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2002 - Michel Onfray - 4. Démocrite et le corps eudémoniste (conférence)

L'odyssée d'une conscience52:23

Transcription

Conférences de l'université populaire de Michel Onfray: Génie de l'hédonisme aujourd'hui. Le matérialisme hédoniste à des rites. [Musique]

Y avoir un merci pour votre fidélité. Je voudrais consacrer avec vous cette séance à la question du matérialisme hédoniste de Démocrite. On a parlé de lui la dernière fois, fait un petit portrait pour expliquer qu'il était comment, comment il fonctionnait. Je voudrais revenir un petit peu pour commencer sur la question des anecdotes. Ensuite, on abordera la question de l'invention du corps contemporain, d'une certaine manière dont on envisagera la question du matérialisme, et puis ensuite on essaiera de voir quel type de tic peut être induit par cette physique, etc. L'hédonisme peut être fabriqué par Démocrite, un matérialisme, un hédonisme, donc un matérialisme hédoniste.

Sur la question des anecdotes, je vous avais promis qu'on ne reviendrait pas sur les femmes vierges, mais sur cette anecdote très précisément qui permet des moqueries: dire un soir à une demoiselle qui passe dans la rue «Bonsoir mademoiselle», et «Bonjour madame» à la même dame qu'il voit le lendemain, tout simplement parce que des simulacres se sont échappés d'elle et sont l'occasion pour des moqueries de constater qu'elle a perdu sa virginité. Très précisément, ce serait cette anecdote et d'autres qui existent chez Diogène. D'ailleurs, c'est qu'ils sont rapportés concernant Démocrite. Ses anecdotes montrent la primauté du nez. On ne dit pas assez combien la philosophie classique occidentale et idéaliste a détesté le nez, et puis quelques expressions finalement procèdent de cette détestation. Comme vous ne pouvez pas blairer quelqu'un, vous ne pouvez pas le pif, et on ne peut pas le sentir. Il y a quelque chose qui procède de manière assez lointaine, mais qui en possède tout de même du matérialisme et des atomes qui circulent. Pas le blairer, parce que les atomes qui viennent de lui, les simulacres qui proviennent de lui, rentrent en relation avec nous et n'entretiennent pas une bonne relation, n'est pas très heureux de ce qu'on sent de l'autre. Je dirais les matérialistes ont toujours célébré les effluves et le goût, en considérant qu'il n'y avait pas cinq sens et une possibilité de les hiérarchiser. Avec les sens extraordinaires qui seraient les sens nobles, qui seraient les sens de la mise à distance: je vois, j'entends, je n'ai pas de contact avec le réel, donc c'est parfait. En revanche, le goût ou le toucher, où je sens et j'ai un contact beaucoup trop direct avec le réel, donc c'est moins intéressant. Il y a dans l'histoire de la philosophie occidentale cette opposition entre essences nobles et essences ignobles, entre essences qui peuvent permettre une esthétique. Si vous vous occupez de peinture ou de musique, personne ne viendra vous dire que vous avez tort, vous êtes vraiment sur le terrain de l'esthétique, sur le terrain des beaux-arts. Si en revanche vous revendiquez l'esthétique pour le nez ou pour la bouche, si vous pensez que l'olfactologie ou la gastrologie peuvent être des beaux-arts au même titre que la peinture ou la sculpture, on vous demandera des comptes, parce que nous sommes sur ce régime d'écriture platonicien qui néglige les effluves et la question du corps. Seraient toutes ces petites histoires que l'on rencontre chez les cyniques et les matérialistes, le cynique et Démocrite. On va finir avec des mots crus aujourd'hui, mais on verra aussi avec Lucrèce et quelques autres, ou bien les matérialistes sont friands de ces petites histoires qui montrent que nous sommes en permanence dans un univers de simulacres. Ces petites sagas miniatures qu'ils nous proposent sont finalement des occasions mnémotechniques, sont des occasions de le mémoriser facilement en fait. Et on retrouve peut-être un peu le propos qui est le nôtre dans la philosophie populaire: comment est-ce qu'on peut finalement proposer à des individus des raccourcis de pensée complexe, mais avec des anecdotes qui sont susceptibles de faire sens et qu'on peut se remémorer en permanence, comme un petit vademecum qu'on aurait sur soi et qui nous permettraient de savoir comment on peut se comporter en matérialiste, ou ce que ça peut bien vouloir signifier qu'être matérialiste, et puis évidemment hédoniste.

L'invention, l'invention du corps chez Démocrite est assez singulière, parce que quand on s'en vient consulter les fragments, vous savez combien ils sont parfois sujets à caution, difficile pour l'interprétation. Mais quand on se met bien à regarder le corpus qui subsiste sur la question du corps, on est étonnamment frappé par la modernité des dépositions de Démocrite sur la question du corps. Je pense qu'un médecin ou un chirurgien d'aujourd'hui pourrait tout à fait reprendre à son compte les hypothèses de Démocrite et constater que les intuitions sont relativement fondées. On a un corps moderne qui est inventé dès cette époque-là. Les thèses du matérialisme, vous vous en souvenez, on en a déjà parlé: les atomes sont en nombre infini, les combinaisons sont en nombre infini également, et ces atomes sont en mouvement dans le vide. Voilà à partir de quoi on fabrique une physique qui, elle, va produire une métaphysique. Il n'y a donc que les atomes en mouvement, il n'y a qu'une causalité immanente et matérielle, pas de Dieu, pas la peine d'aller chercher ailleurs que dans l'agencement de la matière ce qui a lieu, et si c'est le cas, ce qui nous fait être ce que nous sommes, tout passe, tout est essentiel chez les épicuriens. L'éternité est une fiction, ou alors si l'éternité existe, ce n'est que l'éternité du changement. Il n'y a que le changement qui soit réellement éternel, pas de place pour les dieux, une place cardinale pour les hommes, une place cardinale pour l'individu en fait. Le monisme philosophique que Démocrite nous propose est un monisme qui nous concerne aussi: nous sommes au centre. Il s'agit de nous fabriquer comme un univers à part entière, il s'agit de prendre en considération notre nature matérielle et faire un meilleur usage de nous-mêmes en attendant la mort.

On avait déjà également abordé la question de l'âme et du corps: est-ce qu'on peut par exemple parler de l'âme, parler du corps, être matérialiste et en même temps revendiquer ce fameux monisme? S'il n'existe qu'une seule réalité, comment est-ce qu'on peut dire qu'il y a d'un côté une âme, de l'autre côté un corps? Comment est-ce qu'on peut résoudre ce problème-là? Vous savez que c'est un problème qui a été une espèce de monstre permanent et récurrent dans l'histoire de la philosophie, que certains ont pensé qu'il y avait deux réalités, d'autres qu'il n'y en avait qu'une, que certains se sont posé la question de la liaison de ces deux réalités, Descartes étant le plus célèbre. Eh bien on va essayer de voir comment les matérialistes, et précisément Démocrite, disent qu'il existe une âme, qu'il existe également un corps, et que cette âme et ce corps ne procèdent que d'une même matière. Ça n'empêche qu'on peut parler tout de même. C'est Démocrite, d'un matérialisme et de rien d'autre. C'est une position de combat, la position de Démocrite et la position matérialiste est toujours une position de combat. Paraît étonnant si aujourd'hui la coupure se fait encore entre des matérialistes et des idéalistes, y compris chez des philosophes modernes et contemporains. Ceci est récurrent, de voir réapparaître une césure entre ceux qui considèrent qu'il n'y a que de la matière et que tout s'arrête à ça, et ceux qui considèrent qu'il y a autre chose et plus que de la matière. Je relisais un petit peu de deux personnes en France hier soir pour voir comment eux essaient de résoudre ce problème de la liaison. C'est une espèce de dépassement, à ses fins, et c'est peut-être le seul qui ait réussi à dépasser, avait dépassé cette apparente contradiction en parlant de la glande pinéale, espèce d'énergie qui, pour le coup, est matérielle sans être matérielle en phase I. Si le dieu des matérialistes nous prête vie, on abordera ça un jour, mais on n'y est pas encore.

