle comme ça, o il petit F de recherche quand il ramené en garde à vue, il y avait 10 cocottes de cocaïne. La cocaïne, le crack. C’est lui qui dit, il laisse pas les autres faire parce que ça rapporte trop. Et là, les 700 balles qu’il avait, tu peux être sûr que c’est la coco d’aujourd’hui.
À défaut de flagrant délit ou de saisie de drogue, les policiers décident de rester sur le terrain pour gêner le trafic. Et à défaut de vendeur, ils interceptent le guetteur qui les avait signalés à leur arrivée. Coucou ? Bonjour. Bonjour jeune homme ? Bonjour. Ça va ? Enlève les mains des poches. Enlève les mains des poches. Ouvre la veste. Ouvre la veste. Pourquoi vous criez à jeun homme ? On vous pose une question, assumez une fois dans votre vie. Pourquoi ? Parce que quoi ? Signaler l’arrivée. Voilà, pour signaler l’arrivée. Au moins, tu portes tes couilles. VO. Bien. Quel âge tu as ? 17 ans. 17 ans. S’il vous plaît, montre-moi ton téléphone. 17 ans. Trouve-moi le numéro de tes parents parce que tu es mineur. Allez, dans le répertoire… Papa. Il y a pas 50… Comment il s’appelle ton père ? Comment il s’appelle ton père ? Ça jette ? Ça jette dans les étages ? Une bouteille vient d’être lancée vers les policiers. Rat ? Oui. Bonjour, c’est la police nationale. C’est pour aviser que votre fils est sur un point de deal. Donc en gros, il participe au trafic de stupéfiants en annonçant la présence de la police. Sachant que s’il est accroché en complicité trafic de stupéfiant, c’est 10 ans de prison. Donc je vous laisse prendre contact avec votre fils et le recadrer. Bonne journée monsieur. Au revoir. Fait souvent ça ? De temps en temps. Oui, quand ils sont mineurs mais bon, il y a des parents qui malheureusement nous disent : bah, il a 17 ans, il fait ce qu’il veut et sort de la maison, il rentre quand il veut. Donc ils arrivent pas à le gérer.
Le guetteur est relâché. Il est très rare que la justice en condamne à Grenoble. Malgré les confinements, 180 personnes ont été placées en garde à vue pour trafic de stupéfiants depuis le début de l’année. Un chiffre stable par rapport à 2019. [Applaudissements] Tte de ma mère ? J’écroule. Bon de mère ? Je… 2 secondes ? 2 secondes s’il te plaît ? Vous plaît ? Je veux juste voir ce [ __ ] de… Elle est complètement… Entre ces deux femmes, une rivalité amoureuse a dégénéré à coup de barre de fer. Les policiers veulent les placer en dégrisement. Non, mais c’est dégueulasse. J’ai FA… Laisse ? Laisse seulement au commissariat. Il n’y a que que [Musique] cellules. J’ai pas de place. L’autre garde à vue, l’autre, il a vomi partout. Faut la nettoyer et je peux pas mélanger des dégrisements avec des gardes à vue. Donc je ne sais pas, c’est problème qui se… Souvent ça ? Oui, quand on a beaucoup de monde. Ou ? Monsieur, vous venez avec moi. Vous prenez votre couverture, votre manteau, les chaussures. Changez Gard. Ouais, ce soir ils seront jusqu’à 6 dans cette cellule de 5 m². On s’embrouille à cause des meufs quoi. Car les arrivées s’enchaînent.
La cellule d’à côté est officiellement hors service, vitre brisée depuis des semaines. Elle est pourtant occupée par une femme que les policiers préfèrent laisser seule, car jugée trop dangereuse. ESP de grosse [ __ ] va te faire enculer. Faute de place, il relâche la moins agressive des deux femmes qui s’étaient battues. L’autre, toujours calme, pas trop à boue, est gardée dans une pièce réservée aux avocats. On n’a pas me laisser mon mon chouchou quoi, et on a pas le droit. Tu pourrais te blesser sérieusement, je sais, élastique quoi. Alors tu la V le mal et tu t’étouffes, et voilà. Juste à côté, le poste où arrivent les appels police secours et les messages des équipes en intervention sont derrière des personnes. Ils en ont trente, mais je sais pas comment ils vont faire pour… on a… ass… c’est dans ce brouhaha que Julie, gardien de la paix depuis 4 ans, tente de taper son rapport, collée à… eurs [Musique].
Minutes dans des conditions comme ça, je mets plus de temps que ce que je devrais mettre. Pas de salle de rédaction. Un mardi soir comme tant d’autres au commissariat d’Arbonne. Pendant 10 jours, nous avons suivi au plus près le travail de ces 130 policiers dans l’une des villes les plus pauvres de [Musique] France. Pierre, dit Pierro, a 56 ans. Ses journées de travail débutent à 20h et s’achèvent à 6h du [Musique] matin, dont 20 passés à la nuit. Un choix initialement dicté par des raisons familiales : mon épouse travaillait, je… je m’occupais des enfants la journée, mais après je me suis adapté à la nuit, et c’est vrai que moi j’ai fait ma carrière et là, même si j’arrive au bout, j’aime ça quoi. Pourquoi ? Parce que j’aime le… le monde de la nuit quoi. Il y a peut-être un peu plus d’action nous, au niveau de la nuit. Bon, c’est ce qu’on recherche aussi, et puis il y a la prime : 100 € mensuel réservé aux nuiteux, comme ils s’appellent entre eux. Pierro gagne 2500 € net par mois. Il appartient à l’un des trois équipages qui patrouille chaque nuit dans Arbonne : 9 policiers pour 54 000 habitants. Bien, les violences faites aux femmes représentent les deux tiers de leurs interventions la [Applaudissements] nuit.
