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Le Secret des Alchimistes | Documentaire Complet | www.orbisenigma.net

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Transcription

C. [Applaudissements] [Applaudissements] Alchimie. Ce mot raisonne en nous. Alchimie des mots, alchimie du verbe. Alchimie des corps, harmonie, fusion, élixir de vie, transmutation du plomb en or. Mot du présent et du passé. Pratique mystérieuse qui semble appartenir à des pages dépassées de l'histoire. Et pourtant, de nos jours, partout dans le monde, à l'abri des regards, des alchimistes œuvrent encore. Que cherchent-ils ? Quelquête te poursuivent-il ? [Musique]

Ils sont entrés dans la légende comme de vieux magiciens barbus, fais d'or mais aussi comme des charlatans. L'imagerie populaire en a fait des êtres inquiétants, des fous à la poursuite de Chimer. En tout cas individus étranges qui suscitent en nous des réactions ambigues car ils touchent à nos aspirations les plus intimes, la richesse et la santé. À l'heure où les sciences, la biologie, la physique ont commencé à percer les secrets de la nature, leur démarche paraît singulière. Il est vrai que cet entre peuplé de feu, de fumée, d'eau et de couleur a de quoi faire douter les scientifiques du bien fondé de tels travaux et de leur doctrine. Pourtant, ces hommes sont les héritiers d'une tradition millénaire et même de découverte dont a hérité la science moderne. Une porte s'ouvre, le voyage dont l'univers des alchimistes commence.

Robert Delvar est cadre dans une grande entreprise. Il est aussi alchimiste. Depuis plus de 30 ans, il poursuit ses recherches. Les alchimistes parlent de la possibilité de transformer en langage moderne un élément simple à un autre élément simple. Autrement dit, par exemple, du plomb en or. Actuellement dans les accélérateurs de particules, c'est ce que fait la physique actuelle. Et c'est là le gros problème entre la physique et l'alchimie, c'est le problème de l'énergie. Et les questions qui sont posées, c'est comment pouvez-vous prétendre avec des instruments qui se rapportent fort de la poterie, de la vaisselle et un petit peu de l'enfantillage ? Comment pouvez-vous prétendre vous transmiter simplement en faisant des coulés, des cornues, des mélanges et cetera ? que nous avec des accélérateurs de particules géants, nous devons mettre en branle une somme formidable d'énergie pour pouvoir toucher les noyaux atomiques, les faire exploser, les transformer en d'autres éléments. Les objectifs des alchimistes et des scientifiques peuvent en un sens paraître identiques. Pourtant, ils correspondent à des visions du monde fondamentalement différentes.

Bernard Bibel depuis des années étudie et recopie des livres anciens traitant d'alchimie. Ces images et ses écrits ésotériques nous plongent dans un univers où se mêle évocation de philosophe de l'antiquité, allégorie, symbole, explication à première vue incompréhensible de procédés chimiques. Ces manuscrits ouvrent la voie secrète de l'obtention de la pierre philosophale. Dans ce livre, vous allez vous allez trouver toute la science hermétique, c'estàdire toute l'alchimie, les manipulations, il sont expliquées, les opérations comme on disait qui se passent dans le laboratoire, dans le fourneau parce que c'est quand même une science matérielle. Il y a une concordance entre la démarche qui est purement livresque, la spéculation dirais-je, l'étude et il y a la pratique aussi au fourneau. L'alchimie pour moi, c'est une connaissance de la nature, de la vie, de ces lois. C'est évidemment au travers de cette connaissance que le philosophe comprend les reines et chaque reine de la nature, l'animal, le végétal, le minéral. [Musique]

À travers sa quête de la transmutation, l'alchimiste revit et nous transmet les grandes interrogations de l'homme face au secret de la nature et de la matière. Il est aussi de ceux qui depuis toujours veulent percer les mystères de la vie. Toutes choses naissent et disparaissent. L'homme devient cher puis retourne à la poussière. Tout est métamorphose. Dans la nature, les éléments se transformment. L'eau en vapeur ou en glace, les roches en lave et en feu. Le feu qui transforme la vie en cendre. La cendre d'où jaillit la vie. C'est dans la métamorphose que peut apparaître le secret de la vie. C'est là que l'alchimiste va le chercher. Du ventre de la terre émerge les matériaux qui vont permettre l'éclosion de la civilisation. L'homme capture le feu, découvre la transformation des métaux. La puissance et le pouvoir passent successivement des hommes de l'âge de cuivre, à ceux de l'âge du bronze, puis à l'âge du fer. Et depuis, nous continuons à rêver. à un âge d'or.

L'origine de l'alchimie reste méconnue. Elle entretiendrait une relation intime avec les forgerons. Ces personnages et vénérés connaissent les entrailles de la terre et savent extraire des minerais les métaux sacrés pour forger à la fois le glève du guerrier et la charrue de l'agriculteur. Dans les textes religieux, dans les mythes, ils occupent une place déterminante qu'inte dans la Bible. Eh faistos dans la mythologie grecque vulquin pharm dans de nombreuses cultures, l'alchimie a laissé son empreinte. Des traditions se sont perpétuées en Chine, en Inde, peut-être en Mésopotamie et en Afrique. Au cours des siècles, des échanges semblent avoir eu lieu. Ces traditions ont sans doute un franc commun. Mais pour les alchémistes occidentaux, les sources de leur art se trouvent autour de la Méditerranée, plus précisément en Égypte. [Musique]

Les peintures et les hiéroglyphes racontent les travaux des métallurgistes, la sacralité des météorites tombés du ciel et la fascination pour l'or. Métal sacré, symbole de pureté. et seul métal qui ne se corotte pas. Son éclat rivalise avec celui du soleil. On l'appelle la chair des dieux. Il accompagne l'âme du défunt vers la lumière et l'immortalité. Le Nil est un don des dieux. Chaque année, il dépose le limon noir. Cette terre noire putréfiée porte en elle les germes de la vie. Il est le symbole d'un pays. Dans les livres d'alchimie, la putréfaction de la matière sera une étape primordiale. [Musique]

Les métallurgistes et les orfèvres de l'Égypte pharaonique sont eux aussi les héritiers d'une tradition ancestrale. Ils sont passés maîtres dans l'art de la chimie des alliages. Ils calcinent, réduisent, oxydent, unissent ou désunissent. Ils connaissent aussi l'art de la teinture des métaux et savent donner l'apparence de l'or ou de l'argent. En imitant la nature, l'artiste montre qu'il en est le maître. Teindre en attribuant à métal les propriétés de l'or ou d'un autre métal précieux, c'est déjà opérer une transmutation. Parmi les rares documents de cette époque qui nous sont parvenus, aucun est alchimique. Les pavirus ne livrent que des recettes technique et médico-pharmaceutique. [Musique]

À la suite de plusieurs chercheurs, Elmout Gbelin, professeur de chimie à l'université de Gessen en Allemagne, a étudié l'histoire de l'alchimie. C'est une démarche nécessaire pour comprendre l'histoire des sciences et des idées. Dans son laboratoire, il reproduit certaines recette qui devaient être connu des orfèvres. L'une consiste à imiter l'or. Plongé dans une solution de sulfate de cuivre, la pièce de fer devient couleur cuivre. Cette pellicule de cuivre plongée dans du zing et diluée dans du natron se colore en argent et la couleur argent chauffé donne un laiton doré l'or.

