Transcription
[Musique]
Quand j'ai, quand j'ai décidé de proposer ce thème, j'avais en tête de parler de ce livre et je ne savais pas qu'il était dans la bibliothèque. En fait, j'ai acheté ce livre dans les années 80 et il est resté. Quand j'ai quitté le centre de Toulouse où j'étais formateur au centre de Nouvelle Acropole de Toulouse, j'ai laissé le livre que j'avais acheté à la Bibliothèque de Toulouse et je l'avais plus revu. Il m'avait beaucoup impressionné et il a, il a permis, en tout cas, il m'a permis d'aborder le sujet sous un angle très différent.
Je me suis intéressé assez tôt à l'alchimie et j'avais pas de référence suffisante au niveau bibliographique à l'époque. Et là, j'ai trouvé pléthore de matériel pour travailler. Et d'ailleurs, une grande partie de la bibliographie de ce livre se trouve dans notre bibliothèque grâce aux dons très précieux que nous avons eu et qui ont permis d'avoir un rayon alchimie assez fourni. Voilà, je dis pour les amateurs, mais il y a du matériel et ça, c'est vraiment important.
Donc, ce livre a été publié dans les années 70 par un personnage qui s'appelle Jack Lindsay, qui est décédé en 1990, assez âgé puisqu'il était né en 1900. Qui est un Australien, qui a vécu principalement en Grande-Bretagne et qui s'est illustré par, on va dire, son érudition. C'est un gréco-latiniste qui a eu une publication fulgurante puisqu'il a écrit, dans toute sa carrière, 169 livres et plus de 38 romans. Donc, c'est quelqu'un qui a vraiment travaillé profondément l'investigation.
Ce qui m'a beaucoup plu, c'est que il a une démarche scientifique dans sa recherche. Il est très méthodique et la façon d'exposer les thèmes est vraiment très riche et très utile pour comprendre le sujet. Voilà, donc si vous n'avez jamais entendu parler de l'alchimie, il n'est pas souhaitable de commencer par ce livre-là puisqu'il s'adresse plutôt à un public de gens qui ont déjà étudié un tout petit peu le sujet pour trouver des références bibliographiques et élargir leurs recherches. Ce n'est pas facile à lire, ce n'est pas un roman, je le dis tout de suite. C'est une étude très fournie avec une multitude de détails et qui sera très utile, voilà.
Et je voulais vous lire deux, trois avertissements de l'auteur que j'ai prélevés, une partie dans la préface et partie dans la rédaction, qui vont permettre d'ouvrir le sujet. La première citation dit ceci : « Prendre en compte l'orientation de la pensée philosophique et scientifique grecque ainsi que les influences essentielles Perses du culte du feu, des mags, des magiciens et des masses des... » Alors, ça, ça a une allure un peu, un peu technique, tout ça, mais ce qui est en train de dire, c'est que on est obligé de mettre de côté un système de représentation, un cadre de pensée qui est celui de son époque, c'est-à-dire les années 70, donc assez matérialiste, avec un regard porté sur le monde qui est finalement dans un contexte assez limité. Voilà, donc il réclame de notre part une forme d'ouverture d'esprit et un comportement philosophique qui est en rapport avec ça. Ça, c'est la première citation.
Deuxième citation importante : il s'agit, par là, de l'alchimie. Il s'agit d'un mélange d'idées et de pratiques qui engendrent un nouveau système de valeurs et de comportements. C'est aussi une grande clé, c'est les mots clés : système de valeurs et nouveau comportement. Ça veut dire que le point de vue de l'alchimie nécessite des changements à l'intérieur de l'homme qui permettent de faire évoluer son système de valeur, c'est-à-dire l'ensemble de ses repères, et en même temps ses comportements. Donc, ça touche à la fois la pensée et l'action. Et vous comprenez que si on prend l'alchimie de ce point de vue, ça met de côté un certain nombre de fausses idées sur une espèce de science folle ou de pression qu'aurait été l'alchimie. Ce n'est pas du tout ça, et l'étude qui est dans le livre est suffisamment riche pour démontrer – et vous allez comprendre la troisième citation – que le sujet de l'alchimie n'est pas un sujet réservé ni à une élite intellectuelle ni à une élite spirituelle, mais c'est un sujet d'avenir.
Troisième citation : « Les alchimistes sont le futur de la science et non son passé. » C'est dérangeant, c'est assez dérangeant, mais au regard de ce qu'il écrit, c'est tout à fait plausible. C'est tout à fait remarquable et plausible. D'ailleurs, un certain nombre de découvertes scientifiques dans le domaine de la physique nucléaire, dans les, on va dire, 25 dernières années, tendent à démontrer que ce qu'il commençait à affirmer dans les années 70 commence à être vrai. C'est-à-dire que les questions qu'on se pose sur les lois de la nature et sur la matière, les lois de la matière, sont en train d'évoluer considérablement et c'est assez conforme à ce qu'il avait prévu, voilà.