Bonsoir [ __ ], qu’est-ce qui s’est passé ? On va dire qu’il s’est… ouais, il a tout pété quoi. L’ex-compagnon de cette jeune femme de 19 ans n’aurait pas digéré leur séparation, il y a plusieurs mois. Est-ce qu’il vous a porté des coups à vous ? Non, non. Le canapé a été déchiré ? Derrière ? Ou… ou c’est lui ? Non, c’est lui, avec un couteau. Avec un couteau ? Ouais, ouais. Il se baladait avec un couteau ? Ou il l’a pris d’ici ? Non, il l’a pris d’ici. Il vous a menacé avec ? Non, c’est la première fois qu’il fait ça ? Ou… ou c’est non… il vous avait déjà fait un dépôt ? Non, non. Ou… mais bon, il faut pas les laisser faire, faut pas attendre qu’il en vienne vraiment aux mains avec vous. Mais oui, j’aurais dû porter plainte plus tôt. Les policiers sont souvent confrontés à des femmes qui n’osent pas porter plainte. Cette fois, il réussira à la convaincre, mais sa crainte, dans les médias, c’est que le suspect revienne, et la porte ne ferme plus. Ils vont donc s’en remettre au voisin de palier. Si vous attendez que ça gueule et tout, faites le 17, dites que vous êtes le voisin. La porte du balcon, ça fait… verrouille pas ? Non, elle se verrouille facilement. La jeune femme n’a pas les moyens de faire changer la serrure en pleine nuit. Ce que vous faites, mettez le canapé devant la porte. Ok, ok. C’est bon, ça va ? Ouais. Si on vous contacte, si on… car interpellation, s’il prend la fuite de notre direction…
Les policiers patrouilleront plus d’une heure. Vers 3h du matin, une autre femme, seule au bord de la route, les interpelle. Boire ? Vous avez un masque ? Qu’est-ce qui vous arrive ? Oui, je vois ça, ça se voit. 36 ans, infirme. Elle est à 15 km de chez elle. Qu’est-ce… qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? Et du coup, je sais pas où je dois aller, c’est un peu la misère, parce que je sais pas vraiment rentrer chez moi. Et vous êtes venue comment ? En voiture, avec mon amoureux. Ah, et il est où lui ? Je sais pas. Vous étiez où avec lui ? On était chez des amis, et il m’avait mis la misère, et voilà. Il vous a tapé ? Non, il m’a déjà tapé. Il n’est pas là, et vous pouvez pas retourner chez vos amis ? Ouais, je sais plus où c’est. Ah, clairement un peu trop… Vous voulez pas qu’on vous appelle un taxi ? Vous allez au commissariat, vous appelez un taxi ? Pas les moyens. Si je gagne 1700 balles par mois… mon mec qui travaille pas… Donc le commissariat, il est juste derrière, vous avez 300 mètres. En bonne soirée. Bon courage. Merci. Bon courage à vous, vous inquiétez pas. De la laisser toute seule dans… c’est après, malheureusement, on peut pas forcer les gens. Elle nous a bien dit qu’elle voulait pas qu’on l’aide. Alors la jeune femme trouvera finalement refuge au commissariat, où son compagnon viendra la chercher. Apparemment, elle… elle aurait une arme avec elle qu’elle va nous remettre, et il y en aurait d’autres à son domicile.
La brigade anti-criminalité vient elle aussi d’être appelée par une femme, désespérée. Cette fois, l’affaire semble grave. Elle dit avoir été séquestrée chez elle par son ex-compagnon. Elle a 20 ans. Nous l’appellerons Clémence. Sa mère l’accompagne. Ensuite, il a pris possession de mon appartement, il veut pas me rendre les clés, et c’est des menaces tous les jours. Vous voulez récupérer votre appartement ? Juste parlé d’une arme à feu là ? Oui, moi… euh… deux pistolets, l’un factice, l’autre bien réel. Elle les aurait emportées en s’enfuyant par la fenêtre. En fait, il est chez… euh… juste… il est en train de… il est chez moi. Il a… il a 32, 33 ans. 33 ans. Il a… a fait 10 ans de prison. Est physiquement… ouais, ouais. Parce que si jamais on le croise dans la rue, c’est lui, ça ? Ouais. Il a les cheveux longs. Est-ce que vous êtes d’accord pour casser la porte ? Donc il faudrait récupérer le bélier. J’ai le taser, au cas où… Vous faudra un équipage, une tenue qui reste aux ex… c’est parce que comme il est au premier étage, si il saute… c’est la police. Ouvrez ! Vous voulez ? Ouais, ouais. Elle va… celle… ah ouais. C’est la première fois que Clémence revient chez elle depuis sa fuite, il y a 2 mois. Elle dit ne pas avoir trouvé plutôt la force de prévenir la police. Zut, madame, c’est qu’… a les armes, madame ? Je sais pas. Les dernières fois que je l’ai vu… pas d’armes, pas de stupéfiants, et aucune trace de l’ex-compagnon. Mais Clémence va leur donner une autre adresse, là où habituellement il vendrait de la drogue. Ça y est. Et s’il n’est pas là, en vrai, il y aura des gitans et plein de… C’est un appartement au fond d’une ruelle. Bonjour, bonjour monsieur… bonjour. C’est le commissariat… c’est la police. L’homme s’adresse discrètement à quelqu’un derrière lui. Vous ouvrez s’il vous plaît, monsieur. Bonjour, monsieur. Bonjour. Puis il retourne finir son dîner en toute décontraction. Vous avez le temps de… jeter dans les chiottes… c’est bon ? Non, dans la cuvette des toilettes… des traces de stupéfiants et des feuilles de compte déchirées. Clémence avait raison. Allez, c’est parti. L’homme qu’on recherche était bien là. Qu’est-ce qui se passe ? Au MO… exp… contre vous. Il sera placé en garde à vue pour séquestration et violences [Musique] [Applaudissements] volontaires.