Au 3e siècle avant Jésus-Christ, Alexandre le Grand envahit l'Égypte. La culture grecque va se mêler à la culture égyptienne puis peu à peu la supplanter. Tot, dieu égyptien de l'écriture et de la connaissance est assimilé à Hermè, messager des dieux et transmetteur des sciences. Hermes va devenir le fondateur mythique de la science des alchimistes qui puise aussi chez les philosophes grecs comme Platon et Aristote le représentation du monde et de la matière. des conceptions de la nature qui vont perdurer jusqu'au 18e siècle. Le cosmos s'organise en plusieurs niveaux. Les hommes vivent sur terre dans le monde sous la lune, monde de transformation, de corruption, de chute. Au-dessus d'eux, au-delà de la Lune existe un monde pur où toutes les choses sont éternellement les mêmes composées d'un élément pur, les terres. C'est le monde des planètes, puis le monde des étoiles fixes et au-dessus celui du démurge, le dieu. Ce monde forme un tout, un corps animé par une âme, un souffle qui pénètre tout, le pneuma, cette unicité de tout comme le cycle des transformations et du temps est symbolisée par le serpent.

À l'origine de tout, il y a un dieu unique créateur d'une première matière informe et potentielle. On considère que tous les êtres d'ici-bas sont composés d'une matière indéterminée qui leur est commune à tous et d'une forme qui leur est propre. C'est ainsi que les choses et les êtres sont ce qu'ils sont. Leurs forme se matérialise par le biais de quatre éléments : la terre, l'eau, l'air et le feu. Les alchimiste vont retrouver ces quatre éléments en décomposant les choses. Par exemple, lors de la combustion d'une bûche, il se dégage de la terre, de l'eau, de l'air et du feu. Ces éléments qui constituent tous les êtres de ce monde peuvent se transformer les uns dans les autres. Et cela grâce aux qualités qui leur sont propres. La terre est sèche et froide. Froide et humide est l'eau. Humide et chaud est l'air, chaud et sec est le feu. La transformation d'un élément en un autre se fait par la qualité commune. Le froid pour la terre et l'eau, l'humide pour l'eau et l'air, le chaud pour l'air et le feu, le sec pour le feu et la terre.

Pour obtenir la transmutation d'un métal en un autre, le travail de l'alchimiste consiste dans son creuset à obtenir la matière première originelle qui constitue toute chose. Il obtiendra cette matière première originelle en œuvrant sur les quatre éléments. Il pourra alors retrouver une nouvelle forme, celle de l'or. Parmi toutous les matériaux sur lesquels il agit pour obtenir cette matière première, il peut choisir les métaux. Pour les alchimistes, les métaux c'est une eau. Les métaux ne sont pas des solides tel que nous l'entendons. C'est une eau. Parce que un métal qui est chauffé devient liquide, il prend donc la caractéristique eau. L'eau ensemble, elle est représentative du chaos, d'une matière inorganisé. Au centre de la terre règne ce chaos. Les vapeurs, les exhalaisons qui en sortent se condensent et engendrent les métaux. Les métaux sont vivants, mais leur progression vers le haut, vers la lumière est altérée par des influences célestes. C'est ainsi que vont se former sept métaux. D'abord le plus impur, le plomb, puis l'éteint, le cuivre, le fer, le mercure, l'argent et enfin l'orche des cieux, le plus pur. Faire de l'or pour un alchémiste, c'est donc retrouver dans la matière la voix qui conduit à la purification. Il y a tout d'abord sur cette image le philosophe, le sage, l'alchimiste qui lui va chercher sa première matière dans la mine. Il va creuser il va creuser la mine pour récupérer cette première cette première et précieuse matière sur laquelle il va travailler qui est en fait la lune des philosophes. C'est pour ça qu'on on l'a montré sous la forme d'un croissant. mais sous la forme croissante. Ça veut dire que elle n'est pas travaillée. On va la faire croître, on va la faire fructifier. [Musique]

Santiago Yuban est espagnol. Il est éditeur et alchimiste. Il a épousé la philosophie des anciens. Pour lui aussi, la nature est imparfaite. C'est dans les entrailles de la terre qu'il faut aller chercher la matière première. Il en dégagera ces quatre éléments pour recommencer ainsi le processus de création de la nature. Visite intérieur de la tierre. [Musique] [Musique] Hay que descender al centro de la tierra para que naturaleza te muestre sus misterios. Mira, mira cómo crece. [Musique] [Applaudissements] [Applaudissements] Naturaleza no sabe cómo arrancar. Yo oigo ahora a la naturaleza que está diciendo, "Ayúdame y yo te ayudaré. Yo lo estoy oyendo, la estoy viendo, ¿no? Y este es el libro de la naturaleza. Este es el libro de la naturaleza. [Musique]

À Alexandrie, au 2e et 3e siècle après Jésus-Christ, les cultures et religions chrétiennes, païennes, juives coexistent avec des courants mystiques et gnostiques. Pour l'nostique, toute matière est mauvaise. Elle est le résultat d'une chute. L'homme en se faisant jeter hors du paradis d'esprit est devenu matière façonné par les quatre éléments et par la pesanteur terrestre. Séparer le subtil de l'épai, l'esprit de la matière et la voix pour accéder à la rédemption. Pour mieux comprendre ces interprétations, Santiago Yuban a reconstruit une kérotis, un four que l'on utilisait pour brûler les minerais et dont les émanations coloraient les métaux. C'est une parfaite image du monde. Dans la partie inférieure, l'espace du feu, c'est l'enfer, le monde inférieur. Ici, une chambre, elle reçoit l'eau. C'est l'océan céleste. des philosophes là l'azote le dissolvant il est chauffé par le feu d'en bas les vapeurs s'élèvent dans cette chambre la table d'émeraude dit d'ailleurs le vent l'a porté dans son sein les vapeurs montent jusqu'à la voûte céleste se condense dans cet univers froid elle se coagule puis redescendent. Et ces forces, ces éléments qui circulent de l'infrieur vers le supérieur donneront naissance avec l'aide de Dieu à l'objet de notre quête. Sous le saut d'Hermè, dans le vase où le creus est hermétiquement scellé, l'alchimiste remet en scène le drame de la matière. Pour lui, séparer selon leurs affinités les éléments de la matière revient sur un plan symbolique à atteindre Dieu en séparant l'âme du corps. Les écrits des alchimistes de cette époque sont parfois des récits de rêve où les procédés techniques sont présentés sous forme de vision mystique. Voici le rêve que nous raconte l'alchimiste Zosim. Après avoir été plongé dans l'obscurité, un prêtre gravi démarche. Il est alors démandré, écorché, jeté au feu. C'est alors qu'il vomit ses chaires. Dans un bassin bouillonnant, des hommes subissent le rituel de purification. Le prêtre devient tour à tour plomb, cuivre, argent et or. Il a appris à devenir esprit. par la transformation du corps. [Musique]

Entre le métal, corps grave et lourd et l'esprit subtil, le rêve est intermédiaire. Si tu ne dépouilles pas les corps de leur nature corporelle et si tu ne donnes pas une nature aux êtres incorporel, rien de ce que tu attends n'aura lieu. Là, c'est une phase qu'on pourrait nommer la phase du démembrement. Le corps est rompu. Lui a conservé la tête ou la partie spirituelle du composé puisqu'il l'encère contre lui. Et la partie du corps qui est la partie physique, qui est la partie euh malade si l'on peut dire est séparée. On a séparé donc la lumière des ténèbres. On ne peut pas remonter au créateur sans le secours de la matière créée. C'est au travers de la matière qu'on apprend à connaître l'origine de toute chose. C'est le grand miroir de la nature.