Ça, c'était pour introduire le sujet. Je vais faire une introduction sur le sujet de l'alchimie, considérant que ce n'est pas une connaissance du quotidien. Et donc, je vais essayer de placer quelques idées clés, quelques références historiques pour qu'on puisse se retrouver dans la thématique.
D'abord, comme il l'a dit très bien dans la citation que j'ai faite, l'alchimie, c'est une vision complète du monde qui intègre trois choses : un système de représentation du monde (donc une image du monde), un système de valeurs et de comportements, et enfin, un système de décision qui concerne l'orientation de sa propre vie, mais aussi éventuellement une orientation dans le domaine social. C'est assez, c'est assez surprenant, mais le domaine de l'alchimie peut s'appliquer aussi aux sociétés humaines, au même titre qu'il peut s'appliquer aux comportements individuels.
Le sujet central, qui sont les transmutations – c'est le mot clé de l'alchimie – peut concerner donc les comportements individuels, mais aussi les comportements collectifs. Et ça, c'est une introduction importante sur une autre voie que l'alchimie comprend dans son système de pensée, qui est de représenter la collectivité humaine avec un destin spécifique. C'est-à-dire que l'humanité, du point de vue de l'alchimie, a un destin précis et déterminé. Je reviendrai là-dessus, mais c'est important de le situer.
Comme je l'ai dit, sa méthode d'investigation étant du domaine universitaire scientifique, c'est très rigoureux. Et il a dégagé trois grandes tendances dans les écoles, entre guillemets, alchimiques, considérant plusieurs sources. D'abord, on a des traces assez précises de l'existence de l'alchimie en Chine, à peu près aux alentours du 4e siècle, et probablement avant. Il y a des traces beaucoup plus précises en Inde, probablement une dizaine de siècles avant Jésus-Christ. Donc, ça donne, bon, on va dire, un panorama assez large. Et évidemment en Égypte, je vous donnerai des détails assez techniques sur le sujet parce que ça vaut la peine de s'y pencher. En Grèce, à Rome, au Moyen-Âge européen, en Mésopotamie et aussi en Amérique précolombienne, c'est-à-dire que le sujet de la transmutation a préoccupé l'ensemble de l'humanité, on peut dire, voilà.
Et la façon de se représenter le monde d'un autre point de vue que celui qui est le nôtre aujourd'hui est un trait commun et un invariant de l'espèce humaine. Je dis ça parce que on peut considérer à tort que la vision du monde héritée du siècle des Lumières, que nous employons aujourd'hui et qui a donné naissance au matérialisme, à un certain nombre de philosophies de type utilitaristes, n'est vraiment que, n'épice et nous-même, très ponctuel, qui n'a pas de référence historique réelle en dehors du 18e-19e siècle. Alors que l'alchimie, en particulier, a un référentiel historique beaucoup plus ancien et durable qui s'est perpétré dans le temps. Donc, si on met dans la balance ces deux aspects de la réalité, on peut assez facilement remettre en cause la vision scientiste matérialiste moderne, entre guillemets, comme référentiel exclusif pour élargir notre cadre de pensée. Ça, je pense que c'est une posture philosophique cohérente.
Synthétiquement, trois écoles, à travers ces expériences, se dégagent. Je vais les appeler de façon assez étrange, mais je vais détailler : l'alchimie du feu, l'alchimie de la chaleur et l'alchimie de la lumière. Le feu, la chaleur et la lumière. Pourquoi ? Parce que ces trois canaux d'expression vont se développer à travers des expériences historiques distinctes, avec prédominance, dans des régions géographiques, dans des époques, de certains courants par rapport à d'autres. Mais si on parle d'alchimie de la lumière, on peut tout de suite faire un clin d'œil avec les vitraux de Chartres pour donner un exemple. Ça va intéresser probablement du monde dans le public, puisque certainement de ces verres étaient traités alchimiquement, ce qui leur permettait d'avoir des changements de couleur en fonction des cycles solaires de l'année, pour donner un détail intéressant.
En ce qui concerne l'alchimie du feu, il existe, je crois, dans le musée de Londres, un vase grec qu'on appelle le vase licurque, qui est un vase qui est aussi traité alchimiquement et qui change de couleur en fonction de la lumière. Il va virer du verre au rouge de façon assez spectaculaire. Je ne l'ai pas vu personnellement, mais j'ai vu des images qui ont été faites sur cet objet. C'est assez bluffant, voilà. Et on sait que la façon dont ce vase a été traité reste une énigme scientifique actuelle. Et évidemment, sur tous les phénomènes liés à la chaleur, il y a tous les principes associés à la branche végétale de l'alchimie qui s'appelle la spaghirie, dont le grand pape était Paracelse, qui a laissé – et d'autres – un héritage assez important sur le sujet pour utiliser le traitement des végétaux à vocation médicinale. Voilà, donc ça vous donne une idée assez large de comment aborder le sujet.