Non plus. Jérôme est officier de police judiciaire. Qu’est-ce que c’est… ces armes ? Il a 48 ans. C’est lui qui va enquêter sur cette affaire. Phos… les… M… ce que j’ai… C… allez, ça va, on va faire le nécessaire. Je vous attends d’accord, à de suite. Une jeune fille qui s’est amourachée d’un garçon qui l’a mise dans les stupéfiants, et à partir de là, elle a perdu complètement le sens de sa vie. Allez, viens. Clémence a quitté l’école après le bac et vit depuis 2 ans de petits boulots. Je veux pas que tu aies peur de lâcher les trucs, que ça plaise ou que ça plaise pas. Si tu veux qu’on arrête, on arrête. Tu pleures, tu… tu te mets dans la situation que tu veux, ça n’a aucune importance. Faut vraiment que tu essayes de vider ton sac. D’accord ? Et si un moment, comme je suis un garçon, ça te pose un problème, c’est Marjorie qui prendra le relais. Tout ça, c’est ce qui m’… donc remets-moi… La jeune femme lui montre le dernier SMS qu’elle aurait reçu. Est-ce qu’il a des… sont juste… dis-moi… montre-moi… Non, mais tu as cru quoi, sale [ __ ] ? Déjà, je partirai pas, c’est comme… is… c’est chez moi maintenant. Ça, c’est lui qui t’a écrit ça ? D’accord. C’est ce dernier message qui l’aurait décidé à porter plainte. Pendant plus d’une heure, Clémence va décrire comment elle aurait glissé sous son emprise. Il m’a menti sur son âge, sur son prénom, sur son passé, sur sa vie, parce que il disait qu’il avait une société, il avait des… is… tu… en fait, c’est… mais… V… j’ai cru… d’accord. Très vite la désillusion. L’homme qu’elle accueille chez elle serait en fait un dealer violent et accro à la cocaïne. Des… plus… il m’… les mains… il… la tête… contre… cétait par rapport à qui… il… TR… toujours la petite… B… raison. D’accord. Dans un tout petit appart, il… sur… défoul… puis la séquestration pendant plusieurs mois. ACC… mon téléphone… il… on… dit à ma mère… il répondait à tout le monde sur tous les réseaux. Il a toujours dit que si je portais plainte, il me tuerait. Avant et après, il… su… Je vais te poser juste une question : est-ce qu’il t’a obligé un jour à prendre des stupéfiants ? Oui. Moi, j’avais jamais pris des… ruines de ma vie… il m’a complètement obligé d’en prendre, avec un… sur… Je vous cherche la bonne… À la fin de leur relation, accro aux drogues dures, elle aurait accepté de faire des photos comme celle-ci, de faire ça pour les… sur son compte Instagram, et aussi des vidéos pornographiques qu’il menacerait aujourd’hui de diffuser sur internet. Je veux pas que tu aies honte de ça, toi, tu es une victime, d’accord ? Tu es tombée sur un salaud type qui t’as fait faire des… pas vrai ? Ouais. Il va te dire que tu l’as fait volontairement, que tu étais d’accord, et après c’est… c’est un engrenage. Ben tu… tu es… tu es jeune, voilà. Mais en vrai, je croyais en lui, je… mais oui, mais c’est… oui, mais on croit toujours… et puis final… et après tu es jeune et tu as tout le temps de te construire. À la fin de l’audition, Clémence sera vue par un médecin légiste. Elle ressortira avec 10 jours d’incapacité totale de travail. Raison : son [Musique] psychique.
Bonjour. La SIL vous plaît… tour du suspect d’être entendu… V… par… fait… ça va. Il a demandé à être assisté d’une avocate commise d’office. Tu peux faire déclaration spontanée, tu peux répondre aux questions, tu peux garder le silence. D’emblée, l’homme dresse un portrait inattendu de son ex-compagne. La première fois qu’on s’est vu, elle est venue chez moi… est venue en tant que prostituée. Donc vous étiez son client, en gros ? D’accord. Donc vous avez payé ? Non, j’ai pas payé. Dit non, mais alors… ma… trouvé bien. Ah d’accord. M’a dit : non, c’est bon. Et comme elle m’a trouvé bien, elle m’a pas fait… la base… oui, à la base je devais la payer. Mais à la base je devais la payer combien ? 30 €, 30 B… chur… ouais. C’est pas les prix… non, pas du tout là. Donc que votre relation a commencé comme ça ? Elle a commencé comme ça. Il a eu des violences de sa part envers moi ? Oui. Moi j’ai eu aucune violence. Elle a pris des trucs… av… chez nous, elle me les a jetés dessus, elle m’a… jeté plusieurs fois des choses dessus. C’est pour ça que j’ai… andé… obligé de la bloquer quoi. C’est pas… Méch… avec un bras… façon… avec un bras, je l’ai bloquée quoi… sur le lit… elle… mélange… mélange beaucoup de cachets… mélange beaucoup… mélanger le Valium avec la cocaïne par exemple. Truc… ça… ça se mélange pas, surtout une comme ça… feu… tu peux pas. Et quel était votre remède pour la soigner, vu que c’était une fille qui se prostituait, qui mélangeait les cachetons, qui… calmer… je… mais comment vous la calmiez ? Ben, je la laissais chez nous. Je la laissais chez nous. C’est… elle qui me l’a demandé. À chaque fois que je partais, c’est elle qui m’a demandé de… de la laisser… de l’enfermer… sans s’en rendre compte. L’homme reconnaît qu’il enfermait bien son ex-compagne. Me reste à vérifier les accusations de trafic de drogue. Ouais, ouais. Je vous montre cette photo, extrait… Deir… d’Instagram. C’est quoi ça ? Elle s’amuse bien. Non, mais c’est des montages. Elle est forte, elle touche en informatique. Sur les réseaux sociaux et sur le téléphone de Clémence, de nombreux clichés où il endosse la panoplie du parfait dealer. Ah, alors les billets sont des faux billets. Franchement, wouh ! À chaque photo, la même réponse. La photo avec des armes, c’est toi ou pas ? Oui, c’est moi, mais c’est un montage. D’accord. C’est-à-dire que tu as pris la photo et dessus elle a rajouté les armes ? Certainement. Aussi pareil montage. Elle vous fait prendre la pause et puis après rajoute les armes. On va pas jouer à… 50 ans… h… d’accord. Si c’est ton système défensif… houi. Tu parleras aux juges après, tu parleras à qui tu voudras. Oui, mais on va pas faire joujou. Mais moi je vais pas prendre des trucs qui sont pas à moi. Ça, c’est à toi, et c’est extrait de ton téléphone et de ton compte Instagram. C’est pas son compte Instagram à elle ? D’accord. Donc c’est parce que c’est elle qui les a mis ? Oui, c’est elle qui les a mis sur ton compte. À… oui, d’accord. Cette photo… c’est bon… c’est un montage ? Non, c’est… beau… on… c’est bien beau… elle est réelle cette photo, mais quand on fait un zoom sur la ceinture… puisque c’est pas un montage celle-là… il y a 200… il y a 200 g de résine de cannabis. Mais ça, je l’ai pas vu de loin, je… pas vu. Et… et ce qui est à la ceinture, c’est quoi ? Du savon. Du savon ? Alors ça doit être du savon. Je vous montre… vous vous souvenez pas de cette photo ? Les conditions… et parce qu’en général on se met pas… je suis désolé, je vais être un peu vulgaire, mais on se met pas sur les burnes du savon avec une arme. Je sais plus quoi dire. C’est bon, ben moi non plus je sais pas quoi vous dire. Répond… je ne sais pas quoi dire. Je ne vais plus répondre… n’importe quoi… c’est n’importe quoi. L’interrogatoire a duré 2 heures. Jérôme n’a pas obtenu d’aveux, mais il a suffisamment d’éléments pour une mise en garde à vue prolongée.