Je dirais le matérialisme de Démocrite, il est un matérialisme de combat, parce que d'abord il est anti-pythagoricien, pythagoricien, donc aussi anti-platonicien. Bien évident que quand on a dit de Platon qu'il était l'homme du dualisme, l'homme qui opposait le corps et l'âme, l'homme qui considérait qu'il y avait d'un côté la bonne âme, puis de l'autre côté le mauvais corps, et bien cet homme-là, il est un penseur qui recycle Pythagore, comme Démocrite recycle le cynique, et bien Platon recycle Pythagore, et on a une tradition de la coupure, d'une certaine manière, des coupures douloureuses entre le corps et l'âme. Ce corps de combat que nous propose Démocrite, il est anti-pythagoricien, pardon. Il suppose qu'il n'y a pas une âme séparée, un corps séparé, mais un agencement assez singulier. Alors pour résoudre ce problème, comme il existe la glande pinéale chez Descartes, c'est le lieu chez Descartes que le philosophe croit avoir trouvé et dans lequel se liraient le corps et l'âme. Bien, pour résoudre le problème de la liaison du corps et de l'âme chez Démocrite, il faut passer par deux concepts et qui renvoient évidemment aux atomes. Je vous avais dit qu'il n'y avait que les atomes, donc il y a d'un côté des atomes somatiques, de l'autre côté des atomes psychiques. C'est clair. Je dirais en termes de technologies, le soma, c'est le corps, le psyché, c'est l'âme. Donc il y a des atomes qui relèvent purement du corps, il y a des atomes qui disent l'âme, mais qui sont tout de même aussi des atomes. Donc il faut considérer qu'il existe une âme qui est matérielle, qu'il existe un corps qui est matériel aussi. Comment est-ce que ça fait? Cet agencement, je dirais les atomes psychiques, et bien il faut les penser en termes, en termes d'image, en termes de métaphores. Démocrite considère qu'ils sont lisses, sont ronds, et qu'ils sont chauds, et donc imaginez une espèce de boule de pétanque portée à l'incandescence d'une certaine manière, et vous avez ce qui ressemble à l'atome, à l'atome psychique, et ce qui constitue l'atome de l'âme. Ils sont, ces atomes, lisses, ronds et chauds, par l'agitation, et c'est ce qui fait que nous pensons, que nous réfléchissons, c'est ce qui fait que nous sommes capables de nous mouvoir. Tout ce qui est motricité, sensibilité et penser chez les matérialistes antiques procède de l'agencement de ces atomes. L'atome psychique, donc, qu'il faut mettre en perspective sur le mode du damier ou du contrepoint, d'une certaine manière. Si la métaphore plaît aux musiciens, aux mélomanes, il y a d'un côté les atomes psychiques, de l'autre côté les atomes somatiques, et l'un ne va pas sans l'autre. Ils sont séparés, mais unis. Il n'est pas question dans la physique, je dirais, de Démocrite, qu'il y ait des atomes séparés. L'un suppose l'existence de l'autre, et la condition de possibilité de l'un, c'est l'autre. De telle sorte que l'agencement suppose que tout ce qui est psychologique, ce qui est métaphysique, ontologique, on verra peut-être ensuite, mais tout ce qui est psychologique relève de la physique, tout est réductible à des agencements, à des agencements physiques. Cette alternance du corps et de l'âme suppose qu'il n'y a pas un corps d'une part et une âme de l'autre côté, c'est pareil, mais qu'à chaque fois que vous avez du corps, vous avez de l'âme, à chaque fois que vous avez de l'âme, vous avez du corps. C'est donc assez singulier de penser dans ces termes, l'un puisque vous apercevez que l'âme est matérielle, et que là où est la matière, est l'âme. Il faut donc se résoudre à ne pas, à ne pas voir même de coupure au sein même de l'atome. Il n'y a pas de coupure dans le réel, il n'y a pas de coupure dans le monde, il n'y a pas de coupure dans le corps, il n'y a pas non plus de coupure dans l'atome. Les atomes sont ainsi constitués qu'il y a du psychique et du somatique, et qu'à partir de ce moment-là on a fabriqué l'identité de tout un chacun. Là où est la matière, est l'âme. C'est ça. Nous permet de résoudre un problème qu'on avait envisagé récemment, pour voir comment on pouvait résoudre cette apparente difficulté. Les deux termes sont deux modalités qui signifient une même réalité. Il n'y a qu'un seul, une cible de plusieurs manières, il est abordable de plusieurs manières. On pourrait se poser la question de la vitalité, c'est-à-dire que chacun d'entre nous est plus ou moins doué de santé, de force ou de vigueur, de vitalité. Certains sont des natures lentes, d'autres sont de nature rapide. Il y a des gens qui ont besoin de temps, d'autres qui sont dans la rapidité en permanence. On ne choisit pas à aucun moment. On peut imaginer par exemple que l'on pourrait vouloir cet état de fait. On est voulu par une réalité qui nous fait être ce que nous sommes, dans la grande logique du hasard et de la nécessité. Il y a une nécessité pour Démocrite, d'une certaine manière, il y a un paradoxe, mais nous ne choisissons pas ce que nous sommes, et nous sommes ce que nous sommes uniquement parce que les agencements font ce qu'ils sont, les agencements qui nous constituent nous font être ce que nous sommes, et d'une certaine manière on n'a pas le choix entre un tempérament, un tempérament puissant, un tempérament qui ne serait pas une grande santé, pour le dire dans les termes de Nietzsche, ou maladie qui lui correspond sur le terrain inverse. Imaginez donc que en termes de quantité vous obtenez des qualités, c'est-à-dire que si vous avez des atomes psychiques en quantité, ou si vous avez des atomes psychiques qui font défaut, ou des atomes somatiques en quantité, ou qui font défaut, vous aurez des comportements, vous aurez des façons d'être, vous aurez des façons de penser. Les tropismes, ce qui fait que vous êtes ce que vous êtes, et qui vous conduit vers des habitudes, finalement procède d'un agencement et uniquement de cet agencement que nous n'avons pas choisi, mais qui nous a choisi. Votre vigueur, votre santé, votre force et votre énergie procèdent d'une nécessité pure et simple. On verra comment ça pose problème cette position métaphysique, parce qu'on peut évidemment poser légitimement la question: s'il n'y a pas de liberté, s'il n'y a que de la nécessité, n'y a-t-il pas de liberté? Comment pourrais-je vouloir une éthique de l'hédonisme? Comment est-ce qu'on va pouvoir arriver, avec cette apparente contradiction, à dire: il existe une physique, il n'y a qu'une physique, mais en même temps une éthique est possible, et qu'ils ne soient pas réductibles à cette logique de la nécessité? À voir comment il y a une possibilité de résoudre ou d'envisager la résolution de ce problème-là chez Démocrite.