Au 4e siècle après Jésus-Christ, la civilisation égyptienne est pratiquement éteinte. On ne sait plus lire les hiéroglyphes. Sa culture est devenue mythique. Rome qui a depuis longtemps conquis ces régions se méfie des pratiques mystiques ou apparemment magiques des alchimistes. L'empire craint surtout que ceux-ci fassent de l'or et aide les mouvements subversifs. On ordonne de brûler les manuscrits d'alchimie. [Musique]

Mais les alchimistes se répandent avec leur papyrus dans l'empire romain d'Orient, à l'est de la Méditerranée. Ils se rendent à Athènes, à Byzance et dans les territoires de l'actuelle Syrie. Il séjourne à Har où des manuscrits seront traduits en syrique. Au carrefour des cultures orientales et occidentales, Aran est un centre réputé de métallurgie. Seples sacrés y ont été édifiés en forme de croissante lune, chacun dédié à un dieu planétaire. Il matérialise ainsi les correspondances fondamentales pour l'alchimie entre les sept planètes, les divinités, les métaux et les couleur. Ainsi, la lune correspond à l'argent. Mars au fer, Vénus au cuivre, le soleil et l'or. Hermè, le dieu Mercure des Romains, le Mercure.

Lorsqu'il conquèrent le proche Orient, à partir du 7e siècle, les Arabes intègrent les cultures des pays conquis. Ils font traduire dans leur langue les textes scientifiques et philosophiques grecs et dit-on en premier lieu les textes alchimiques. L'art sacré les fascine parce qu'il est une réponse à leurs interrogations sur les phénomènes de la nature. D'abord parce qu'il est une science, une physique qui permet d'expliquer le monde, d'explorer la matière, les plantes et les métaux, mais aussi parce qu'il doit permettre la fabrication de l'or. Ce sont les Arabes qui forment le mot alchimia, d'où vient le mot alchimie. Kimia viendrait de Kem, la terre noire, l'ancien nom de l'Égypte. Mais plus vraisemblablement du mot grec kumen qui signifie verser sur le feu fondre un lingot ou de cumous le succ qui s'élève dans la plante. Les Arabes commencent à pratiquer l'alchimie et à écrire des textes présentés parfois comme des textes anciens. Ainsi, c'est à eux que l'on doit la fameuse table d'émeraude. Ce texte qui aurait été trouvé gravé sur une pierre d'émeraude à l'intérieur du tombeau du dieu Hermè. Il est vrai, le plus haut vient du bas et le plus bas vient du haut. L'œuvre du miracle vient d'une chose unique, par un procédé unique, tout comme les choses proviennent d'une matière unique. Le soleil en est le père, la lune en est la mer. Le vent l'a porté dans son ventre, la terre la nourrit de son lait. Le feu devient terre, le subtil est plus noble que le grossier. Il monte de la terre au ciel et retombe sur la terre. De là, il reçoit la force du supérieur et de l'inférieur. Il est la force des forces. Dans ce texte, on retrouve la notion d'unité de la matière et de force présente dans la nature.

L'alchimie arabe se développe notamment dans les milieux mystiques proches du chisme. Elle va apporter une contribution aux sciences de la matière et élaborer des théories pour progresser dans la recherche spirituelle. Elle modifie les théories des métaux et définit deux principes dont se servent encore les alchémistes contemporains. La théorie du soufre et du mercure. [Musique]

Les métaux sont le fruit d'exalaison émanant de la terre. Sèche et chaude, air et feu, elles sont symbolisées par le soufre qui est soleil, principe malâ et actif. Humide et froide, eau et terre. Elles sont symbolisées par le Mercure qui est Lune, principe femelle et passif. Le monde s'organise autour de ces deux principes. Dans les manuscrits qu'ils étudient, Santiago et son ami alchimiste Manuel approfondissent cette théorie soufre et Mercure. Pour les alchimistes musulmans, Allah est le créateur et pour créer le monde, il a utiliser un instrument, le rour. L'alchimie chrétienne le nomme l'esprit universel. C'est le roi Elohim de la Bible. Saint-Jérôme, lui parle des eaux supérieurs. Donc ce rô est ce qui fut créé en premier. Il est identifié à la lumière comme dans la Genèse, on ne peut le comparer à rien d'autre. Alors en lui se matérialise deux pôles qui vont se séparer tel des ondes, ils forment les deux états extrêmes de la matière qui vibrent en un mouvement pendulaire.

Les Arabes apportent également la théorie fondamentale de la Balance. De l'équilibre entre le principe soufre et le principe Mercure dépend de l'harmonie et la pureté de la matière. Ce sont des états dynamiques jamais au repos. Le soufre tend vers l'état mercuriel et le mercure vers l'état soufre. L'un et l'autre ne sont pas stables. Entre, toute matière subit des états intermédiaires. Tantôt plutôt soufre, tantôt plutôt Mercure. Ces états intermédiaires sont appelés mêl, des états salins. Le sel balance entre soufre et mercure. C'est la vie qui est ce sel. Et nous, être vivant, nous existons entre deux pôles, la naissance et la mort. médecins et pharmaciens alchimistes appliquent la science de la balance qui doit permettre aussi de fabriquer l'élixir de vie. En effet, comme les métaux, l'homme est composé d'un soufre et d'un mercure et tout déséquilibre entre ces deux principes rends malade. Et l'élixir de vie permet de rétablir l'équilibre parfait. Ici, nous sommes dans le livre des figures hiéroglyphiques d'Abraham juif. Donc, le livre qui aurait été donné à Flamel. C'est un livre d'emblèmes, d'image. Ici, nous avons donc le Cadissé de Mercure où on y voit le les deux dragons entrelacés qui sont le le soufre et le Mercure et le bâton qui vient couper le cercle qui est formé subtilement par les deux boucles des serpents qui marquent le symbole du sel. donc de cette matière qu'il faut aussi connaître et savoir introduire dans la matière. Et là, c'est l'ange qui détient la clé. La première clé est celle qui ouvre les prisons obscures dans laquelle le Mercure est enfermé. Dans la mythologie, Mercure était l'intermédiaire entre les entre les dieux. Tout comme notre Mercure, notre matière, notre Mercure, il l'intermédiaire entre le Dieu terrestre, c'est-à-dire le souffle, et le Dieu céleste qui est donc la vie.

En poursuivant leur recherche alchimique, les Arabes acquièrent une grande maîtrise dans le domaine de la chimie. Ils isolent des substances, découvrent des acides, établissent une classification des métaux. Il développent la distillation fractionnée qui permet de séparer des substances lourdes des plus légères au sein de la matière. Leurs investigations ne s'arrêtent pas à des travaux de laboratoire. Leur volonté d'une compréhension globale du monde les conduit à appliquer leur spéculation à d'autres domaines comme celui du langage. C'est Dieu qui a inventé le langage et l'alphabet qui forme les mots. Ces mots sont aussi des substances. Ils sont la matière de notre monde. Ainsi, en déchiffrant les combinaisons des lettres de l'alphabet, comme on étudie les liens chimiques entre les substances, nous pouvons espérer remonter au verbe initial, celui qui est à l'origine du monde. [Musique]

Je connais un joli texte qui raconte l'histoire suivante. Quand Dieu a créé Adam, il l'a fait roi de la création. Il lui a donné un trône, une couronne et un sceptre. Le trône c'est le langage humain, la voix articulée. [Musique] Le c'est la graphie, l'écriture, la couronne, la numérotation, le calcul. Avec le langage, l'écriture et le chiffre, on peut dominer la nature.