Le mot alchimie est aussi une énigme en soi, puisque probablement d'origine arabe, Al Kenya, avec une référence à l'Égypte, thème, qui est le véritable nom de l'Égypte. Puisque ce sont les Grecs qui ont baptisé l'Égypte « ailiptos », qui est devenu Égypte en français courant, voilà. Mais le véritable nom de l'Égypte n'a jamais été l'Égypte, pas plus d'ailleurs qu'il est aujourd'hui, puisqu'en arabe ça s'appelle – excusez-moi la prononciation – et ça ne s'appelle pas Égypte du tout. Et ça s'appelait quand même à l'époque où les Grecs ont envahi l'Égypte. Donc, la référence est double : elle est dans le monde arabe – et vous allez comprendre pourquoi tout à l'heure – et aussi, évidemment, la terre noire, la terre fertile de l'Égypte.
Alors, pourquoi j'insiste sur la racine arabe ? Parce que, au Moyen-Âge, en fait, les connaissances liées à l'alchimie sont arrivées en Europe et en France en particulier, mais aussi et surtout en Espagne, d'abord à Tolède, à partir des incursions arabes dans le monde européen, qui a donné une tradition particulière au traitement métallurgique et au traitement un peu plus précis des armes. Puisque c'était à Tolède que la plupart des armes de poing, des épées, étaient fabriquées, parce qu'ils étaient les grands maîtres du traitement des métaux qui permettait de rendre le métal à la fois flexible, très flexible, et en même temps très solide et très dur.
Plus tard, cette connaissance de traitement du métal a migré vers la France. Et une grande partie des connaissances arabo-musulmanes sur l'alchimie se sont établies à Paris, qui est devenue, au Moyen-Âge, avec Flamel, avec Raymond Lure, une plaque tournante pendant un temps relativement court, à peu près un siècle et demi, deux siècles, avant que l'Inquisition ne s'immisce dans le procédé et chasse petit à petit vers les pays de l'Est les traditions alchimiques qui se sont instaurées plus précisément à Prague. Donc, il y a un parcours géographique de l'alchimie qui est parti du monde arabo-musulman, qui est allé en Espagne, qui est allé à Paris et qui est parti vers les pays de l'Est, voilà.
Et c'est à la Renaissance que la ville de Prague va devenir une plaque tournante de l'alchimie, alors qu'elle était plus ou moins éteinte, on va dire, dans les régions qu'elle a occupées précédemment. Donc, c'est quand même un élément important pour comprendre qu'il y a une forme de géographie en même temps qu'une forme d'histoire dans la trajectoire qui fait que les compétences, les connaissances dans ces domaines-là, se sont répandues assez largement dans toute l'Europe.
Un autre élément très important : le mot grec « Timia » veut dire, dans l'ancien grec, ce qui se verse, ce qui coule. Et de façon générale, on attribue une origine métallurgique au mot par rapport à la fonderie, c'est-à-dire à l'écoulement des métaux dans des moules. C'est à ça que ça fait référence. Donc, il y a aussi une filiation liée à la métallurgie qui est assez notoire. Et il y a deux personnages du monde grec qui se démarquent dans ce sujet : un qui s'appelle Démocrite (460-370 avant Jésus-Christ) et l'autre qui s'appelle Bolosse de Mendes, voilà. Qui ont marqué l'époque, on va dire, gréco-égyptienne, plutôt pour le second que pour le premier, mais en tout cas, ils se sont démarqués par ce qu'ils ont laissé en termes de connaissances écrites.
Démocrite dit, et ses commentateurs disent, qu'il a été instruit en Inde pendant plus de cinq ans et en Égypte sur la géométrie. Il a donc eu un accès à des connaissances alchimiques en Inde. Et évidemment, on lui doit, à Démocrite, le premier historique existant connu, le premier traité sur les plantes et en particulier sur l'alchimie des plantes. Donc, voilà pour vous donner un premier panorama sur le sujet.