Quand on propose une théorie de la vie, on propose aussi une théorie de la mort. Démocrite a une théorie qui nous réconcilie d'une certaine manière avec le fait d'avoir à mourir. C'est-à-dire que les platoniciens, les pythagoriciens, puis les chrétiens plus tard, considèrent que la mort c'est le détachement de l'âme du corps, l'âme quitte le corps donc, et qui s'en va dans un ciel des idées, ou qui, dans la mythologie chrétienne, dans l'enfer ou le paradis ou le purgatoire. Il se fait que chez Démocrite, la mort est réductible à un phénomène purement matériel. Il y a une certaine chaleur dans nos atomes, quand cette chaleur baisse, disparaît, et bien la mort apparaît. D'une certaine manière, la mort c'est la raréfaction des atomes les plus chauds pour notre corps. Il y a des atomes chauds, et bien quand ces atomes disparaissent, quand ils se refroidissent d'une certaine manière, la mort apparaît, le froid, le froid d'une certaine manière. C'est le squelette, le squelette chez Démocrite est considéré, est constitué uniquement d'atomes froids. On pourrait d'ailleurs, à la lumière de ces hypothèses matérialistes et qui nous permettent de penser la vie et la mort en termes de physique, reconsidérer la petite anecdote que je vous proposais l'autre jour et qui permettait d'envisager le corps de Démocrite dans du miel. Effectivement ça paraît assez contradictoire avec l'option, l'option métaphysique, donc physique de Démocrite, mais on peut aussi imaginer que le miel aurait pu conserver un corps dans lequel un peu de chaleur aurait pu durer encore. C'est d'une certaine manière une façon, une autre hypothèse de lecture, mais d'envisager la survie, ou de gérer d'une certaine manière un peu de son immortalité sur la logique du corps et de l'âme, même si ce sont, je vous le répète, des modalités d'une même réalité.

Il y a un tout petit texte extrêmement intéressant, assez bref, mais qui est intéressant parce qu'il est sous forme allégorique, je dirais. C'est une allégorie que j'appelle du tribunal, et Démocrite dit: on devrait permettre au corps de porter plainte d'une certaine manière contre l'âme. Et si le corps portait plainte contre l'âme, auraient-ils raison? On lui donne raison, car l'âme est à l'origine de nos malheurs, de nos douleurs et de nos souffrances. Tout de tous et où toute cette logique atomique, tous ces atomes de l'âme, de la vitalité, de l'énergie, ce sont les atomes qui nous font être désirant, qui nous font être dans l'instinct, qui nous font être dans la pulsion. C'est ce qui cause la mort, ce qui cause la mort, comme pas seulement, c'est ce qui cause la douleur et la souffrance, c'est ce qui cause la négativité. Démocrite dit: le corps intenté un procès à l'âme, gagnerait justement parce que les atomes incandescents sont problématiques. La grande quantité d'atomes incandescents dans un corps est la cause de notre incapacité à choisir, à être libre, et notre déterminisme est tout entier dans cette logique du corps fabriqué d'atomes incandescents. La chair obtiendrait donc réparation. Et c'est là que ça devient un peu difficile chez Démocrite, d'abord parce que les textes font défaut, ensuite parce que les logiques sont assez contradictoires, parce que vous avez des individus, des écrits de Démocrite, et qui sont, qui ne sont pas forcément dignes tous de confiance. Donc la question, je dirais, de la jonction se fait difficilement entre la liberté et la nécessité. Mais il y a chez Démocrite une obligation éthique à faire de telle sorte qu'on équilibre les deux forces. Il ne faut pas que dans le corps qui est le vôtre les atomes somatiques prennent le dessus, il ne faut pas que les atomes psychiques prennent le dessus. Il faut d'une certaine manière obtenir un équilibre qui permettra une juste mesure. L'expression se retrouvera chez Aristote, mais n'est pas chez Démocrite, mais il est pour une espèce de mesure qui permettrait de ne pas faire de telle sorte que certains atomes prennent le dessus et nous fasse être soit des objets, des purs objets de notre corps, des objets de notre désir, de nos pulsions, ou de nos désirs, de nos instincts. Quelque chose doit viser cette éthique, dit Démocrite, elle doit viser la joie. Alors comme la question se pose avec tous les gens qui nient l'existence de la liberté, on verra que d'une certaine manière la seule liberté, paradoxalement que Démocrite nous permet, c'est la liberté d'adhérer au réel, de consentir au réel comme il nous est, comme il nous existe, comme il nous exige, comme il nous requiert.

Après cette petite théorie du corps, cette petite théorie de l'âme, cette digression sur les atomes somatiques et les atomes psychiques, il faut considérer la morale de Démocrite comme une morale qui permet le plaisir pris à soi-même. Je dirais que la grande, la grande formule de l'hédonisme de Démocrite, vous connaissez maintenant les distinctions, je dirais, mais la grande formule, on dira de l'hédonisme de Démocrite: le plaisir pris à soi-même. Démocrite dit qu'on peut prendre plaisir à soi-même quand on ne craint rien ni personne, s'agit d'une crainte ni les dieux, ni qui que ce soit dans la nature, ou ni quoi que ce soit dans la nature fabriquée d'une certaine manière, son autonomie. Il y a une méthode pour ça, presque des trucs, essayé à partir des fragments qui nous, qui nous restent, de faire une espèce de petite typologie des pratiques qui nous permettent d'envisager un hédonisme assez facilement constructible. Ça suppose, et je vais m'expliquer sur les termes, parce que je vais utiliser des expressions qui sont, qui sont des expressions tardives et nettement postérieures à Démocrite, mais ça suppose par exemple qu'on pratique dans une perspective utilitariste. Alors le terme est très connoté en philosophie, l'utilitarisme c'est une pensée qui est fabriquée par John Stuart Mill, qui procède, on envisagera ça aussi, parce que c'est un moment important de l'histoire de la philosophie hédoniste, mais qui procède d'Helvétius en France, et qui suppose que l'utilité est le critère. Donc il est bien évident qu'il n'y a pas d'utilitarisme à proprement parler chez Démocrite, mais qu'on peut utiliser ce terme-là. Il faut considérer que l'utilitarisme de Démocrite, il suppose que le contentement et l'agréable définissent l'utile. C'est le contentement et l'agréable qui définissent l'utile. Inverser la proposition, et vous avez le mécontentement et le désagréable qui définissent l'inutile. L'utile et l'inutile, ceci correspond très précisément au bien et au mal. Ce ne sont pas des termes que les présocratiques utilisaient bien volontiers, mais ça nous permet de voir que dès cette époque-là se constitue l'opposition qui existe, qui existera longtemps, qui existe encore aujourd'hui, je dirais, entre les morales de la vertu et les morales du bien. Les morales de la vertu, ils sont essentiellement représentées par, je suppose qu'il faut faire le bien par vertu ou par l'obligation d'obéir à la vertu, parce que les vertus… Les morales du bien considèrent que le bien est fluctuant, qu'il faut, qu'il faut décider, le bien n'est pas toujours le même dans tous les lieux, dans toutes les circonstances et à toutes les occasions. Le grec, il y a une, il y a une ligne de force…