L'alchimie se répand dans le monde musulman, particulièrement en Espagne où les savants juifs et arabes lui donnent un essort remarquable. C'est cette culture que va découvrir le monde chrétien. Des savants convergent vers Salaman qui est auid. Souvent, ce sont des moines et ils traduisent les textes arabes en latin. À partir de ces textes, parfois attribué à des personnages mythiques, copiés et recopiés avec ce que cela suppose d'erreur, il redécouvre les philosophies antiques, les mathématiques, l'astronomie, de nouvelles conceptions de la nature. Les livres d'alchimie constituent une grande nouveauté. Ce sont des traités qui permettent de renouveler l'étude de la matière. Ils apportent des méthodes expérimentales nouvelles. Ils mèlent description d'études de laboratoire, termes technique et procédé de chimie. Il livre surtout la voie à suivre pour réaliser la transmutation des métaux en or, le grand œuvre. Mais cette voix reste toujours masquée derrière un langage hermétique.

En Europe, dans leur couvent, les moines poursuivent en silence leur quête de la connaissance. Il faut lire, même si vous ne comprenez pas les textes, il faut les lire, les relire, les relire, passer un autre, le relire, le relire et vous verrez tôt ou tard tiens, il a dit ça à telle page, je vais y revenir. L'importance aussi, c'est de copier. Il y a une communication ou peut-être même une communion avec le texte. Vous l'avez recopié, vous en faites partie, il fait partie de vous. Et c'est une quête, c'est vraiment un apprentissage. J'apprends encore aujourd'hui tous les jours.

Dans ce monde occidental profondément chrétien, certaines conceptions du monde hérité des philosophies grec, notamment d'Aristote, s'opposent à la pensée de l'Église, par exemple l'idée que le monde est éternel, qu'il possède une âme semblable à celle que nous possédons. L'enjeu est de synthétiser la science grecque transmise par les Arabes avec la vision chrétienne du monde. L'alchimie par son approche scientifique de la nature, par son intérêt pour la matière fait partie de cet enjeu. [Musique]

Dans les grandes universités européennes à la Sorbonne à Paris, les concepts et les pratiques alchimiques sont reçues avec méfiance. L'enseignement scolastique accepte difficilement de souscrire aux théories de gens qui ne sont pas de purs théoriciens, mais qui travaillent la matière avec leurs mains. Faire coïncider foi et raison est bien difficile. L'alchimie n'est pas en odeur de sainteté, mais cela n'empêche pas des savants comme Albert Land ou Roger Bacon d'y attacher une grande importance. Ils peuvent remettre en cause la croyance en des métaux vivants, doutent parfois de la possibilité pratique de la transmutation, mais il l'accepte sur le plan théorique. Ils apprécient dans l'alchimie ses méthodes d'investigation et ses applications pratiques. Pour eux, l'alchimie est une science expérimentale, même si elle doit rester assujettie à l'ordre du monde expliqué par la théologie.

À cette époque, beaucoup de moines réprouvent les fastes de l'église. Dans le sud de la France et en Italie du Nord émerge des mouvement religieux qui condamnent ses excès. Et puis en ces temps troublé, l'apocalypse est annoncé : "Seule la pureté assurera le salut." Sous l'influence de Saint-François d'Assise, des moines souvent médecins, prôent la pauvreté et l'aide aux nécessiteux. Ils se tournent vers l'alchimie pour trouver une réponse à cette exigence. Dans leur laboratoire, en distilant le vin dans leurs alambiques, ils obtiennent une substance nouvelle qu'ils assimilent au 5è élément des philosophes grecs à la quintessence à l'éterre. C'est l'alcool, la substance pure, l'eau de vie. C'est cet esprit, ce spiritus qui soignera le monde. Si ce spiritus mundi existe déjà dans les éléments qui composent le monde sublunaire et qui sont soumis à la mort, à la putréfaction, à la corruption et cetera, ça prend une autre dimension. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, l'homme peut en suppléant à Dieu acquérir lui aussi cette essence divine, cette quintessence. C'est une véritable révolution, un changement de conception du monde. On découvre que la pureté, les terre que l'on croyait présente uniquement dans le monde au-dessus de la Lune traverse la frontière entre le monde du pur et celui de l'impur et peut-être trouvé au sein de toute matière. Il suffit pour l'extraire de mener à bien une purification.

Dans ce contexte mystique, les alchimistes établissent un parallèle entre le Christ et la quintessence ou l'élixir. Comme le Christ, la quintessence est descendue dans un corps. Comme le Christ, elle sauve les hommes en les soignant. Comme lui, elle doit souffrir, mourir à elle-même pour ressusciter dans sa pureté première. C'est le processus de la distillation et de l'extraction. Ainsi, l'homme peut donc être sauvé et accéder à Dieu. Toutes les manifestations des phénomènes que nous observons ont un sens parce qu'un devenir et que ce devenir et là c'est un article de foi bien entendu que je laisse libre à chacun d'avoir ou ne pas avoir c'est donc de retourner vers Dieu. Il se trouve que j'ai choisi l'alchimie comme étant une voix plutôt un petit sentier très tortueux pour retrouver quelque part Dieu. D'autres auront pris d'autres chemins. Il ne m'appartient pas à moi de juger du chemin. Moi, j'essaie de gravir le mien et surtout de le gravir avec humilité et honnêteté. Parce qu'en alchimie, on peut tromper les autres mais on ne peut jamais au laboratoire se tromper soi-même.

Si l'or est le symbole d'une quête spirituelle, il est aussi l'objet d'une convoitise purement matérielle. C'est ainsi que l'histoire de l'alchimie s'est trouvée associée à celle de faux monayeilleur habille à teintter les métaux pour tromper le chalant. À cause de cela, l'alchimie fut critiquée et condamnée par les rois qui se réservaient le droit de battre Mononnaie. On raconte l'histoire de ce roi d'Angleterre qui pendant la guerre de 100 ans inonda la France de fausses monnaie alchimiques pour déstabiliser son économie. Bon là, il faut pas faire de bêtises. [Musique]

L'alchimie va aussi se trouver mêlée à des conflits politiques et religieux. Le Saint Empire romain germanique est ravagé par les guerres et la peste. La crainte de l'apocalypse obsède les armes. [Musique] Une révolte éclate avec pour prétexte l'eucharistie pour les insurgés qui communitent à la messe. Ne manger que le corps transubstancié ne peut suffire à assurer leur rédemption. Ils veulent aussi boire le sang du Christ, le vin auquel ils n'ont pas droit. Cette insurrection est sauvagement réprimée. [Applaudissements] Christ [Musique]