Il est minuit. Pierro et son équipe repèrent une voiture roulant tout phare éteints. Je [Musique] t’écoute. Il… une pièce d’identité au volant : un homme d’une cinquantaine d’années, pas de permis, pas d’assurance, et sur le tableau de bord, un détail qui attire l’attention de Pierro. Regarde sur le machin… de la… descendez du véhicule, monsieur. Dans le véhicule, il a quelque chose ou pas, monsieur ? Zous… Dès l’ouverture du coffre, les policiers vont enchaîner les découvertes : 150 €… cap… de speed… une drogue à base d’amphétamine. C’est quoi là, monsieur ? Ça… c’est quoi ça aussi ? Elle se vend en moyenne 15 € le gramme. Il y a aussi du cannabis… c’est quoi… ça ? Y a pas d’… capitaine de bijou… de femme… et… capite… j’ai… sa… avec… é… qui… pas… la… tout ce qui est pas à lui, on… on va le prendre, parce que on va les passer au fichier… trucs… vol… objets volés… La suite de la fouille s’effectuera au commissariat, qui ramène la voiture. C’est vraiment des bâtards… truc de… c’est Maeva. La moins gradée du groupe. Mais c’est quoi qui me… t… sur les cheveux… qui hérite de la corvée. Usage de stupéfiants, VO… roulotte… faut… en… écriture… vol… vol… vol… vol… escroquerie… usage… Bon petit pédigrée impeccable. L’homme a déjà une dizaine de condamnations. Score… il est aussi positif [Musique] c’est bon… tac… tu… c’est qui vient à la voiture ? Ouais. Et dans ces affaires… ce chargeur… vous savez ce qu’il va avec ? Non. Vous avez un chargeur garni de 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 cartouches… Vous avez pas la carabine qui va avec ? À CH… tu nous as dit non. On a trouvé quelque chose, hein ? Oui, oui. Est-ce qu’on va trouver autre chose dans le véhicule ? Pourtant… des choses… ils vont en trouver bien plus qu’il ne pouvait [Applaudissements] l’imaginer. Ça devrait être le pro de tétard, mon gars. Je sais pas ce que c’est, c’est un truc… c’est une tête… je sais pas quoi… Pourquoi vous gardez une tête de sanglier dans la voiture, monsieur ? Trouvé… et vous avez trouvé une tête de sanglier ? Vous avez dit… je vais le ren… oui [Musique] oui… des jouets… de l’outillage… de l’électroménager… mais aussi des habits d’enfant, des vêtements féminins… ça se fait que vous avez des carnets de correspondance de collégiens ? Vous avez trouvé dans la poubelle… vous comprenez… que… iz… de voiture… récupère… c’est… uc… de misère… prédateur… un voleur… ou simplement quelqu’un qui accumule de façon compulsive tout ce qu’il trouve ? C’est une carte européenne… tu sais… ouais… mais ça… parti à quelqu’un ? Oui, ça m’intéresse moi. Qu’est-ce que vous cherchez, vous, en vérité ? Moi, je cherche des objets qui lui appartiennent pas, parce que déjà on a trouvé une carte d’identité qui a été volée en Arbonne. Tu l’as… devant… le nom de… du gamin… d’accord… puis… enfin… c’est l’année… tu vois, c’est peut-être vieux. Ça annonce un travail colossal. C’est que c’est vendredi… c’est vendredi… c’est mort. Ça veut dire que si on veut mettre le paquet sur cette affaire-là, il faut qu’… qui… VI… travaille le weekend. On a pas les moyens de le faire… ver… que… demain il sera… le procureur… écarter… ou d’un voleur. Rien ne permet, en l’état, de le relier à une agression. Rien ne prouve qu’il a lui-même volé ces objets. Tu as de la famille sur… NB… tu as de la famille sur… ansère… 18 ans et après… é… dans… pour… ça… fais… oubl… le… ces parents… Je pense qu’il va falloir te faire aider si tu veux t’en sortir [Musique] je… je… je… sortir… tu as 52… c’est ça ? 52 ans, 53 ans. Tu as pas de frère et sœur là ? Si j’ai un frère, c’est… 20… essayer… peut-être de… essayer de reprendre contact avec ton frère… je… ouais, c’est sûr… déjà… peut-être un lien familial, ça va te… ouais, j’avais peur de… d’un refus de sa part. Et tu… tu risques quand même peut-être de la prison là ? Ouais, ouais, j’imagine… j’imagine. On… Fa… L’homme repart en cellule. Il sera remis en liberté 2 jours plus tard. Je te ramène… ver… et juger ultérieurement pour trafic de drogue. Dé… jour de garde à vue pour l’… ce compagnon de Clémence. Allez, on monte. Bonjour, maître. Chercher mon masque… pardon. Jérôme, l’OPJ, est désormais convaincu que la plaignante se prostituait et qu’il était son proxénète. Reste à savoir si le jeune homme se montrera plus coopératif que la veille. Hein ? Non, c’est que… voilà… j’… pe… tendu… C… c’est un peu mal passé. Bah, c’était l’école du rire. Bah… nous… sortir des grandes… ch… non, parce que voilà. Ah, le stress… ça se comprend. Ça va aller mieux. Allez. Lors de votre rencontre, elle se prostituait. Est-ce qu’elle a continué à se prostituer du temps de votre