Le second, qui est né autour de 200 avant Jésus-Christ, Bolosse de Mendes, est considéré comme le fondateur de l'alchimie occidentale. Il a écrit plusieurs traités, dont un sur les forces cachées de la nature et la transmutation des métaux. Et il est le fondateur de la création des teintures médicinales, donc c'est important. Alors, une petite parenthèse sur le mot « teinture » qui, évidemment, fait référence à la couleur. Quand on regarde ce qu'est une teinture aujourd'hui dans un flacon, elles ont toutes à peu près la même couleur, les teintures, les teintures médicinales, je veux dire. Mais dans la réalité, le mot « teinture » fait référence aux couleurs liées à l'alchimie. Et là, j'introduis un autre sujet important : la transmutation, que je vais expliquer de ce que j'en connais tout à l'heure, fait référence à des mutations de couleurs dans l'œuvre alchimique. Et c'est pour ça que le concept de teinture est très important pour aborder le sujet des transmutations. C'est-à-dire que la capacité d'évaluer les transmutations est associée au changement de couleur. C'est un phénomène non négligeable. On va y revenir tout à l'heure, mais disons que je peux, en préambule, dire que les variations de chaleur sont proportionnelles aux variations de couleurs. Et c'est avec les variations de couleurs qu'on établit, dans l'alchimie, les régimes de chaleur. Voilà, regardez ça dans un coin, on va y revenir tout à l'heure.
Le troisième sujet important pour se situer, c'est le fameux Dieu Tott-Hermès Trismégiste, gréco-égyptien. Pourquoi ? Parce qu'il est la référence de base de l'alchimie et, de façon générale, de ce qu'on appelle l'hermétisme, qui est une science assez complète que je ne vais pas développer ici, mais qui permet de comprendre les relations qu'on fait de façon très concrète entre ce qui est fermé hermétiquement et ce qui est ouvert. L'alchimie traite de sujets hermétiques, c'est-à-dire fermés hermétiquement. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que ces sujets ne sont pas divulgables, ou ils le sont sous certaines conditions. Et c'est la raison pour laquelle on attribue à Hermès Trismégiste la rédaction d'un document important qui s'appelle « Le Livre des Clés ». Dans Le Livre des Clés se trouve la résolution d'un certain nombre de problèmes d'hermétisme. Donc, on fait la relation assez facilement entre l'utilisation de clés et la serrure qui permet d'ouvrir pour sortir ce qui était fermé hermétiquement. Mais avec les clés d'Hermès, on peut ouvrir ce qui était apparemment fermé hermétiquement.
Le deuxième document référentiel de l'alchimie qu'on attribue à Hermès s'appelle « La Table d'Émeraude », qui est un document connu en version latine et arabe, assez ancien, probablement des premiers siècles de notre ère, mais avec vraisemblablement des antécédents beaucoup plus nombreux et aussi beaucoup plus anciens. L'émeraude de La Table d'Émeraude n'est pas forcément en rapport avec la pierre précieuse. Pourquoi ? Pourquoi ? D'abord, parce que l'alchimie traite assez peu des pierres précieuses, sauf dans le cas de l'alchimie de la voie alchimique de la lumière où les pierres précieuses sont utilisées pour canaliser la lumière de certaines étoiles. Je reviendrai là-dessus si j'ai le temps. Pourquoi est-ce important cette référence à l'émeraude ? À cause de sa couleur verte. Et dans la réalité, Jack Lindsay explique que dans la langue grecque, on utilisait « émeraude » pour dire de couleur verte, d'accord ? C'est-à-dire, ce n'était pas la pierre précieuse à laquelle on faisait allusion, mais à la couleur de l'objet. « Cet objet est émeraude », ça veut dire « cet objet est vert ».
Le vert, comme vous le savez, est la couleur intermédiaire, médiatrice, puisqu'elle est à mi-chemin entre le rouge et le violet. Elle est exactement située au milieu dans l'arc-en-ciel, dans le cercle chromatique. Donc, elle est associée à une voie qui est la voie du milieu, qu'on trouve dans d'autres références philosophiques et religieuses, qui permet justement d'établir un lien entre deux extrêmes, entre deux forces opposées que l'on peut concilier. Donc, la couleur verte est associée à la conciliation des contraires, qui est un thème fondamental dans l'alchimie : la conciliation des contraires. Et justement, dans La Table d'Émeraude, on trouve un certain nombre de clés liées à cette capacité de concilier les opposés en les mettant en relation. Et on trouve cette référence dans le symbole même d'Hermès, le fameux cas du C, qui, vous le savez, est représenté par un axe central au sommet duquel se trouve un soleil. Et cet axe central enchevêtre deux serpents opposés qui représentent des forces opposées qui vont se concilier dans l'axe central pour produire de la lumière au sommet. Donc, je fais un raccourci avec le symbole d'Hermès, mais il est capital de le comprendre parce qu'il décrit de façon très précise la voile chimique, ce qui est très bien expliqué par Jacqueline C dans son bouquin. Cette capacité d'établir la relation entre des opposés est un facteur d'émergence de la lumière, prise au sens de l'éclairage sur la réalité, mais pas seulement. C'est-à-dire, la vocation de la lumière, c'est de permettre à la conscience de s'ouvrir à des zones et à des domaines qui lui étaient étrangers par incapacité de les voir parce que dans l'obscurité. Donc, produire de la lumière, c'est un facteur intéressant qui va permettre d'illuminer – le mot est très pesé – d'illuminer certaines zones de la conscience au niveau individuel et peut-être collectif aussi, mais c'est un autre sujet.