Le Saint-Empire s'est désagrégé. L'aigle, son emblème est devenu un symbole de souffrance. Le peuple attend de l'empereur Sé Gissmont qu'il sauve l'empire et ouvre les portes de l'âge d'or. Un livre d'alchimie paraît alors le livre de la Sainte Trinité qui donne les recettes pour transmuter les métaux et retrouver pureté et harmonie. L'aigle s'y trouve associé au Christ rédempteur et le Christ au métau qui endure les souffrances de la purification. Tour à tour, plomb, cuivre, argent et enfin or. Le Christ est figuré par un androgine double, symbole d'unité de la matière et par analogie image de l'unité de l'empire. À ses côtés, un antéchriste, un faux prophète, c'est l'usurpateur du trône impérial qui est comparé à un mauvais alchimiste, car il ne suit pas les règles morales et ne peut donc maîtriser ce feu qui purifie les corps. Cette image du Christ est une illustration parfaite de l'alchimie. Les couleurs noires, blancs, rouges, argent et or représentent la progression du métal dans le creuset. Les serpents enroulés au dressés symbolisent le fixe et le volatile extrait de la matière. Le Christ debout sur les montagnes dor et d'argent souffre et mercure abreuve les arbres solaires et lunaire. Le livre de la sainte Trinité est un tableau politico-alchimique. Les personnages de la Bible représentent les acteurs de l'alchimie. Le trio Père, fils saint-Esprit forme une unité divine. Ils sont le corps, l'âme et l'esprit de la matière. Pour les alchimistes, la Vierge occupe la place centrale. Elle est la Vierge minérale, la matière sortie du creusé. Elle a reçu l'Esprit Saint. Elle purifie le monde, la transmutation des métaux et de l'empire assuré. Elle descend dans le blason impérial coloré en vert couleur du printemps. Elle protège le Christ empereur et l'aigle devenu doré. Il annonce l'âge d'or.

Les alchimistes ne confondent pas alchimie et religion. Ils entendent aider corriger la nature dans ses œuvres. Ils ne prétendent pas se substituer à Dieu. Ils refusent tout recours aux démons et à la sorcellerie. Cela rassure les autorités religieuses. C'est ainsi que l'alchimie n'a jamais été condamnée par l'église et que des papes se sont intéressés à la fabrication de la pierre philosophale. un terme qui apparaît au Moyen-Âge. La pierre philosophale, c'est une pierre qui est plus espè effectivement ça peut paraître un petit peu obscur de parler ainsi mais alors si on voulait on pourrait dire c'est un espèce de catalyseur d'énergie orientée tout à fait particulier et qui est capable de transmuter sur le plan pondéral un corps simple à un autre corps simple c'est-à-dire l'or, c'est-à-dire de réaliser au niveau minéral la rédemption du métal. Cette rédemption là ne peut aboutir et se réaliser que si l'opérateur lui-même atteint ce stade de rédemption. Ce qui implique pour celui qui va être tenté par l'aventure alchimique, c'est un d'acquérir des connaissances théoriques de la matière extrêmement approfondie. Deuxièmement, d'acquérir une pratique extrêmement difficile puisque les livres qui la décrivent sont codés, sont cryptés et ce n'est pas pour rien d'ailleurs. Et troisièmement, d'essayer d'atteindre, si on voulait être simple un peu un état de sainteté puisqu'on est dans un contexte chrétien cette époque là qui se rapproche d'une pureté intégrale de façon à pouvoir vérifier sur le plan de la matière qu'on atteint également cette pureté.

La pierre philosophale est l'aboutissement d'un long travail, le grand œuvre. Langage et étape reste bien obscur pour le profane car on ne peut comprendre ce grand œuvre sans s'être plongé dans l'histoire, sans être capable d'interpréter les symboles. Entre le cabinet de réflexion et le laboratoire, Robert Delvar poursuit sa recherche. Pendant des années, il a reçu l'enseignement d'un maître, a pris des notes, ordonner les symboles. Parmi toutes les voies proposées par des alchimistes, il en a choisi une. Avec lui et avec ceux qui ont accepté de nous guider, voici la progression vers la pierre philosophale. Ce sont des mois intenses où connaissances métallurgique et intuition des symboles forment un tout. Il a choisi sa matière première, un minerai. Il la nomme le sujet des sages. Il attend le printemps pour commencer ses travaux. [Musique]

Il la broie puis va la soumettre à une double chaleur, celle du feu et celle plus subtile de la lumière de la lune. [Musique] Ce qui est considéré comme matière est considéré en fait comme un un stade qui est compris entre la mort totale et la pureté totale. Donc effectivement, nous trouvons tous les échantillonnages des métaux, des corps, de de ce que l'on considère à l'heure actuelle comme matière. Seulement la différence, c'est que dans le monde actuel, la matière c'est la matière et ce qui est l'esprit c'est l'esprit. Et il y a une séparation qui est très nette. Alors que dans le monde de l'Antiquité ou du Moyen-Âge, on n'assiste pas à une séparation de la sorte. La matière et l'esprit agissent. Et en alchimie, on ne fait pas tant agir la matière sur la matière, on fait agir l'esprit sur la matière.

Jour après jour, heure après heure, l'alchimiste consigne les pesées, les températures et les réactions de sa matière. Pendant que la première matière subit l'action du feu, il recueille une eau qui a reçu l'influence des rayons du soleil et de la lune. Les principes mâles et femelles. Ces mêmes principes entrent dans la préparation de deux corpsins qui chauffés interagissent avec l'eau. En les faisant cristalliser, il capte l'esprit du monde. Une force secrète pour nous. C'est sûr, il y a une force sous sous forme d'onde d'énergie. Et quand on va faire les opérations au creuser, notre matière quand elle va fondre et cetera va attirer à travers le fourneau, à travers le toit de la maison, va attirer l'esprit universel. va agir comme un aimant gigantesque. Or, le déclencheur de cette action, ce sont les seuls. [Musique]

Voici le minerai calciné. Il faut maintenant mélanger les cristaux chargés de l'esprit universel avec du fer, puis chauffer ce mélange pour qu'il agisse sur le minerai de la matière première. Nous sommes dans à l'intérieur du vase de du grand œuvre où l'artiste ici a représenté ce qui se passait dans la matière. On a on a l'enfant qui vient ou le le le jeune alchimiste qui lui vient terrasser le dragon qui est le représentant de l'alchimiste au sein de la matière. C'est la première couronne de l'œuvre. Donc la naissance du Mercure que l'on voit représenter ici sur son char tiré par deux coques parce que le coque est l'emblème de Mercure. Là, il peut il peut péter parce que si on si on le on pète le couvercle ou on le fend, il explose. Ce sont des instants cruciaux, dangereux. L'alchimiste livre un combat intime avec la matière et le feu. La moindre erreur de température, quelques grammes de trou et c'est l'explosion. Ce que nous venons de faire, c'est l'opération qui s'appelle conjonction et séparation. Nous avons conjoint les métaux et les selles tout à l'heure. Et ici, ils vont s'amalgamer, se marier ensemble et quand nous ressortirons le creusé, au bout d'une heure environ, les nous allons couler les deux parties paraîtront qui vont être assez facilement séparables. D'un côté, ce sera une partie femelle et de l'autre la partie mâle. Le principe mal purifié se nomme le capout mortum. Le principe femelle, le mercure, s'appelle le régul. Lorsque le le lingot est parfaitement coulé et surtout que le coup de marteau est heureux, on y voit cet agencement. en agglomérat fibre radié qui part en fait des petites aiguilles subtiles qui partent du centre vers la circonférence. En fait, c'est le petit soleil des sages qui est né. C'est le l'embryon solaire qui émet ses rayons au sein de la matière.

qui n'est pas encore propre. Voilà.