Dans la philosophie hédoniste, et les souvent utilitariste et presque toujours d'ailleurs, elle est rarement une morale de la vertu; est presque toujours une morale du bien. Que dire du plaisir dans cette dans cette affaire? On se trompe toujours quand on considère que les d'aunis mme c'est une c'est une jouissance en conscience, c'est une jouissance de l'instinct pure et de la de l'impulsion qui serait débridée et abandonnée à elle-même. Le plaisir n'est pas le but chez Démocrite. Il n'y a pas une identité entre le plaisir et le bien, mais il en est le signe, il en est la trace, c'est la preuve d'une certaine manière. Le plaisir est la preuve de l'existence du bien, le bien étant, je vous le répète, ce qui permet l'utilité. Il sait quoi bien; c'est à mettre en perspective avec ce que ça permet de réaliser: une vie qui permette la paix avec soi-même, donc avec les autres, donc avec le monde. Ce sera considéré comme utile et bon. Dans les écrits de Démocrite, ce qui permet une adhésion au monde, une adhésion harmonieuse et pérenne avec soi-même. Deuxième petit pas néologique: le deuxième terme que je vais utiliser, que je vais forcer d'une certaine manière. Comme l'utilitarisme est un terme qui est qui est nettement postérieur, le socialisme est un terme qui est nettement postérieur aussi à Démocrite. Mais il faut aussi penser en socialiste. Qu'est-ce que c'est qu'un sensualiste? Sais-tu quel ton qui considère que la connaissance ne peut se faire qu'à partir des sens? Ça paraît évident. Le nombre des philosophes considère que la connaissance, elle peut se faire à partir des idées a priori, à partir des formes pures de la sensibilité, à partir de certains nombres d'a priori. Vous avez une tradition qui considère que non, on ne peut connaître qu'à partir du moment où on appréhende les sens dont je vous parlais tout à l'heure: la vue, l'ouïe, le goût, le toucher et l'olfaction, par exemple. Pas question de se priver d'un des cinq sens pour connaître, puisque quelqu'un de "kinky" se contenterait de la vision pour connaître, qui se contenterait de de lol de l'audition pour connaître. Nos rêves de vision, que notre d'appréhension du monde dirait que visuel et auditif, c'est-à-dire extrêmement parcellaires. Passera aussi peut-être d'arriver un jour à combien qui est au centralisme. Une anecdote qui permet, avec une statue qui ne seraient doué que d'un seul sens de voir, autant envisager comment on pourrait percevoir le monde si on était doué d'un seul sens. Que je dirais ce centralisme, il existe déjà en germe dans la philosophie de Démocrite. Et il considère que le vrai, c'est la représentation de l'objet. Souvenez-vous de la théorie du simulacre; on est dans une dans une logique absolument opposée à celle de Platon, qui considère que la vérité a à voir avec un référent idéal, que la vérité, elle suppose une idée, une idée pure. Que la vérité de cette bouteille, d'une certaine manière, elle a à voir avec l'idée de la bouteille qui elle existe indépendamment des formes, des allures matérielles de cette bouteille. Retirer le lentilles platonisme de Démocrite. Aspar un socialisme qui, comme l'utilitarisme, définit assez volontiers la tradition hédoniste sur les sur les 25 25 siècles qui courent. Là où est le monde et la vérité? Si d'une identité chez Démocrite entre le monde et la vérité, il pense assez peu en termes de en termes de vrai et de faux, en termes de bien et de mal. C'est nous qui pouvons a posteriori interroger ces textes-là avec des catégories qui sont les nôtres et qui fonctionnent depuis qu'ils sont aussi les têtes etc. auraient utilisé par là par la philosophie occidentale. Je dirais, il y a un désir de réduire le réel aux vrais et la vérité au réel, qui n'est pas un qui paraît une évidence, mais qui n'est pas sans intérêt quand une bonne partie de la philosophie nous invite à penser autrement, vous invite même à croire que ce qui est essentiel ce n'est pas ce qu'on voit, ce n'est pas son goût, tout ce qu'on touche, c'est essentiellement ce à quoi ça renvoie derrière, dans le scan X, après les arrières mondes. Il n'y a pas d'arrière-monde, dit Démocrite. Ce que vous voyez, c'est la réalité; ce que vous sentez, ce que vous goûtez, c'est la réalité; ce que vous touchez, c'est la réalité, et il n'y a pas d'autres réalités que ça. Ça paraît une évidence, mais il faut dire que en termes de philosophie, c'est pas toujours une évidence, et c'est même souvent considérée comme une commune philosophie de moindre qualité: soient l'empirisme, soit le socialisme. Cette idée que nous ne connaîtrions qu'à partir de nos sens, l'essence étant trop lointaine. On considère que bien souvent on ne connaît que de manière approximative, puisque les l'essence ne peuvent pas être considérés comme des voies d'accès sûres à la vérité. Souvenez-vous des simulacres: les connaissances, elles ne se font pas en référence avec avec l'idée, naît avec la circulation atomique. Là encore, c'est-à-dire que tout ce que vous voyez, tout ce que vous percevez, tout ce que vous entendez, ça suppose un agencement d'atomes et se suppose une circulation de ces atomes qui vont être saisis par votre système perceptif. Ce qui se détache de votre de votre corps ou de votre être, ce qui ce qui part de vous, la parole est aussi atomique d'une certaine manière. Tout ça circule, s'en va et vient et touche les sensations de tout un chacun qui est à même de décoder. À partir de ce moment-là, c'est-à-dire que les intérêts subjectivité, les rapports entre les sujets se font en relation avec les circulations atomiques. Nous sommes dans une espèce d'immense dans un immense pont où ne font que circuler des petits des petits atomes qui sont crochus, qui sont lisses, qui sont ronds, ils sont ce ferry qui vont plus ou moins vite, qu'ils vont plus ou moins bien aussi. Et il faut imaginer le réel comme ce qui est uniquement réductible à ses agencements. Quand Clément Rosset aujourd'hui parle du réel comme du comme d'une idiotie, en jouant sur l'étymologie et sur ce que signifie le le grec d'idiotie, c'est-à-dire sans double, il a raison. Il y a des métaphysiques qui supposent des arrières-mondes; il y a des métaphysiques qui posent que là où est le réel, il y a la matière; là où est la matière, il y est le réel, et le réel, la matière est le vrai. Un incident absolument. On a dans cette logique utilitariste, sensualiste, des des possibilités d'envisager ce qu'on appelle aussi en philosophie le perspectivisme. Enfin, c'est pareil, c'est une grande révolution méthodologique: perspectivisme et relativisme. Nietzsche froisser ses choux gras, je dirais de ses positions là. C'est dire qu'il n'y a pas de vérité absolue. On ne pense pas le réel en termes de vrai, ou alors c'est ou alors ce sont uniquement des termes qui nous permettent de le qualifier comme comme vrai, mais la vérité, elle est relative à la perception qu'on en a. Des bien évident que quelqu'un qui serait qui seraient doué d'un sixième sens, ou quelqu'un qui ne disposeraient pas de ses cinq sens, disposerait d'un accès à la réalité qui serait différent de celui de son voisin. Et bien la réalité, elle serait en relation avec la subjectivité qui perçoit, une subjectivité qui reçoit la vérité. Et il est dans la perception de tout un chacun ce qui d'une certaine manière crée et constitue des individus. C'est une cette espèce de lieux communs qui