L'autre clé importante de l'alchimie est résolue dans des principes généraux exposés dans la Table des morodes, que je vais vous expliquer et qui sont aussi détaillés dans le livre de Jack Lindsay. Le premier élément qui mérite d'être illustré, c'est l'unicité de la matière, à comprendre comme l'unité des lois de la nature dans l'univers. Autrement dit, si on envisage la nature et la matière du point de vue terrestre et qu'on y comprend ses lois, on est en train aussi d'envisager les lois à l'échelle macro cosmique. Partout dans l'univers, les lois sont les mêmes. Ça ne veut pas dire que les substances sont les mêmes, mais ça veut dire que si des substances différentes existent, elles sont soumises aux mêmes lois. Ça, c'est une clé fondamentale. Ça veut dire aussi que tout ce qui existe dans la manifestation est soumis à ces lois de la même façon : les minéraux, les végétaux, les animaux, les êtres humains et les autres règnes supérieures sont soumis à ces mêmes lois. Donc, la connaissance de ces lois, du point de vue alchimique, permet d'accéder à la compréhension de règnes qui ne sont pas du niveau humain. C'est un phénomène important puisque ça ouvre des perspectives qui sont très différentes de la stricte investigation moderne scientifique qui concerne la matière ou le domaine matériel des formes de vie. Du point de vue alchimique, il existe des formes de vie non matérielles qui sont soumises aux mêmes lois dans des états vibratoires différents et dans des échelles différentes. Que ce soit une étoile, que ce soit une planète, que ce soit une montagne, que ce soit un animal, un être humain, les lois fonctionnent de la même façon. Unicité de la matière.
Deuxième élément : tout ce qui existe a un chemin d'évolution. Rien n'échappe aux lois de l'évolution. Ça veut dire que toutes les formes de vie, y compris minéral – puisque, du point de vue alchimique, le vivant existe aussi dans le règne minéral, ce qui n'est pas le cas dans la lecture qu'on fait aujourd'hui du règne minéral – tout ce qui existe dans tous ces règnes est soumis à une trajectoire et à une orientation. Ça s'appelle l'évolution ou la doctrine de l'évolution du point de nouvelle chimique. Ça veut dire aussi que s'il y a une trajectoire et une évolution, il y a une finalité. Et la finalité qui est dictée par l'alchimie s'appelle la perfection. Tout en vers un degré de perfection qui concerne son domaine de vie, sa forme de vie. Mais il existe des formes donc plus achevées dans le parcours et des formes moins achevées dans le parcours. Ça, c'est quand même important parce que ça veut dire que, à l'échelle du vivant, tout n'est pas dans le même niveau d'évolution. Et il faut considérer que cette trajectoire évolutive est mesurable dans des échelles de temps d'usage, on va dire, humain. Peut-être pas pour les corps stellaires, probablement, disons, par rapport aux moyens d'investigation dont on dispose aujourd'hui, mais un certain nombre de processus évolutifs sont compréhensibles et assimilables à l'échelle d'une vie humaine. Et le premier exemple qu'on peut donner, c'est l'évolution de soi-même à l'échelle de sa propre vie. Bon, un petit peu quand même, bon. Mais c'est important parce que s'il y a une trajectoire évolutive, si elle a une finalité et si on peut mesurer les degrés d'évolution, on peut agir dessus. Ça va ? On peut agir dessus. Comment peut-on agir dessus du point de vue alchimique ? Écoutez bien, c'est une autre clé de l'alchimie : on peut se substituer au temps, à la nature, pour accélérer un processus évolutif. Je répète parce que c'est lourd de conséquences : on peut se substituer au temps, à la nature, pour accélérer un processus évolutif.