Le régule est purifié plusieurs fois. Apparaissent alors des lignes ressemblant à des feuilles de fougère et bientôt à la surface émergent des cristaux verts qui reçoivent le nom de lion vert. C'est une étape fondamentale car ces cristaux verts ont maintenant concentré l'esprit universel, l'énergie, la force.

Maintenant, il faut reprendre la partie mâle mise de côté. Ce caput mortum doit à son tour être calciné, purifié pour livrer son esprit et une terre. Dans le caput mortum, savoir extraire certains sels de façon à obtenir une terre qui portera le bon nom de terre adamique et qui recèlera en son sein le soufre.

Nos deux principes, tant que femelle, ont été purifiés et il va s'agir maintenant, pour rentrer dans la deuxième phase du grand œuvre, de réunir de nouveau ces éléments afin de pouvoir provoquer ce qu'on appelle la sublimation. La sublimation est un moment de grâce.

Au fond du creuset, l'alchimiste dépose la terre adamique, principe mâle, puis le principe mercuriel, féminin, et enfin le lion vert qui concentre les forces célestes, l'esprit universel. C'est alors qu'émerge un corps, la rémor. Elle est le fruit de cet accouplement et de la fusion des deux principes, soufre et mercure. L'aigle est le symbole de cette sublimation.

L'opération est répétée sept fois car ces corps doivent naître. Il faut épuiser toutes les potentialités des deux principes. Et les corps réunis, chauffés à nouveau, concentrés, n'en forment plus qu'un. C'est le RBI, l'union des deux principes purifiés. Là, nous sommes sur un des mythes de l'alchimie qui est le mythe de l'androgynat. C'est-à-dire le mâle et la femelle en un seul corps qui est en fait la vierge du grand œuvre. Donc, c'est cette androgynat, c'est la matière qui a son propre géniteur puisqu'elle est constituée de l'esprit et du corps. Le corps qui est capable de réenfanter cet esprit et l'esprit qui est capable de venir engrosser le corps. C'est toujours la réunion de contraires, de deux pôles différents qui, s'agglomérant ensemble, forment l'être.

Mais non seulement il forme l'être, mais il forme une dynamique. Et cette dynamique là, ce qui la soutient, c'est ce qu'on pourrait, en simplifiant à l'extrême, c'est l'amour. L'amour, c'est-à-dire les choses qui rapprochent, qui sont tout à fait à l'opposé du chaos. L'amour est la clé de la démarche alchimique. Le Rosarium Philosophorum le met en scène pour expliquer le grand œuvre. Les métaux, la chair sont mis à nu. Ils sont vivants. Nés d'une même matière, séparés en opposés complémentaires et réunis. L'homme et la femme sont sur la voie de la pierre philosophale et de la rédemption.

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La troisième phase peut commencer. Plusieurs mois, plusieurs années ont peut-être été nécessaires pour y parvenir. Elle est rythmée par trois étapes : la phase au noir, puis au blanc et enfin au rouge. L'œuf, symbole de l'unité de la matière, peut alors être confectionné. À l'intérieur du creuset, tout le processus va se répéter et cet œuf, avec son rébit, s'épanouira, se chargera en énergie pour devenir enfin pierre philosophale.

L'opération est placée sous le sceau du secret, le sceau d'Hermès. Il y a une espèce de petite voûte qui se forme dessus avec le fondant qui fait comme la coquille d'un œuf. Et cette voûte, elle va disparaître d'elle-même une fois que le miracle est accompli au sein de la matière. Comme dans la guérison des plaies, il arrive un moment où une croûte se forme sur la plaie et cette croûte se détache d'elle-même jusqu'à ce que l'épiderme tendre se soit reconstitué. Et ça, c'est le grand mystère. La nature reprend son droit et ça ne nous appartient pas. L'alchimiste ne peut rien voir. Il est obligé de savoir ce qui se passe exactement au sein de la matière. Et comme le dit l'adage ancien, les sons, les parfums et les couleurs se répondent. Et ce sont trois signes où il faut être très attentif.

Le Mercure chante divinement lorsque sa mort est proche. On entend ce cristal trident au sein de la matière grave et qui représente la mort du composé. On entend comme un combat des matériaux qui se combattent l'un sur l'autre. Si notre Berge Rac dit que c'est le combat de la salamandre, de l'animal glaçant et de la bête à feu, en fait, du chaud et du froid. Et au cours de la phase au noir, la matière est putréfiée, mortifiée, ses composants démembrés. Des sons s'élèvent. On entend les notes de la gamme et chaque note correspond à une couleur. Mais nul ne peut les voir. Seule la musique du creuset indique la montée chromatique vers la pureté. Pour illustrer cette gradation musicale, les alchimistes s'inspirent des couleurs de la plume de paon.

La phase au blanc indique l'ultime purification des quatre principes : terre, eau, air et feu. Enfin, les derniers sons annoncent la phase au rouge. Elle est symbolisée par un phénix, l'oiseau qui renaît de ses cendres.

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Donc, on a terminé la troisième phase du grand œuvre et si l'opération a été menée à bien, et là je parle au conditionnel, n'ayant pas atteint ce stade, on devrait trouver, enchâssé dans une enveloppe plus ou moins cristalline, on devrait trouver ce qu'on appelle la pierre philosophale. Mais mise ainsi, évidemment, elle n'est pas assez puissante. Il faut donc de nouveau la multiplier. Et la multiplier, c'est de nouveau la remettre en coction et recommencer cette coction qui, cette fois-ci, va se dérouler dans une durée de plus en plus courte. Donc, plus on multipliera la pierre, plus elle prendra d'énergie. Plus elle prendra d'énergie, plus elle sera puissante.

L'alchimiste doit encore faire un choix. Utiliser la pierre à des fins médicales pour produire l'élixir de vie ou la destiner à la transmutation d'un métal en or. C'est un phénomène naturel. En tout cas, pour moi, et je pense pour tous ceux qui pratiquent l'alchimie, il y a des relations constantes entre le monde spirituel et le monde physique. Il n'y a pas de séparation et donc il y a un ensemble qui progresse. Et c'est pour ça que les interactions entre le monde minéral dans le four, tel qu'on le voit dans le creuset, avec les interactions qui se passent dans l'esprit par l'entremise des moyens physiques, c'est-à-dire nos mains, ont tant d'importance. Et il ne s'agit pas là de magie, bien entendu. Il s'agit d'un autre plan qui est hors du champ scientifique, qui est ailleurs.

Au cours du Moyen-Âge, des manuscrits circulent dans toute l'Europe. On y trouve des récits de personnages ayant obtenu la pierre philosophale. Cela renvoie toujours le lecteur curieux à une quête personnelle, à la lecture d'ouvrages magnifiques. L'un d'entre eux, l'Aurora Consurgens, utilise la Bible pour expliquer les processus alchimiques. Détonnantes images entraînent le spectateur dans un univers complexe et déroutant.