relation ? Je peux pas savoir, j’avais des doutes. Ça, c’est une copie d’écran. En fait, c’est une vidéo où on voit marqué : à vendre, et elle se… turbe… Qu’est-ce que vous pouvez nous dire par rapport à [Musique] ça ? Je… tombe des… nu… et j’ai une vidéo… alors on entend très faiblement, hein… on va vous la montrer… vous lui dites… mais… MTS… hein ? Mais… mais… massage du dos… massage de jambes… massage fessier… Elle vous répond quoi d’autre ? J’ai quoi à proposer… euh… lécher… titiller les seins… des bisous dans le cou… mais c’est ce que je veux lui faire. Jérôme, convaincu que le suspect dictait à Clémence une petite annonce. Mais c’est ce qu’elle me demande en fait, elle me demande : qu’est-ce que tu veux que je te fasse ? Là, c’est… elle m’a demandé ce… ce que… elle… elle… elle m’a demandé… moi… qu’est-ce que… est-ce que… qu’est-ce que tu veux que je te fasse ? Elle m’a demandé… ouais… mais c’est pas… fait… mi… ça fait… ça… et ça… c’est… mais c’est… ça… bizarre… Ah, c’est pas moi, c’est vous… c’est… allez, ok. Je vous informe que vos deux téléphones sont saisis… déplacer… sous… C… d’accord… pour une exploitation… je… franchement, même si sa défense paraît risible, l’homme sait que les policiers manquent de preuves et qu’il n’a pas été pris en flagrant délit, ni sur les armes, ni sur la drogue, ni sur la séquestration. On y va. Quant aux accusations de proxénétisme… la jeune femme dément être prostituée. Vous savez ce que vous… ce que vous risquez, monsieur ? Bah oui… soit… contre… judici… sur une détention provisoire… pouri… Vous avez l’air assez serein. Comment… vous avez l’air assez serein ? Pas SP… je suis entre les deux quoi. Après, je peux pas savoir… c’est pas moi le magistrat… pas le procureur… c’est pas… après je… P… plus… sur… Pour s’assurer d’une condamnation, le parquet s’appuyera sur le certificat médical attestant des maltraitances et poursuivra l’homme sur les seuls faits de violence. D’ici son jugement, il est libre, mais a interdiction d’entrer en contact avec Clémence. Première intervention de la soirée pour Olivier, chef de patrouille police [Applaudissements] secours. Bien reçu. Je viens… encore de recevoir deux appels pour la même intervention. Ouais, c’est… reçu. Un homme aurait tenté de forcer la porte de plusieurs appartements de cet immeuble. Bonjour, monsieur. Qu’est-ce qui se passe là ? Expliquez-moi. Vous restez là, mon… vous restez là… pas… vous restez là… vous… monsieur… p… les forces de l’… SDF… il est bien connu des habitants du quartier, inoffensif quand il est sobre, incontrôlable quand il est ivre, comme ce soir. Pour le calmer, une dame l’a accueilli en lui offrant un café. Euh… tout à l’heure, il… sur les… es… moi… j’ai une petite fille… demain… demain… demain… demain… demain… on… AR… le problème, c’est que à chaque fois qu’il est bourré, il vient, il fout le bordel, tape sur la porte, il… tout le monde… d’acc… fa… qu’il… ou… vous… pour rien… gueule… sur [Musique] [Musique] Le voisin décide de porter [Musique] PL… mainten… je… on… pas ça, tu vois ? Vous voulez de l’eau ? C’est normal ça, dans un appartement… un bébé… d’accord… voilà, c’est la chambre de ma fille… c’est la chambre de ma fille… voilà… et ça arrive… il se compte comme ça… ça fait quatre fois déjà… ça fait quatre fois… al… jusque là on était gentil… madame… madame… madame… écoute-moi, je m’appelle pas… moi… je m’appelle pas… moi… Pendant l’interpellation, les policiers ont subi des coups et des insultes. Ils déposeront plainte pour outrage et rébellion. C’est fréquent ça, avec des gens alcoolisés. En fa… de journée, quand vous êtes contraint d’utiliser la force, qu’est-ce qui vous passe par la tête ? Justement, de pas faire le mouvement qui ferait que ma carrière… et qui ferait aussi que je le blesse, parce que quelque part il a bu, il a fait le con, et demain il va se réveiller tout… je suis désolé, mais à priorité, c’est de pas faire le dem… de trop d’énervement, et arriver toujours à rester professionnel et se contenir. Mais quelque fois c’est un petit peu difficile, surtout quand… in… ultes répétées et de la violence. Ouais. On a interpellé l’individu, on fait un retour au commissariat. Après 21 ans chez les CRS, Olivier a été muté l’an dernier à Narbonne. Il espérait trouver ici un peu de calme. C’est raté. C’est une dame qui a appelé hier pour des violences conjugales, en disant qu’elle avait déposé plainte à l’issue de son séjour à l’hôpital, et euh… elle est jamais venue déposer plainte. Elle est sortie de l’hôpital, est rentrée chez elle, et elle s’est pas présentée à son emploi. On n’a pas d’adresse, donc on… avec les