nous fait dire que le l'individu a été invité par vite et où il faillit invite invités à inventer. Voilà, c'est un beau lapsus: il a été inventé par Descartes. C'est une idée fausse, pas de vin des cartes comme ça qui au XVIIe siècle crée de toutes pièces l'individu, l'individualité. Déjà là, on verra dans la séance suivante qui sont les sophistes, mais les sophistes vont encore plus loin dans ce perspectivisme et dans ce relativisme, et il crée l'individu moderne et l'individu que nous sommes. Je vous disais tout à l'heure que Démocrite inventa le corps moderne d'une certaine manière; il invente aussi l'individu moderne, c'est celui qui est la mesure de toute chose. On verra que c'est la grande phrase de Protagoras et de duplus du plus célèbre des des sophistes. Mais l'homme étant la mesure de toute chose, c'est devenu aussi une vérité. Mais imaginez que nous sommes cinq siècles avant Jésus-Christ, ça reste une pensée relativement révolutionnaire: utilitarisme, centralisme, et j'ai parlé aussi d'un athéisme tranquille. Je vais utiliser cette expression dans un de mes livres, et j'avais été repris par Jean Salem, dont je vous dirai tout à l'heure tout bien que j'en pense malgré tout, parce qu'il est dans la bibliographie, ce le seul qui a écrit sur sur Démocrite. Et j'avais utilisé cette expression d'athéisme tranquille chez les épicuriens, et il avait une raison d'une certaine manière de me reprocher le terme, qui est un terme moderne. Il n'y a pas d'athéisme dans un dans une conception du réel où les dieux existent. Il aurait fallu trouver une autre expression. Il se fait que c'était un un clin d'œil et que l'expression d'athéisme tranquille est chez Deleuze, et que j'avais souhaité un clin d'œil à Deleuze en parlant de cet athéisme tranquille. Il n'y a pas donc d'athéisme d'un proprement parler chez des philosophes matérialistes, mais une définition de Dieu ou du divin qui n'a pas grand-chose à voir et évidemment avec le avec le matérialisme, mais qui suppose également que si les dieux existent, ils sont bien indifférents à ce qu'il advient aux hommes. Ce que j'ai donc appelé un athéisme tranquille, c'est-à-dire que les dieux peuvent exister, mille ce qu' petit peu des sommes que nous ne pouvons bien ne pas trop nous occuper d'eux non plus. Il n'y a pas de fortune divine et transcendante, évidemment. On va chercher dans un dans un autre monde à quoi ressemblerait une puissance qui nous qui ne gouvernerait rien, ne ressemble à rien chez Démocrite. Et toutes les causalités sont terrestres, c'est-à-dire qu'à chaque fois que quelque chose a lieu, il y a des causes pour que ces choses aient lieu comme ça et pas autrement. Donc ce qui advient advient parce que en amont quelque chose aura eu lieu aussi. D'une certaine manière, on peut aller au devant des questions que vous pourriez me répondre: mais qu'est-ce qui fait que je suis ce que je suis et pas un autre? Ou bien je dirais un enchaînement de causalités, et vous faites ce que vous êtes. Il y a donc des chances, il y a des occasions qui font que des rencontres atomiques vont pouvoir fabriquer des destins ou des trajets qui vous font être ce que vous êtes et pas un autre. Cette espèce de nécessité qui courent, il fait absolument l'économie de d'un dieu, du divin. En fait, c'est cet homme qui pense de manière révolutionnaire et qui fonde aussi, je disais tout à l'heure, la modernité hédoniste et la modernité matérialiste. Il y a une confiance absolue en l'usage de la raison, en la raison et en l'usage de la raison. Et très singulièrement quand on voit ce qu'est le XVIIIe siècle et le siècle des Lumières, ce qu'on appelle là où karim chez les Allemands et que l'école dite de Francfort, philosophes du XXe siècle, sont Adorno, Horkheimer et quelques autres qui eux croient aux possibilités des Lumières, aux possibilités d'une révolution française qui pourraient se continuer grâce à la raison, et bien je dirais tous ces gens-là procèdent de ce courant-là. Il y a dans la confiance en la raison une espèce de fondement révolutionnaire, je dirais, pour penser, qui mérite encore qu'on s'en occupe aujourd'hui. La croyance en la raison est une croyance plus que nécessaire. Quand on aura abordé en utilitariste, en socialiste, on a t on pourra aussi pratiquer ou envisager une diététique des désirs. J'utilise le terme diététique au sens où Michel Foucault l'utilise, vous avant lui quelqu'un qui n'est pas philosophe, mais qui accueille peut-être là son meilleur livre, qui Gabriel Matzneff avait parlé de diététique de lord Byron, et il avait montré que pendant que ce terme-là pouvaient être utilisés comme ce qui permettait de qualifier l'identité d'un être et son art de vivre, de se choisir sa vie ou de loin de là à construire 10 recettes. Diététique des désirs chez Démocrite, et suppose qu'on considère les désirs et qu'on est une théorie du du désir. Il n'y a pas chez lui et chez ceux qui s'en réclament de condamnation du désir et du plaisir en soi. Ce n'est jamais considéré comme comme un mal ou comme une faute le désir, parce que c'est un désir. C'est considéré comme une négativité, je dirais. Le désir chez Démocrite, de manière relative, est relativement aux troubles qui sont occasionnés. Le problème ce n'est donc pas que nous désirions, c'est qu'éventuellement que ses désirs-là puissent nous troubler, puisse troubler notre existence et nous rendre notre notre quotidien difficile à vivre. D'une certaine manière, il y a deux ou trois leçons dans 7-2 7 et éthiques des désirs: il s'agit de ne pas désirer n'importe quoi, pour le coup je dirais pas n'importe qui, de ne pas désirer n'importe comment, ni désirer n'importe quel type de plaisir. Il faut choisir quel type de désir on peut avoir et quel type de désirs sont défendables, ou du moins à quel plaisir nous pouvons consentir. Les individus qui ne consentiraient que violemment aux désirs ne seraient donc pas du tout dans une logique hédoniste, dans une logique bestiale ou animale. Belle idée qu'un désir, ce très bon parce qu'il est désir, n'est pas une idée downeast. De l'idée downeast, supposera après la diététique une arithmétique des désirs, des plaisirs. Elle suppose qu'un désir est bon si le plaisir qui s'ensuit quand on leur a satisfait de ce désir-là est un plaisir qui ne nous détruira pas, qui ne détruira pas notre économie, notre notre tranquillité. Donc la grande leçon, c'est qu'il faut éviter les plaisirs qui aliènent durablement et momentanément. Chacun peut en son for intérieur réfléchir sur les désirs auquel il aura consenti et au déplaisir qui auront été induits par un consentement qui n'aura pas été éclairé. La tâche est d'éclairer vos désirs, et vous verrez que les plaisirs s'en trouvent d'autant bonifiés. Il n'y a donc pas d'excès dès que c'est pensable chez Démocrite. Il ne faut pas évidemment aller chercher les plaisirs qui aliènent, mais il faut éviter aussi les excès, l'intempérance, la démesure. Là encore, des gens qui ont attaqué le l'hédonisme ont souvent considéré que les de nice mme c'était le le dérèglement de tous les sens, pour le dire dans l'expression de Rimbaud, et que dans le dérèglement de tous les sens on trouver la définition même ou l'impératif catégorique de l'hédonisme. Ça n'est pas du tout le cas; c'est une mécanique fine, l'hédonisme, qui permet de trouver