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Les alchimistes sont des pèlerins. Ils parcourent l'Europe à la rencontre d'autres initiés ou de l'adepte qui les mettra sur la voie secrète de la pierre philosophale. Les pratiques de certains inspirent toujours des doutes et prêtent au sarcasme. Mais les connaissances des plus savants d'entre eux sont reconnues. Ils sont accueillis par les rois et les princes. Ils sont médecins privés, astrologues. Ils livrent leur savoir aux industries lucratives des mines et de la métallurgie. Ils parlent souvent plusieurs langues et connaissent les cultures contemporaines et antiques.

La culture grecque, pourtant, reste encore très mal connue, le Moyen-Âge n'en ayant pris connaissance qu'à travers les écrits arabes. C'est alors qu'au début de la Renaissance, en Italie, à Florence, arrivent des savants. Ils viennent de Byzance, tombée aux mains des Turcs. Ils apportent avec eux des manuscrits, comme de mes faits traduire, c'est une révélation. Ces textes recèlent des pans entiers de la philosophie antique qui n'était jamais parvenue en Europe. Les savoirs grecs, égyptiens, mythifiés sont redécouverts. Toute une littérature alchimique est attribuée à Hermès, détenteur de la connaissance, identifié à Moïse. La pensée de Platon et sa conception du monde devient à la mode. Les alchimistes associent leur quintessence, leur élixir à l'âme du monde, à l'esprit universel qui répand ses forces vitales et ses bienfaits. La lumière, le soleil et son correspondant métallique, l'or, apportent bonheur et santé. L'alchimiste, dans sa cornue, condense les forces de l'univers. Il crée l'or potable, l'âme corporifiée, l'élixir de vie. Le monde devient un monde animé où toute chose entre en sympathie les unes avec les autres.

La magie naturelle parle de magnétisme, de forces astrales qui lient microcosme et macrocosme. Un médecin allemand, Paracelse, met en correspondance ses notions de magnétisme et de sympathie dans une perspective médicale novatrice. Chaque astre est une force qui influence à distance l'organe qui lui correspond dans le corps humain. Si, par exemple, un organe est sous l'influence de Saturne, il est malade, ralenti ou mélancolique. Il faut donc prendre un médicament créé à partir d'une plante ou d'un minerai qui lui aussi est sous l'influence de Saturne. Le semblable soigne le semblable. Il suffit d'être capable d'identifier dans la nature, avec l'aide de Dieu, les choses qui se ressemblent, qui ont la même signature. Pour Paracelse, le corps chimique extrait de la matière et recomposé en laboratoire est un médicament que l'on peut produire en série. En médecine, cette démarche nouvelle ouvre la voie à des applications en chimiothérapie et en homéopathie.

Même si Paracelse explore un domaine qui n'est plus spécifiquement de l'alchimie, il opère une révolution alchimique en introduisant les trois principes : le soufre, le mercure et le sel. Ces trois principes expliquent le fonctionnement de la nature. Ils font écho à ce précepte de Platon : "Deux termes ne peuvent former une belle composition sans la présence d'un troisième. Il faut qu'entre eux, il y ait un lien qui les rapproche tous d'eux."

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Les travaux des savants de l'époque, Copernic, Kepler, Bruno et Galilée, vont modifier les méthodes d'investigation de la nature. Une assise mathématique va remplacer les interprétations magiques et symboliques de l'univers. Kepler met en équation le mouvement des planètes. Copernic place le Soleil au centre du monde et le télescope de Galilée révèle des tâches sur le Soleil et la Lune. La séparation entre un monde pur et impur est caduque. Malgré cette approche nouvelle, ces savants ont toujours des affinités avec l'alchimie qui reste un outil nécessaire à la compréhension des phénomènes de la nature.

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À Prague, les alchimistes venus de toute l'Europe entourent l'empereur Rodolphe II. Il a abandonné son trône pour s'adonner à l'alchimie, à la science hermétique. Il a son laboratoire, finance les recherches en astronomie et astrologie. Il fait de Prague une capitale chargée de symbolisme. Cependant, le travail en laboratoire ne satisfait plus les théosophes issus des manifestes Rose-Croix. Ils ne s'intéressent plus qu'au côté mystique de l'alchimie et préfèrent l'engagement politique pour améliorer le sort de l'humanité.

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Dans le même esprit, les francs-maçons reprendront un peu plus tard de nombreux symboles alchimiques pour élaborer leurs démarches initiatiques.

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Le XVIIe siècle est une période d'engouement pour l'alchimie. À la cour des princes, il est de bon ton d'avoir son alchimiste personnel. Il est souvent à demeure, voire séquestré, dans le but de donner santé et richesse au roi, et malheur à celui qui ne réussit pas une transmutation. Il est alors, ironie du sort, brûlé dans une cage dorée ou pendu. Cet intérêt pour l'alchimie stimule les artistes. Ils s'inspirent des mythes égyptiens et grecs, des fables antiques pour créer de magnifiques ouvrages de figures et d'emblèmes hermétiques. Chaque image est une énigme à déchiffrer.

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Mais la pensée rationaliste commence à s'imposer. La démarche des alchimistes est trop ésotérique aux yeux des savants qui réfutent les conceptions magiques ou mystiques de la matière ou de l'univers. La théorie des quatre éléments commence à être radicalement critiquée au sein même du monde des alchimistes. Une approche mécaniste des phénomènes naturels est développée. En France, René Descartes réfute les principes de magnétisme ou de force magique qui animeraient le monde. Il explique que tout effet de corpuscules qui s'entrechoquent sous l'effet d'un impact originel, un choc initial donné par Dieu, ils tourbillonnent et constituent la matière.

Descartes se retrouve devant le même dilemme que les alchimistes qui parlaient de la matière première et qui disaient : "Mais alors, comment pouvez-vous justifier les différents métaux ?" Eh bien, Descartes justifie cette différence par la configuration de ces atomes, c'est-à-dire les formes géométriques que ces atomes vont prendre et ce qu'il appelle le mouvement local, c'est-à-dire le mouvement qui anime ces atomes. Et d'ailleurs, il est très curieux de voir que dans sa genèse, les atomes sont formés, sont d'abord cubiques, tournent autour du soleil, mais comme ils tournent autour d'eux-mêmes, c'est ce double mouvement qui rompt le côté cubique des atomes. Et ce sont, comment dire, les morceaux éclatés de ces atomes cubiques qui vont former d'autres figures géométriques et qui donneront donc les différences d'espèces, c'est-à-dire les différences des corps chimiques.

Cette explication mécaniste du monde est une révolution, mais pour les alchimistes et pour des scientifiques, elle ne donne pas une réponse satisfaisante à certains phénomènes de la nature. En Angleterre, Isaac Newton s'intéresse à la fois au mouvement des planètes et aux processus chimiques à l'intérieur de la matière. Il est convaincu que des forces, peut-être même une force, assure la cohérence de tout. Cette conviction vient de son attachement à une conception néoplatonicienne héritée de la Renaissance, mais aussi de son intérêt pour l'alchimie. Intérêt qu'on a longtemps caché au public. Newton apporte une façon de penser et des conceptualisations qui était étrangère pour une part à tout ce mouvement préscientifique de la Renaissance. C'est vrai que la notion de force a dû paraître mystérieuse pour ses contemporains. Cette notion est au centre de ses préoccupations. Elle va le conduire au principe de la gravitation qu'il définira par une formule mathématique. Mais l'intuition d'une gravitation, d'une attraction universelle vient aussi de sa pratique d'alchimiste. Car pour les alchimistes, l'esprit universel prend corps et agit dans la matière.