Bon, ça a l'air de rien, mais c'est ce qu'on fait déjà de façon, j'allais dire, innocente, en mettant tout le poids du mot dans la balance, en transformant un minerai en un métal achevé. Quand on prend du minerai d'aluminium qui s'appelle la bauxite, qu'on le met dans certaines conditions de chaleur très spéciales, très consommatrices d'énergie, avec un bilan carbone très négatif, et qu'on obtient de l'aluminium, on vient d'accélérer un processus qui, de toute façon, aurait conduit la nature à produire de l'aluminium. C'est la raison pour laquelle, dans la nature, il existe des métaux à l'état natif comme l'or, comme l'argent, comme d'autres, certaines formes de cuivre, mais pas tous. Et d'autres métaux qu'il faut retravailler de l'état de minerai vers l'état métallique, d'accord ? C'est-à-dire, l'or existe à l'état achevé. C'est pour ça qu'il a toujours été considéré comme un degré de perception évolué dans le domaine des métaux. Il est au sommet de la chaîne métallique, l'or. Alors, pourquoi il est au sommet ? Mais parce qu'ils sont rares, les métaux qui sont achevés, c'est-à-dire qu'ils sont arrivés, dans une échelle de temps qui n'est pas la nôtre, au sommet de leur processus évolutif. Ça va ? Il y en a d'autres qui n'y sont pas. Dans les pierres précieuses, c'est pareil. Quelle est la pierre précieuse qui est au sommet de l'évolution dans le rémunéral ? C'est le diamant. C'est le diamant qui était à l'origine quoi ? Qui était du carbone. Et ce sont des processus de transmutation alchimique qui ont permis de passer du carbone au diamant. On peut fabriquer du diamant synthétique, ça existe, ça s'appelle le zirco, à partir du carbone et une autre mixture. Mais ça coûte cher aussi parce que c'est consommateur d'énergie, ça demande de très gros efforts techniques pour arriver là. Donc, l'idée que l'on va vers l'accélération d'un processus et qu'on peut intervenir dessus parce qu'on comprend les lois qui gouvernent le processus évolutif – parce que c'est ça la clé : comprendre les lois qui gouvernent le processus évolutif – la compréhension de ces lois, comme elle est applicable à tout ce qui existe, permet d'être exploitée dans un tas de domaines, y compris au niveau de l'humanité, parce que ce sont les mêmes lois, strictement les mêmes lois.
Entre lois de l'alchimie : travailler sur les proportions. Pourquoi on travaille sur les proportions ? Du point de vue alchimique, la matière, quelle qu'elle soit, est composée de quatre éléments plus un cinquième dont je parlerai tout à l'heure, et de trois esprits. Une constitution septénaire, pour faire simple : quatre éléments et trois esprits.
Les quatre éléments, on va dire alchimiquement, sont appelés la terre, l'eau, l'air et le feu. Mais ce ne sont pas les substances qui portent ce nom. L'élémentaire n'est pas la terre où l'on plante les oignons. L'eau n'est pas l'eau qu'on boit, l'air n'est pas l'air qu'on respire et le feu n'est pas le feu de l'allumette grattée. Ce sont des états de construction de la matière qui confèrent à la matière des caractéristiques, des qualités d'ordre physique.
La Terre va apporter la stabilité, la rigidité, la solidité. L'eau va apporter l'adaptabilité, la fluidité. L'air va apporter la flexibilité, la compressibilité, la dilatabilité. Et le feu va apporter l'inflammabilité et d'autres caractéristiques, d'accord ? Donc, ça veut dire que, du point de vue physique, le verre qui est là, il a des propriétés dans les proportions de terre, d'eau – Palo qui est contenue dedans, mais l'eau qui compose le verre lui-même – terre au R et feu spécifique. Ça va ?
Imaginons que je peux dissocier ces quatre composants, les mettre de côté et retravailler leurs proportions pour pouvoir ensuite les recombiner selon un autre ordre. Ça va ? C'est ce qu'on fait quand on fond de la silice, du sable, pour fabriquer du verre. C'est-à-dire que on a un composant physique qui est du sable minéral. Ce composant physique, il a un certain nombre de caractéristiques. On va le chauffer à très haute température, c'est-à-dire qu'il va perdre toutes ses qualités physiques pour adopter, en refroidissant, d'autres qualités physiques. On a transmuté du sable en verre, comprenez, en modifiant simplement les proportions, les proportions de la substance.
Du point de vue alchimique, on ne dit pas « on met le feu au bois dans la cheminée ». On ne dit pas ça, ça n'existe pas dans l'alchimie. On dit : « on crée les conditions pour que le bois libère le feu qu'il contient ». C'est notre façon de voir la réalité. Quand on liquéfie un métal, on ne dit pas qu'on chauffe le métal pour le liquéfier. On dit : « on crée les conditions pour que le métal libère l'eau qu'il contient », et ainsi de suite. Donc, vous comprenez qu'on peut travailler sur les qualités physiques.
Mais il y a aussi les trois esprits qui s'appellent le soufre philosophique, le sel philosophique et le mercure et philosophique, qui ne sont évidemment pas non plus les matières qui portent ce nom. Ce sont les qualités spirituelles propres à la matière. Et on dira qu'on passe du domaine physique où on a traité l'histoire de proportion au domaine chimique, donc il y a secte, les structures atomiques et moléculaires, d'accord ? Quand on a fondu le verre, on n'a pas touché aux structures atomiques. On s'est intéressé aux problèmes physiques, aux problèmes de liaison. Je ne vais pas développer maintenant la constitution, on va dire, la cristallisation, mais c'est autre chose d'affecter le domaine de la chimie.