moyens du bord, on va essayer de voir si on… on trouve son domicile pour voir si elle est toujours en bonne santé. Olivier sait seulement que la famille de la jeune femme vit dans ce quartier. Après un quart d’heure de porte à porte, il trouve enfin son nom de famille. Vous êtes à quel étage, madame ? Derni… [Musique] Bonjour. Je sais pas… j’ai peur… arrêté… par la police… vous savez où il est ? Sorti de prison juste… semaine… là… ou… ça… c’est pour ça, je le téléphone plusieurs fois, je vois… les nouvelles… et… d’accord… voir… ver… ver… police… ouv… Soudain, la lumière de l’appartement s’éteint. Vous avez aucune nouvelle de… je sais pas… [ __ ]… ça passe pas… je suis obligé d’… allas… ça passe pas… je… Revens… Seul un officier de police judiciaire peut autoriser Olivier à forcer la porte. On est devant l’appartement, la porte elle est fermée, tout est fermé, on peut pas rentrer, donc il nous faut l’OPJ là. Il y a que l’OPJ qui peut débloquer… ch… B… dis… appelle l’OPJ… dis-lui qu’il m’appelle s’il te plaît, hein ? Dis-lui qu’il m’appelle… donne-lui mon numéro perso… j’attends… coner… là… ouais… on est coincé… alors que ce serait si facile… un petit coup d’épaule… mais bon, on est coincé… c’est… tant… c’est très… tant… surtout quand… violence conjugale… s’il faut qu’il y a une… une femme assise dans un coin en train de… bon… mais bon, c’est encore une fois… il y a des lois… ouais… c’est… olive… tu as eu l’OPJ ou quoi ? Non, moi j’ai… j’ai 2000 appels, j’ai les… pied… j’ai un gosse avec un couteau qui veut planter sa mère. J’ai dis à… lui… donne mon numéro… je vais expliquer ce qui se passe. Vous êtes revenu exprès… Les hommes de la brigade viennent en renfort. Ils ont réussi à joindre un OPJ. L’accord est donné. Nager, mademoiselle… votre… votre ami… il est où ? Il est parti faire les courses… que… je vois… et je sais pas où il est… M… j’étais en train de dormir… Pourquoi vous répondez pas ?
Au M, quand nous appelle au télé, parce qu'on est en… Normalement, me parle pas plus qu'une embrouille. La mère s'oppose violemment à la relation qu'entretient sa fille, ma fille. Olivier découvre qu'il y a quelques jours, d'autres collègues sont intervenus parce qu'elle était en train de battre sa fille. Ah, il la connaissait pas son adresse. Mon chérie, j'ai rien là, faut tourner la page, ma chérie, c'est pas grave, ça y est. Pas non, mais madame, elle a pas envie de la tourner la page, elle a pas envie de vous parler, elle a pas envie de la tourner la page. Qu'est-ce qu'elle va bien ? Allez, vous réglerez ça plus tard, ça sert à rien d'insister. Allez, on va la laisser tranquille. Allez, venez. La jeune fille est majeure, sa mère n'a pas le choix, elle doit partir. Je sais pas ce que vous ressentez. On intervient sur un fait, on essaie de… on essaie de faire au mieux pour… pour protéger l'intégrité de la personne. Si a besoin… elle est pas battue, enfin, elle a pas de marque, j'ai regardé, elle a pas de marque. Elle veut que son compagnon revienne. En… on est vraiment complètement impuissant.
En France, les violences familiales représentent désormais la moitié des affaires de coups et blessures volontaires. Lundi dernier, 5h du matin, sur le parking d'une zone commerciale, les hommes du RAID se préparent à intervenir. Avec eux, plus de 200 policiers, direction la cité de la Castellane. Il s'apprête à démanteler le plus important réseau de stupéfiants de la région marseillaise. Tu peux envoyer… Donc on est dans la cité. Cette opération, ils la préparent depuis 8 mois. Ils ont identifié une trentaine de suspects. Ils sont équipés de béliers pour forcer les portes des appartements. Étage, porte numéro 2, dans cet immeuble, l'une des têtes du réseau, un homme susceptible d'être armé. Tranquille, mais leur cible n'est pas là. En revanche, dans un autre immeuble, les renseignements étaient les bons. Outre les chefs, les policiers arrêtent les rabatteurs, les revendeurs, les guetteurs. Au total, 23 personnes sont placées en garde à vue, dont cet homme, l'un des chefs présumés du réseau. En revanche, les policiers n'ont pas encore trouvé de drogue, car les trafiquants la cachent souvent ailleurs, dans d'autres appartements. Des placards potentiels que les hommes de la PJ vont ouvrir par la force. Souvent, comme celle-ci, elles sont vides, mais les enquêteurs sont persuadés que la drogue est cachée quelque part dans cette tour. Pour les aider, ils vont faire appel à un allié précieux : Choc, un chien spécialisé dans la détection de la drogue. Avec lui, ils vont fouiller l'immeuble dans ses moindres recoins. Soudain, Choc se précipite sur une porte.