la pointe, le fin équilibre, je dirais, qui nous permet d'éviter trop ou trop peu de désir, trop ou trop peu de plaisir, en sachant que certains désirs sont condamnables parce qu'ils induisent une négativité qui n'est condamnable parce qu'elle fasse quelques troubles, parce qu'elle rend impossible cette équilibre auquel le lesage aspire. Le seul plaisir, d'une certaine manière, on se trompe quand on considère que les plaisirs sont son matériel. Le seul plaisir chez Démocrite, c'est le plaisir pris à soi-même. Mais c'est une idée importante. Nous passions n'est pas de lui, mais tous les plaisirs un peu triviaux sont des plaisirs condamnés. Dans le portrait que je vous faisais de Démocrite, je vous ai montré un individu qui n'aime pas l'argent, qui n'aime pas les pouvoirs, qui n'aimait pas les honneurs ou les richesses; un personnage qui traverse l'existence en considérant que le seul souci devait être le souci de construction de soi comme un individu libre, indépendant et autonome. Et bien le plaisir pris à soi-même, c'est l'impératif catégorique de ceux de cette morale hédoniste. Quand Démocrite parle d'eudaimonia, il faut viser la joie. Ce que vise une bonne morale, c'est la joie. Et bien évident qu'on a des problèmes de traduction et que le mot peut être problématique. On a déjà eu l'occasion de dire combien le christianisme avait confisqué ce terme là et comment ils donnaient souvent l'impression d'être d'être un peu saut en fin contre 10 g de la joie, où je me donner de la joie ou donne de la joie. On paraît pas très sérieux; on préfère utiliser d'autres d'autres formules ou d'autres expressions. Je dirais que j'ai répertorié les acceptions diverses en comparant des traductions multiples et en allant voir en allant voir dans le pays. Je dirais, la joie de Démocrite renvoie à la tranquillité de l'âme, à l'heureuse disposition, à la bonne humeur, à la gaîté, à la santé morale et à la fermeté d'âme. Voyez comment on peut faire une espèce de mixte de tous ça: tranquillité de l'âme, heureuse disposition, bonne humeur, gaîté, santé morale et fermeté d'âme. On pourrait d'ailleurs, je voulais une parenthèse pour dire que cette espèce de définition de la joie renverrait assez volontiers au gai savoir, la gagne à Sienne, celle de Nietzsche, qui elle-même renvoie à une érotique des troubadours, qui très médiéval, tâche de se libérer de la tutelle chrétienne. Cette joie de l'âme, elle suppose qu'on puisse pratiquer deux types d'hédonisme, je dirais habituellement, c'est clair, on considère que les hédonistes, c'est la recherche du plaisir et que ça n'est que ça. Et bien évident que la recherche du plaisir se suppose aussi un deuxième temps où notre façon de procéder, qui est qui suppose qu'on recherche, dans la façon, on évite le déplaisir, comptant de faire de telle sorte qu'on puisse éviter le déplaisir. Donc chercher le plaisir, éviter le déplaisir, qui sont l'avers et le revers de la même médaille. N'est pas pensable de pratiques et l'hédonisme sont considérés que la stratégie de l'évitement du négatif, c'est d'abord ce qui permet l'économie d'un nombre considérable de désagréments. Il y a une joie, on va souffrir pour le savoir quand on est malade. Je dirais, il y a à peu près que dans des moments comme cela qu'on est capable de considérer qu'on est con, est encore construit avec des organes. Les organes qui nous constituent, on en a véritablement conscience que quand ils nous font souffrir. On ne sait vraiment qu'on a des dents que quand on a mal aux dents d'une certaine manière. Et c'est la conscience de la douleur ou la douleur qui nous permet une conscience qui vient nous nous permettre de conscientiser ou de localiser les organes, par exemple. Et je trouve qu'il y a parfois il y a parfois du bénéfice et un immense avantage à être au devant de la joie et à se dire que ne pas être dans la douleur, ne pas être dans la souffrance, c'est un immense plaisir. Ne pas être ne pas être au bord de la mort, par exemple, c'est une joie immense. Ce sont des choses qu'on sait quand on est au bord de mourir. Et il y a une grande leçon de jouissance, je dirais, dans cette capacité d'un individu à adhérer au réel en se disant: tant que le négatif n'est pas là, je suis dans le positif. Comment est-ce qu'on peut éviter les éviter les troubles? Ce qu'il donne, il donne des trucs, Démocrite, et un preset cette théorie, je dirais de cette théorie d'hédonisme. On peut passer par une pratique, parce que c'est éminemment praticable. Je dirais, Démocrite nous invita à faire de telle sorte que nous ne soyons ni un bon époux, ni un bon père, ni un bon citoyen, et ni un grec moyen, je dirais, pour qu'aucune, la formule du français moyen, et ce sont le moulin sur des pratiques qui permettent de fabriquer le démoniste, qui permettent de conduire à la joie. Très exactement, l'un évite ce qu'on lui les eaux, à la négativité, à la souffrance et la douleur. Ne pas être un bon époux, c'est-à-dire éviter le mariage. On connaît l'histoire de deux grands types: les pousses de Socrate, on a déjà eu l'occasion d'en parler, et les épouses sont vraiment des occasions d'augmenter la négativité dans une existence. Pouvait inverser, c'est pareil avec les époux. Je veux, on peut parler de Démocrite est un homme, donc allons-y pour les femmes, mais ça marche pour les femmes philosophes: éviter les éviter les échos, évitez les épouses. Je dirais, le mariage suppose que nous allions au devant d'immenses douleurs et immenses souffrances que sont les lesquels suppose le quotidien de la vie domestique. Un philosophe tâchera d'éviter de se marier; il tâchera d'éviter, philosophe, un sage, quelqu'un qui voudra conserver sa tranquillité. Mariez-vous et vous augmenterez la douleur et la souffrance d'une certaine manière. Ne pas faire d'enfant: grande métaphysique de la stérilité chez les stoïciens et les matérialistes, chez les hédonistes. Retenez-vous: la possibilité de faire des enfants n'est pas une ne vous oblige pas à y consentir. Pouvoir en faire ne suppose pas le devoir d'en faire. Des enfants que nous ayons tous et toutes le désir d'enfant est une évidence, que tous y consentent, c'est toujours une énigme. Donc on peut pratiquer cette métaphysique de la stérilité, d'abord en sachant que fabriquer des enfants ça suppose que qu'on doive les assumer un certain temps, pour le dire comme Fernand Raynaud, et c'est assez long ce certain temps, on s'en prend pour la vie. Et Démocrite, qui pour cause n'a pas lu Freud, dit qu'une éducation de toute façon c'est toujours raté, s'est jamais réussi. Je connais cette anecdote d'un Freud acquis: une mère de famille avait demandé comment il fallait s'y prendre pour bien éduquer son enfant. Elle est sûre enceintes sont en train de vous lire: évitez l'ircod, Cruz est enceinte mais et comment est-ce que je peux faire? Freud avait répondu: faites n'importe quoi, de toute façon ce sera mauvais et impossible de réussir une éducation, d'abord parce que le paradoxe est assez singulier: où vos enfants vous ressemblent, c'est une catastrophe, ou ne vous ressemblent pas et c'est une catastrophe aussi. Donc je dirais les enfants qui ne sont que des clones de ce que nous sommes ou des enfants qui seraient même à l'inverse, très exactement de ce à quoi nous aspirons, c'est l'occasion d'un certain...