Parce que on peut dire que certaines substances ont des propriétés chimiques. Par exemple, l'acide nitrique fait fondre le verre et on ne peut pas garder d'acide nitrique dans un récipient en verre, il faut un récipient en métal. C'est intéressant parce que c'est le seul acide qui fait fondre le verre, placide nitrique, le seul. Donc, ça veut dire que ces qualités chimiques ont un pouvoir d'affecter la chimie du verre. Vous comprenez que c'est d'un autre domaine, cette histoire-là. Et ce sont les proportions de soufre, de sel et de mercure qui vont permettre à la matière d'interagir avec les autres matières. Ce ne sont pas les caractéristiques physiques qui permettent d'interagir, ce sont les caractéristiques chimiques. Et du point de vue de l'alchimie, c'est donc en travaillant sur les proportions des trois esprits projetés sur des proportions des quatre éléments combinés, pourra être réceptible à ces trois esprits, qu'on va créer de nouvelles conditions d'existence. Ça s'appelle la transmutation. Ça va ?
Je vous donne un exemple avec l'aspagirie, j'en terminerai avec ça. La spaggeri, branche végétale de l'alchimie, Paracelse l'a expliquée il y a déjà un certain temps, à travers de nombreux textes qui existent, comment capturer l'esprit des plantes et pouvoir les ingérer pour en faire des médicaments. Alors, comment on fait ? On distille la plante à partir d'un alcool avec un titrage très élevé. De cette distillation, on va tirer une essence. Il y a plusieurs distillations à faire, mais on ne va pas développer aujourd'hui, ce n'est pas le degré. On tire une essence. Qu'est-ce que c'est une essence ? C'est ce qui est essentiel dans la plante, donc ce qui est important. Et on ne jette pas ce qui reste de la distillation, d'accord ?
Ce qui reste de la distillation, on va le calciner dans un four pour en faire descendre. Dans la langue des oiseaux, « descendre », en faire descendre. Ça va ? Pourquoi ? Parce qu'on ramène la matière à un état matriciel initial : les cendres, c'est-à-dire ce qui reste dans la cheminée quand le bois a libéré le feu, l'air et l'eau qu'il contient. Vous avez déjà entendu craquer du bois ? C'est les gaz qui se libèrent, l'élémentaire. Vous avez vu, sans doute, sur la tranche des bûches, des bulles d'eau se former ? C'est l'eau qui s'évacue. Et là, le feu se libère et après, il reste descendre.
Donc, les cendres de ce végétal qu'on a distillé, dont on a libéré l'esprit, c'est-à-dire l'essence, on va les compacter, les compacter pour en faire un support matériel, une pierre végétale. Et sur cette pierre végétale, on va venir projeter l'essence purifiée, base de l'aspagirie. Ça va ? Et du coup, parce que le support est purifié, parce que l'élément essentiel a été isolé et retravaillé – je vais très vite – on obtient quelque chose qui est assimilable.
et dont le degré d'efficacité est optimisé parce que le support le permet. Voilà, je passe sur parce que le temps était collé sur l'influence des du zodiaque et des étoiles sur les régimes de feu, les régimes de chaleur et de lumière, mais ce sera l'objet probablement d'une autre conférence. J'espère avoir été le plus explicite possible et ouvrir au moins quelques portes avec la fameuse, le fameux livre des clés d'Hermès. J'en ai terminé. J'écoute vos questions. Assez fort les questions pour qu'elles passent dans le micro, s'il vous plaît.
Si je t'ai bien compris, c'est que tout porte à, en tout cas, la matière à aller vers la perfection. Oui, c'est la théorie de l'évolution vers la perfection. Et d'après ce que j'entends, la perfection, c'est le côté spirituel. Oui, l'être spirituel. Oui, c'est la faculté de reconditionner le support temporel dans les justes proportions pour que l'être spirituel puisse s'exprimer. Et ça, c'est le niveau comme l'or, c'est le niveau ultime de ce qui est manifesté dans cette, dans cette forme d'existence qui est la nôtre. Et ceci est valable pour les hommes, pour la matière, pour les végétaux, pour les minéraux, pour les animaux et pour les êtres supérieurs. C'est la même chose. C'est ça. C'est ça.
Autre question. Quelle relation vous faites avec ce qu'on appelle l'œuvre noire, l'œuvre blanche, l'œuvre rouge ?