[Applaudissements] Le chien insiste. Cet appartement ne figurait pas sur la liste des locaux suspects. Il va falloir le contrôler. Police, ouvrez ! Il faut plusieurs minutes avant que la porte ne s'ouvre. Pas besoin du bélier. Police, bonjour ! C'est une femme d'une cinquantaine d'années qui vit seule avec ses deux filles. Pour la police, il pourrait s'agir d'une nourrice, une personne en apparence au-dessus de tout soupçon que les trafiquants rémunèrent pour cacher la drogue. Pendant que les policiers perquisitionnent, deux de leurs collègues qui étaient au bas de l'immeuble se précipitent pour leur transmettre une information importante. Il y a des sacs… des sacs qui auraient été jetés depuis cet appartement. Vous avez jeté quelque chose, madame ? Avant la femme… Mais les policiers sont formels, ils étaient positionnés au bas de l'immeuble. C'est là que nous les retrouvons, et les sacs… les voici. À l'intérieur, de l'argent, beaucoup d'argent en petite coupure, près de 300 000 €, mais aussi des sachets de résine de cannabis prêts à être revendus. Étaient balancés du haut de la tour. La personne a dû comprendre que peut-être il y avait un risque, donc elle a tout balancé. L'argent est immédiatement évacué. Ça arrive souvent ce genre de chose ? Oui, c'est pour ça qu'on met les gens en bas, parce qu'en fait, quand on tape… on tape aux portes, les gens, ils jettent par les fenêtres. Vaut mieux sécuriser l'extérieur. Là, c'est… normalement, c'est le shit qui… Là, c'est l'argent finalement. Oui, ça fait au total… ce matin… La police judiciaire va ainsi saisir 1 300 000 €, un record. Cet argent représenterait le chiffre d'affaires de 2 semaines maximum pour le trafic de drogue dans cette cité, soit 5000 € par jour. Par contre, Michel, est-ce que tu penses que ce serait possible qu'il y ait quelques CRS qui viennent, vu le point… dans la voiture ?
Cette affaire est le point de départ d'une opération plus vaste qui vise à neutraliser durablement le trafic dans toute la cité. C'est Fabrice Gardon, à gauche, conseiller du préfet de police, qui coordonne cette opération. Il se fait expliquer par un commissaire de la brigade des stupéfiants la manière dont le trafic est organisé dans la cité. Il y a un mec qui se tient par là, ouais, et qui là, vend au détail. D'accord. Donc tu en as un juste en dessous là, et un là. Tout à fait. C'est le même réseau. Même réseau là. Donc ça veut dire que si on met les CRS comme ils sont positionnés là ce matin à l'entrée… Ouais, là, ce point-là, il est mort. Ah ben ouais, ça marche. Donc il faut couvrir là et là-bas. Ouais, OK. Donc sur le plan… euh… tac, là et là. Voilà, ces deux-là. Voilà. OK, ça marche. À partir de demain, on va déployer deux compagnies de CRS qui vont avoir pour mission d'asphyxier le trafic, vraiment couper le lien physique acheteur-vendeur. Donc il va falloir que les CRS se positionnent vraiment au plus près des points de vente, être carrément au endroit même où ça vend, pour empêcher la vente. Pour comprendre le fonctionnement du trafic dans cette cité, contrôlé 24h sur 24 par les dealers, il a fallu employer les grands moyens : un hélicoptère. Ces images de la Castellane ont été tournées par les policiers il y a quelques mois pour ne pas être repérés. L'appareil vole à 600 m d'altitude. Un premier homme… ce point noir à droite… un ouf, dans le jargon des cités. Plus loin, d'autres, comme cet homme… Observent, sont toujours présents, jus… en permanence dans cette seule cité. Ils sont payés 80 € par jour. Ici, sous le Porsche, avec sa petite sacoche, probablement un charbonneur, chargé lui de vendre les produits. Il touche environ 150 € par jour. Ouais, je suis pas sûr qu'on… Au bout d'une quinzaine de minutes, l'hélicoptère est repéré, situé au bord de… de l'autoroute, dans les quartiers nord de Marseille. La Castellane, 7000 habitants, et la cité où a grandi Zinedine Zidane. Elle est devenue un supermarché de la drogue pour toute la région. D'ailleurs, quelques heures à peine après le départ des policiers, lorsqu'on revient à la Castellane, les affaires ont déjà repris. Nous filmons un premier guetteur qui a repris sa place tranquillement assis sur un tabouret, et un autre, 50 mètres plus loin, qui fait un signe en notre direction.
Mardi à 13h, le lendemain de l'opération, comme prévu, 160 CRS prennent possession de la cité. Il s'installe à chaque entrée et fouille toutes les voitures. C'est une reconquête de la cité par l'État. À côté des CRS, d'autres fonctionnaires qu'on ne voyait plus depuis longtemps en profitent pour effectuer des contrôles : des agents des douanes, de l'URSSAF, ou encore de la police aux frontières. Cela commence par ce bar associatif. Vous avez des adhérents ? Non, je… pas sûr. Peut-être… Est-ce qu'il est… Pas leur cible. Le travail au noir, les filières d'immigration clandestine, la contrebande, l'hygiène… Comment s'appelle… Autant de contrôles difficiles à mener dans cette cité tenue jusque-là par les trafiquants. Dans ce quartier qui était devenu hors-la-loi, ces fonctionnaires ne laissent plus rien passer. Cette dame, on la convoque au service cet après-midi, parce qu'en fait, elle a installé son étal de marché devant le commerce. Bon, je pense qu'il y a un accord avec le commerçant, mais sauf qu'elle a pas le droit. Vous avez relevé pas mal d'infractions en quelques minutes. En fait, c'est pas le fait de… de rester longtemps, c'est de… de… de percuter tout de suite et d'être partout surtout. Mais à la Castellane, un tel déploiement de policiers crée des frictions avec des jeunes de la cité, notamment lors des contrôles systématiques d'identité sur les véhicules. Qui sont là… Ces véhicules, ils appartiennent à qui ? Vous avez les fesses dessus, mais vous savez pas qui c'est ? Je vous demande… Monsieur, j'ai rien à dire. Maintenant… On n'est pas des… on n'est pas des merdeux. Je… des… Je sais pas que ça… Pas… Finalement, l'incident n'ira pas plus loin. Pour être efficace dans cette cité, les policiers s'adaptent au terrain. Les hommes de cette brigade sont surnommés les ninjas à cause de leur tenue noire. Avec le mot… Ils peuvent circuler dans les endroits les moins accessibles. Ils doivent effectuer un maximum de contrôles, et là aussi, c'est un peu…
[Applaudissements] Tendu. Je sais qu'il… Il peut cacher des choses. La… dessus… Voilà… S'il plaît… Le FPR, le fichier des personnes recherchées… Voilà… Mercier… Le contrôle va s'avérer positif. Cet homme est sous le coup d'une condamnation à 4 mois de prison pour une affaire de voiture volée, une peine qu'il n'a jamais effectuée. Il est emmené par les policiers, direction la prison. Les ninjas reprennent leur patrouille et les découvertes s'enchaînent. On va enlever celle-ci, la grosse là. Sur les quatre motos, il y a… trois de volées, et l'autre… ressort… pour l'instant, ressort pas. Vol… Il y a plus de plaque, il y a plus de… il y a plus rien. Ça sert à qui, en général ? Voilà, l'arche… Ça sert un peu à tout. Ça fait un an qu'on l'a trouvé. Comment ? Ben, là, juste là, sont posées là, et vu que c'est tranquille… Avant d'arriver jusqu'ici, on est cassé de partout. Donc il pose juste les motos tranquillement, et il pense que personne viendra les chercher. Ou… ou normal, personne ne vient quoi. Personne vient. On vient, mais on est mal reçu, donc on passe vite. Enlèvement des encombrants, des épaves qui jonchent les allées. L'opération vise aussi à améliorer le cadre de vie des habitants. Pendant 5 semaines, 7 jours sur 7, les forces de l'ordre vont ainsi quadriller et boucler le quartier. Mais pour quel résultat ? À Marseille, La Castellane est la 18e cité en 6 mois à vivre une telle opération de sécurisation. Nouvelle stratégie des autorités pour libérer les quartiers du trafic de drogue. Pour comprendre les effets à long terme d'une telle politique, nous sommes rendus dans ce quartier coincé entre la voie ferrée et une zone industrielle. En janvier et février dernier, la cité de Bassin a connu le même déploiement policier.