Nombre de désagréments. Tous les pères de famille et toutes les mères de familles pourront sûrement, pourront sûrement confirmer, mais non, on verra sa totale. Il y a des ennuis au quotidien. On craint pour la santé des enfants, on a peur du pire, dans l’angoisse toujours là. Il faut socialiser les enfants, pour les élever, les laver, les habiller, les conduire au travail, leur dire qu’ils vont rencontrer des instituteurs, des institutrices extraordinaires. On sait que ce n’est pas le cas, que la justice, ce qu’il y a de mieux au monde, est injuste, que la bonté, c’est ce qui est préférable. Les gens sont cruels. Enfin, je dirais que cette espèce de… d’incapacité à maintenir une bonne ligne… soit vous êtes dans la logique de l’idéal et vous fabriquez un enfant incapable de vivre dans la société, soit vous fabriquez un enfant capable de vivre dans la société, mais il sera bien loin de l’idéal. Le dire, l’éducation, est la plupart du temps ratée. Et un petit texte assez singulier. On n’a pas de pratique, enfin, on ne connaît pas d’anecdotes sur le comportement amoureux ou familial de Démocrite. On sait simplement qu’il y a un joli petit texte sur la masturbation. Je vous le conseille, et le texte est… parce qu’il m’intéresse très précisément, encore que j’en ai trop pratiqué. L’hédonisme, équipements en perspective. La masturbation et la relation amoureuse, très précisément sur la logique des simulacres. Démocrite nous dit, d’une certaine manière, quand on se masturbe, quand on a une relation sexuelle, c’est très exactement la même chose physiquement. Il se passe la même chose, au sens atomique du terme. Marcorelle qui disait : « un spasme et est allégé ». Il parlait de… vers un léger spasme. Marcorelle en visant ce n’est que sa sexualité, faut pas les voir ailleurs. Je ne sais pas si la raison… toujours est-il que je pense qu’il est un peu tôt, mais que dans la logique des simulacres qui est proposé par… Démocrite, il y a une identité absolue sur le terrain des simulacres entre la masturbation et la relation amoureuse. Pour quelles raisons donc s’ennuyer dans des histoires amoureuses ? Tout plaisir bien ordonné commence par soi-même. Pour imaginer une invitation à réfléchir plutôt qu’autre chose. Démocrite, dissident. J’du cil engendrement, vous travaillez si vraiment vous avez envie de faire des enfants, vaut mieux les adopter. Ce n’est pas utile de les faire. Et quel besoin d’aller fabriquer des enfants qui risquent très peu de vous ressembler ? Encore qu’avec le génie génétique, on pourra revenir sur ces questions-là, mais prochainement. Mais Démocrite… d’y aller, choisir des enfants qui existent déjà. Après tout, vous pourriez faire votre petit marché. Et il est mieux d’adopter des enfants qui existent déjà plutôt que d’augmenter cette espèce de négativité sur la planète en faisant soi-même des enfants. Donc, évitez de vous marier, évitez de faire des enfants. Pour certains, c’est mal parti. Évitez aussi d’être un citoyen. C’est extrêmement important, dans la graisse de l’époque, dans les cités, de mettre en cause le civisme et la citoyenneté. C’est mal porté aujourd’hui, faute aux autres citoyens, partout encore un chez nous. Il faut des entreprises citoyennes, des comportements citoyens. Enfin bon, on va du civisme partout sauf à la tête de l’État. Et il se fait que quand vous dites en Grèce qu’on peut faire l’économie du civisme, et bien c’est assez révolutionnaire pour Socrate, et il se fera assassiner pour… pour moins que ça. Il y a même un tout petit texte, une toute petite phrase, c’est comme ça en passant, mais le sage, chez Démocrite, peut très bien faire l’économie des lois, pourvu qu’il fasse le bien. Ça c’est assez impressionnant, de voir qu’un individu peut dire : « On peut faire l’économie des lois pourvu que l’on fasse le bien. » Entendu bien, ce qui, d’une certaine manière… on va faire une dissertation sur… sur le juridique, mais on peut encore imaginer qu’après tout le légal n’est pas forcément moral, que ce qui est juridiquement défendu n’est pas forcément moralement défendable. En fait, il y a quelque chose qui fait de Démocrite un genre d’ennemi des lois, qui n’est pas antipathique, et qui rend… pourvu que l’on renvoie à la moralité suprême qui équipe l’hédonisme. Bien sûr, il ne s’agit pas de considérer que l’on doit être… on doit être irrespectueux des lois, mais en même temps, je respecte… les autres aussi. Si vous êtes respectueux des autres, vous serez étonnés. Si vous êtes hédoniste, vous serez respectueux des autres. Il vous faut pour ça donc d’être dans une… dans une logique civique ou citoyenne. Donc on évitera les charges… les charges politiques. On peut éventuellement… on peut éventuellement participer de loin. Je ne sais pas si Démocrite ne conseillerait de voter aujourd’hui. Enfin, on voit ce que ça donne, ce n’est pas forcément une bonne idée. Mais on évitera de pratiquer les charges… des charges représentatives, parce que ce sont toujours l’occasion de susciter des passions mauvaises. Vous en appelez aux conseillers municipaux verts, mais vous… aux conseillères municipales, ou aux gens qui sont dans des associations qui savent très bien que dès qu’on est dans une position de visibilité civique, on induit des… des jugements, des commentaires, des avis… enfin, ce qui… ce qui nous rappellerait des patients mauvais. Si vous vous tenez à bonne distance de l’État, de la cité, de la pratique politique, et bien vous éviterez un certain nombre de désagréments. Comme vous éviterez des désagréments : ne vous mariez pas, n’ayez pas d’enfants, n’êtes pas citoyens. Évitez aussi d’être ce que j’ai appelé un Grec moyen, en pensant à l’expression « Français moyen », ce qui suppose une diététique des passions, comme on a parlé tout à l’heure d’une diététique des désirs. Il y a aussi une diététique des passions. Nous sommes des êtres de passion, et on ne peut pas imaginer un autre être qui n’est pas de passion. En revanche, ce qu’on peut imaginer, c’est de se mettre dans des situations qui nous permettront de ne pas ressentir un certain nombre de passions… les passions mauvaises. Bien, il sera d’éviter la jalousie, l’envie. Leurs sentiments sont des moteurs du monde. Jalousie, envie, ressentiment. Schaller a écrit de très belles pages là-dessus, après Nietzsche, sur les ressentiments. Il y a beaucoup trop d’hommes du ressentiment, d’hommes et de femmes, entendu bien au sens générique, c’est-à-dire d’individus qui sont incapables d’habiter le présent et qui parasitent le présent avec du passé récurrent en permanence. C’est ça, d’une certaine manière, le ressentiment : c’est d’être incapable d’habiter sereinement l’instant et d’être travaillé par le passé jusque dans l’instant même, jusque dans la pratique même de l’instant. Il y a une grande idée qu’on trouve chez Démocrite : sa formule, si elle est un peu formulée de manière moderne : « Autrui n’est pas la mesure de moi ». Ça n’est pas autrui qui doit donner ma propre mesure, et ça n’est pas à la mesure d’autrui que je dois me construire. Je ne