Alors, merci, merci pour la question. C'est ce que je n'ai pas eu le temps de développer. Ce qu'on me donne un temps et j'essaie de compacter tout ce que je peux dans ce temps-là. Et on a compacté pas mal de choses. Venons-en aux trois régimes de l'œuvre alchimique qui au départ était quatre. C'est bien ça ? Le problème, au départ, il existe quatre phases dans le processus de transmutation. D'accord ? Dissoudre, purifier, réduire, fixer. Dissoudre, purifier, réduire, fixer. Donc, il y en a pas trop, il y en a quatre. Dissoudre, œuvre noire. La maxime alchimique correspondante s'appelle Solvay, à latin. Et sa contrepartie, c'est coagula. Et l'association de Solvay et de coagula, c'est le processus que j'ai expliqué sous la forme de multiples distillations. D'accord ? Purifier. Purifier, c'est quoi ? C'est dissocier et évacuer ce qui ne sert pas, ce qui est inutile. On remonte donc, œuvre noire, dissoudre, œuvre blanc, purifier. Attention, arrive un moment où le cycle qui était un cycle descendant s'inverse pour passer à la lumière du jour. Tout ça est lié au cycle circadien. Œuvre au jaune, réduire. On arrive au sommet, au zénith, on redescend. Œuvre rouge, fixer. Donc, dissoudre, purifier, réduire et fixer. Pour une raison probablement difficile à trouver, on a, on a réduit l'œuvre jaune et on l'a assimilé à une œuvre bleue, au blond. C'est-à-dire, il y a une espèce de proximité de couleur entre guillemets entre le blanc et le jaune, beaucoup plus qu'entre le jaune et le rouge, et entre le noir et le blanc. Bon, voilà. Et donc, cette, cette phase a été, a été évacuée pour une raison que, que je ne connais pas.
Alors, qu'est-ce que ça veut dire l'œuvre noire ? Ça veut dire que les choses retrouvent leur état primitif. Dans la symbolique médiévale de l'alchimie, on représente l'œuvre noire par Job, personnage important de la Bible, sur un tas de fumier. Job est assis sur un tas de fumier. Bon, ça veut dire qu'il est retourné dans un état très, très, très, très, très, très primitif. Voilà. Et ainsi de suite. Je ne vais pas détailler, ce serait un peu long. Mais toutes les, toutes les autres étapes de l'œuvre procèdent de la même façon. La purification, on évacue ce qui est inutile, ce qui ne sert pas. La réduction, c'est la capacité de ramener les choses ensemble, ce que j'ai expliqué tout à l'heure par le processus qui permet de recombiner. Donc, là, on est dans le coagula. Je vous rappelle, le Solvay, c'est toute la phase inférieure, c'est-à-dire noir et blanc. Le coagula, c'est toute la phase supérieure, c'est-à-dire réduire et fixer. Et le processus peut recommencer autant de fois que nécessaire. Voilà. Ça va ? Et donc, fixer, ben, c'est justement restituer. C'est-à-dire, fixer, ça veut dire capacité de projection, c'est la pierre philosophale, c'est le grand œuvre. La fixation, les choses sont fixées. Ça veut dire qu'elles sont établies. La fixation indique symboliquement que les choses sont stables.
D'autres choses ? Oui. Ce qu'on appelle l'œuvre alchimique, donc, si j'ai bien compris, c'est cette quête de la transformation de la matière, transmutation, transmutation de la matière et en même temps de la transmutation de l'alchimiste lui-même. Ce sont deux procédés simultanés. C'est-à-dire que la logique de l'alchimie, c'est qu'aucun alchimiste ne travaille pour fabriquer de l'or dans le but de s'enrichir. Certains probablement l'ont fait sous contrainte, sous contrainte, je dis bien, sous contrainte, et ça leur a coûté très cher. Si, si, ils ont réussi bien sûr qu'ils ont réussi. Mais oui. Bon, je ne vais pas raconter l'histoire de Jacques Cœur, mais, mais, mais on a des traces historiques de transmutation et de fabrication de métaux à une certaine échelle. Donc, mais ce n'était pas ça le sujet. Le principe, c'est que le but de travailler sur l'œuvre alchimique, c'est de chercher à appliquer les lois de la nature, à les comprendre et à les vivre. Et donc, c'est, donc indissociable. Celui qui réalise l'œuvre, sa vocation n'est pas la matière, mais sa propre transmutation par la capacité d'assimiler, de vivre les lois de la nature à l'échelle humaine. Voilà. C'est pour ça que la pierre philosophale est un état intérieur et une réalité matérielle aussi. Mais je ne vais pas rentrer dans le détail. Mais c'est surtout un état intérieur.
Au Moyen-Âge, on utilisait une allégorie assez simple pour l'expliquer en disant que le Christ était une pierre philosophale. Voilà. Donc, il y a quelque chose qui est à mettre en relation. Dans l'œuvre, toujours la symbolique alchimique, elle va se draper culturellement des circonstances environnantes pour pouvoir rester voilée. D'accord ? Donc, la culture chrétienne a voilé l'alchimie avec sa propre symbolique, la culture égyptienne avec sa propre symbolique, la culture grecque avec sa propre symbolique. Voilà. Et c'est pour ça qu'il faut décoder à l'intérieur pour trouver la même chose, mais voilée avec des, des vêtements culturels, géographiques et historiques. Voilà.
On va s'arrêter là. Je vous remercie de votre attention. Merci beaucoup.