Certains habitants disent l'avoir vécu comme un harcèlement. Une jeune femme du quartier se présente spontanément à nous. Bonjour. Bonjour. Je suis journaliste. Franchement, il nous contrôlait tous les 5 minutes. Ils savent qu'on est habitant de Bassin. Il se met… quand même… nous enlevé tout ce qu'on avait dans la voiture. Non, c'est trop. Il y en a un qui a essayé de me dire… On sait jamais… être trafiquant… vous aussi, vous trafiquez la drogue ? Quand des policiers viennent pour nous dire ça… Excusez-nous, mais… vient pas pour… faut calmer la cité. D'autres, en revanche, estiment que la présence des policiers a remis de l'ordre dans la cité. Pierre Fournon, directeur de l'office HLM, tient à nous montrer un appartement dont les fenêtres sont condamnées. Les dealers en avaient fait leur QG. Leur consigne de management est encore inscrite dans le hall. On peut lire : « Vendre du shit, c'est un métier, faut être sociable et commercial. » Depuis l'opération, Pierre Fournon a pu récupérer l'appartement et va le réhabiliter. Donc on est ici devant la porte d'entrée du… du logement en question. Donc ce qu'on espère maintenant, c'est que voilà, cette situation soit stabilisée et qu'on puisse effectivement réaliser les travaux, qu'une famille puisse en bénéficier. Puis… on sait qu'il y a beaucoup de demandes de logement. Autre changement : des façades ont été repeintes. Les entreprises de BTP qui auparavant étaient rackettées ont pu reprendre leurs travaux. D'ailleurs, la peinture à Bassin occupe… me… si… jeunes du quartier participent à un chantier. Couleur blanc jaune. Une semaine, payé au SMIC, soit 240 €. On essaie d'améliorer le quartier, parce que voilà, c'est un peu sale. Voilà, il y a pas que des points négatifs. Ce chantier fait partie de la stratégie globale de reconquête des cités. Après le répressif, le social. Cette jeune fille de 16 ans ne va plus à l'école, c'est son premier emploi. Et le quartier alors ? Il est calme en ce moment. Ça va. Ça va… toujours comme d'habitude. C'est le cri que lancent les dealers quand la police arrive. Calme à Bassin. Malgré l'opération policière il y a 4 mois, les trafiquants sont de retour. Les guetteurs de nouveau à leur poste, comme celui-ci, assis sur un canapé. Pour certains habitants, comme… 28 ans, qui a grandi dans la cité, rien n'a vraiment changé, si ce n'est le décor. C'est nouveau que vous voyez, et la peinture qui est… qui est dans le bâtiment. Lui et ses amis acceptent de nous recevoir chez eux pour revenir sur cette opération de sécurisation. Ils se sentent coincés entre la pression policière et l'omniprésence des dealers. Ouais, ils ont dépêché 150 camions… ça… ça a pas changé le trafic. Il est toujours là. Venez, vous dormez une fois ici, vous allez voir comment vous allez dégoûter. Tous les jours ça crie, c'est le bordel dehors. Et voilà comment nous, on pourrait être associés à ces gens-là. Mais faut… faut arrêter. Ils se tuent entre eux, ils se… entre eux, ça nous regarde pas. Nous, on est là, c'est pour gagner notre paix. Voilà. Moi… moi, je… 5h du matin avec ma sœur… Moi, je fais toute la nuit, je suis pas là pour surveiller qui c'est qui tue, qui c'est qui… qui c'est qui… mal… Moi, ça me regarde pas.
Ce fatalisme est-il partagé par les femmes du quartier ? Ce jour-là, elles sont réunies pour leur fête annuelle. Derrière la bonne humeur, les séances de maquillage et les bavardages entre voisines pointent le désarroi. Le problème paraît sans issue. Je… j'ai… les forces de l'ordre… Vraiment… ça… ça… vu… Mais ça continue, il y a toujours ce problème. Il est dans la Castellane et dans toutes les cités, je pense, de Marseille. De… chaque… maintenant… Vous croyez que les jeunes… un emploi… il serait… pas là… Les… Depuis 6 mois, depuis le début de ces opérations de sécurisation des cités, près de 34 000 personnes ont été contrôlées et plus de 1000 interpellées. Dans le même temps, la drogue continue à tuer à Marseille. Depuis le début de l'année, personnes sont mortes au cours de règlements de compte.