dois pas considérer autrui comme quelqu’un qui me permettrait de savoir si je dois plus ou moins être ceci, plus ou moins faire cela, plus ou moins me comporter comme ça. Autrui n’est pas la mesure de moi, les Alpes… à ce que la mesure de l’idéal, c’est l’idéal. Pas besoin d’aller chercher son voisin pour considérer qu’il peut fournir le… le bon système métrique. L’idéal, c’est la vie heureuse. Il doit vous… pouvoir viser la vie heureuse. Et si on a cet objectif présent à l’esprit, eh bien on pourra rire, et ce sera d’une certaine manière ma conclusion. Quelques… quelques mots sur l’homme, sur le rire chez Démocrite, et sur le rire chez les philosophes, parce que c’est une… c’est une idée importante. Jésus ne rit pas. On ne se marre pas. Si vous cherchez partout dans les Évangiles qui ont été retenues, les Évangiles dits canoniques, vous ne verrez ni rire ni sourire de Jésus. Il ne mange pas d’ailleurs, donc il ne fait rien de ce qui est réjouissant, mange du symbole, mais ne mange pas réellement. Mais il n’y a pas de… il n’est pas de rire chez les chrétiens. Et il y a une tradition des philosophes qui rit et qui font rire. Et il y a des… des philosophes qui font un lignage à partir de… le cip… on ne sait pas, mais des moqueries de son fait partie. Je dirais que celui qui est capable de rire, et bien ce qu’il sait, c’est que le rire est libérateur et aristocratique. Quand on ne craint rien ni personne, que l’on n’a pas de… on n’a pas le souci de… de mettre… qu’on est dans une logique de l’autonomie complète, alors à ce moment-là on peut… on peut rire. Je dirais que le personnage qui sait… comment on réalise la joie, à… le mode d’emploi, d’une certaine manière… ça suppose quoi ? Adhérer au réel, aimer la vie, célébrer le corps, et n’avoir peur de rien. On a retenu ses idées, l’un… qui sont des idées qui traversent de manière récurrente la philosophie hédoniste. Adhérer au réel, c’est-à-dire ne jamais considérer que le réel doit nous résister. L’épouser, faire avec. Pelé, mais d’une certaine manière ça donnera la mort plus tard chez… Shenyin. Aimer la vie. Il y a trop d’individus qui n’aiment pas la vie et qui aiment la mort, et qui préfèrent ce qui ressemble à la mort et aux pulsions de mort, la destruction, l’assassinat, la négativité, et vacheries. Et vous savez que quand vous voyez la figure en permanence… vous avez des individus qui ne s’aiment pas, qui n’aiment pas la vie, et qui nous construisent d’existence sur un terrain miné. Dans ces cas-là, célébrer le corps, c’est-à-dire considérer qu’il n’y a qu’un corps, et que c’est avec ça qu’on peut faire… On s’aperçoit que le post-christianisme, que la pensée là où nous en sommes actuellement, c’est-à-dire après le christianisme, ne nous laisse plus que ça. Il n’y a plus que le corps. Il n’y a plus… il y avait le sacré, nouveau, nous devons compter après la fin des grands discours. Je dirais bien : il faut le célébrer, ne pas le considérer comme… comme un ennemi. Et d’une certaine manière, quand on aura cessé… quand on… quand on n’aura plus peur de rien, alors on sera dans cette… dans cette sagesse qui nous permettra de rire. C’est quelque chose qu’on retrouve régulièrement, cette histoire du rire de Démocrite, qu’on oppose aux pleurs et aux larmes d’Héraclite. Et d’une certaine manière, c’est une antithèse, et c’est un autre couple. Vous avait déjà parlé d’un premier couple qui était le couple Platon-Démocrite, de cette opposition entre le matérialisme et l’idéalisme, entre le monisme et le dualisme, entre la philosophie du réel et la philosophie des arrière-mondes. Il y a une opposition entre ces deux-là, et bien une opposition aussi entre Héraclite et Démocrite. On dit toujours de Démocrite le poète qui rit. Il faudrait goûter très précisément la langue grecque, et aller voir comment Démocrite écrivait. Mais il… il fait partie des auteurs de la tradition poétique, des auteurs lyriques, des auteurs qui prenaient soin d’être… d’être clair, d’être lisible. Sans… c’est une tradition philosophique qui marche avec les rieurs et les matérialistes. Et puis on a chez Héraclite une réputation qui est aussi… qui lui vaut son surnom : on parle d’Héraclite l’Obscur, parce qu’on ne comprenait pas ce qu’il disait, pas toujours. C’était… c’était assez impénétrable parfois. Tel ou tel fragment, telle ou telle phrase, tel ou tel texte… ce ne sont pas des fragments qu’il a écrits, un second… des fragments qui sont restés. Il y a cette opposition entre la clarté politique de Démocrite, et puis l’obscurité d’un Héraclite qui… qui pleure tout le temps. Cette construction-là, elle se fait au travers des siècles, mais surtout… surtout à la Renaissance. Un chapitre d’ailleurs des Essais de Montaigne, dans le Livre I, et le chapitre 50, qui oppose Démocrite à Héraclite. Et vous avez souvent… comme Montaigne annonce un titre et fait parfois le contraire de ce qu’il annonce… mais il y a… cette opposition entre deux façons de penser, de façon de considérer le monde. Et on retrouve ça dans la peinture. Vous avez… vous savez, le Jardin… Rubens a fait aussi des oppositions… fois vous trouvez maintenant des peintures un peu plus modestes dans des musées… des musées de province, se dirait… et puis un autoportrait assez singulier qui est une invitation paradoxale… sur… sur quoi on va presque pouvoir conclure, qui est un… un autoportrait de Rembrandt, et il reprend ses pains sous les traits de Démocrite en train de peindre… et est en train de peindre Héraclite. C’est singulier, ce peintre qui se donne les traits de Démocrite et qui en même temps sur sa toile peint Héraclite. J’allais dans ce joyeux paradoxe… on pourrait… on pourrait conclure en disant que notre époque philosophique est sous le signe des pleurs, et depuis… depuis longtemps, je pense que l’idéalisme catonien, l’idéalisme chrétien et l’idéalisme allemand ont beaucoup fait pour nous installer sous le signe de l’obscurité, et sous le signe de la tristesse, sous le signe de la négativité aussi. Je dirais : notre époque est obscure parce qu’elle pleure bien souvent. La tradition philosophique est souvent… souvent obscure, et à dessein, comme si parfois on était… on était dans notre plus profond, qu’on était obscur. Et je souhaiterais… moi, et je souhaiterais avec vous donc à ce séminaire, y contribuer, mais qu’on puisse renouer avec la tradition des philosophes qui rit, et singulièrement on retrouvera évidemment Démocrite, mais Aristippe et tous les cyrénaïques, Diogène et tous les cyniques, et puis Épicure et les épicuriens. Je dirai : quand on traverse Montaigne aussi, c’est un grand rieur. Et quand on traverse… quand on traverse les siècles, on accède à… à Nietzsche, à Foucault, qui sont aussi deux individus qui pratiquaient le rire, et qui le pratiquaient… théoriquement, qu’ils pratiquaient aussi dans leur vie… or l’eau, vie courante. Je dirais que le… le rieur est celui qui prend le monde au sérieux, mais… mais pas au tragique. Et je vous invite à rire autant que vous pourrez, mais plus tard. Merci de votre attention. [Applaudissements]