Il a monté son propre laboratoire. D'ailleurs, il décrit tous les matériaux qu'il a achetés et puis il commence à travailler. Et mais en fait, il, je pense qu'il a survolé tout ce qu'on pouvait faire en alchimie à l'époque. C'est-à-dire qu'il s'est lancé dans des fabrications de vitriols, des séparations salines à partir des atrattifs. Il a touché à tout, d'après les notes qu'il a laissées où il dit qu'il a certains matériaux dans le feu, où il décrit minutieusement le comportement des matériaux. Les lois mathématiques qui démontrent que le soleil est le point central autour duquel gravitent les planètes trouvent chez Newton leur correspondant dans la réalisation du régule. Les composés du régule gravitent eux aussi autour d'un point central selon un phénomène d'attraction, de magnétisme. C'est l'esprit universel. Newton a recopié le texte de la Table d'Émeraude et l'évocation de concordance et de force entre le bas et le haut confirme l'existence d'une force dans tout l'univers, à la fois mathématiquement définissable et pourtant encore magique.

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Il applique cette théorie de l'attraction à distance à ses travaux en chimie, expliquant ainsi les principes d'affinité des particules. Il est aussi persuadé du principe de l'unité de la matière et de la possibilité de transmutation d'un corps en un autre. C'est sur ce principe qu'il fonde sa théorie de la lumière. Il note le changement des corps en lumière et de la lumière en corps est tout à fait conforme au cours de la nature qui semble se complaire dans les transmutations. Newton avait dit que l'explication de la force gravitationnelle n'était pas celle des raisons de l'existence de cette force. Il a donné une loi explicative d'un mécanisme, en sachant qu'il évacuait l'aspect philosophique de la connaissance de la nature.

Ainsi, la science contemporaine émerge bien de pratiques de conception appartenant à la magie naturelle et aux approches expérimentales menées par les alchimistes du XVIIe siècle. Le fait qu'une partie des travaux alchimiques de Newton a été cachée à sa mort et longtemps occultée pose la question des raisons pour lesquelles la science a voulu alors ne présenter que la face rationnelle et positiviste de sa démarche.

À la philosophie de la nature succède la science de la nature. À partir du XVIIIe siècle, les dernières conceptions qui fondaient la pensée alchimique sont récusées. Une nouvelle discipline, la chimie, s'impose peu à peu. Elle a des objectifs différents de ceux de l'alchimie et renonce au rêve de la transmutation. On identifie de nouveaux gaz, on développe une chimie analytique, on étudie la combustion des métaux dans une optique opérationnelle. On ouvre la voie à l'industrialisation du XIXe siècle.

La rupture entre alchimie et chimie est consommée lorsque Lavoisier déduit la présence d'oxygène et d'azote dans l'air. Quand nous disons Lavoisier finit de détruire l'édifice aristotélicien, avec d'ailleurs qui décompose l'eau peu avant en Angleterre dans les années 1780. Non, il détruit l'édifice aristotélicien pour ceux qui étaient tenants de l'aristotélisme en donnant le sens commun. Mais pour l'alchimiste, il ne détruisait rien du tout. Pour l'alchimie, encore une fois, le feu ne brûle pas. Il ne brûle pas dans le sens actuel du terme. L'eau ne mouille pas les mains. Donc, nous n'avons pas affaire à des éléments matériels, aux matériaux constitutifs de l'eau, de l'air, et cetera, tels que nous les voyons. Nous avons affaire à des principes.

Si l'alchimie disparaît du devant de la scène, c'était pour émerger à nouveau dans la littérature et la philosophie. En Allemagne, Goethe s'adonne à l'alchimie et avec son Faust, s'interroge sur les dangers qu'il y a à vouloir dominer la nature. L'homme veut se substituer à Dieu, mais il perd l'âme de la nature. Son personnage, tenté par l'alchimie, ne peut plus en comprendre le sens et la science ne répond pas à ses interrogations. Dans son laboratoire d'alchimie, suivant en cela les préceptes de Paracelse, l'assistant de Faust réussit à créer un être humain dans une cornue. L'être dans cette cornue reste encore animé d'un esprit, d'une âme. L'homme est capable de reproduire un double de lui-même. Le danger serait de créer un être fait uniquement de matière. Ce serait jouer à l'apprenti sorcier et un jour voir sa créature se retourner contre son créateur et contre l'humanité. On connaît tous la phrase célèbre : "Science sans conscience n'est que ruine de l'homme." Pourquoi ? Bien, c'est aussi l'histoire de Faust. C'est l'histoire d'une connaissance qui, n'étant plus bridée par une morale, n'étant plus [ __ ] par une éthique, n'étant plus intégrée dans la totalité de l'homme, bien elle risque de lui échapper.

Si l'alchimie ne consistait qu'à retrouver des formules à travers des grimoires et avoir l'habilité nécessaire et suffisante pour reproduire les opérations du grand œuvre, je vous le dis tout de suite, l'alchimie n'offrirait plus aucun secret. Ce ne serait que simplement une physique ou une chimie particulière. Et il y a fort à parier que nos chimistes auraient retrouvé le secret du grand œuvre, c'est-à-dire de la transmutation des métaux, puisque l'on veut parler en ce sens depuis fort longtemps. Donc, il y a bien quelque chose de différent, c'est-à-dire un facteur qui va s'inclure à un moment donné dans cette recherche. Et ce facteur, et bien, il est évident parce qu'il est marqué pratiquement dans tous les beaux traités d'alchimie. Ce facteur, c'est un facteur moral, c'est un facteur éthique. Cette éthique mettant en avant la relation de l'homme à la nature devient un enjeu dont les romantiques allemands se font les porte-parole.

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À la même époque, les hauts fourneaux des usines sidérurgiques deviennent les creusets d'où jaillissent le fer et l'acier, ce nouvel or des sociétés industrielles. L'étude de la matière connaît alors de remarquables progrès. Éléments, force et atomes sont explorés et classés. Ayant rejeté le principe de la transmutation, la chimie n'étudie que la combinaison des corps jusqu'au jour où, au début du XXe siècle, dans le domaine de la physique et des atomes, Pierre et Marie Curie vont mettre le monde scientifique devant l'évidence d'une force qui semble bien magique : la radioactivité. Le principe de la transmutation se révèle un phénomène bien réel pour les scientifiques. Phénomène naturel que les physiciens du nucléaire réussiront, dans leurs accélérateurs de particules, en quantité infinitésimale et radioactive, il transmute du plomb en or. La transmutation des atomes est le principe même de la bombe atomique.

Quand on dit qu'un noyau nucléaire quelconque, d'un atome quelconque, explose et libère tant d'énergie ou qu'il faille projeter contre ce même noyau un neutron doté d'une telle énergie, on dit quoi ? On a mesuré effectivement, et d'une manière extrêmement complexe, les quantités de force qu'il fallait mettre en jeu pour obtenir tel effet. Mais on ne donne pas le pourquoi de la force, et je ne le reproche pas parce que ce n'est pas l'objet de la science, encore une fois, c'est l'objet de la métaphysique.

En fondant le savoir sur des modèles mathématiques, la science a ouvert une voie de la compréhension des lois de la nature. Elle cherche elle aussi à comprendre les forces, les nombres qui organisent le monde de l'infiniment petit à l'infiniment grand. À sa manière, elle poursuit une quête de la pureté, cherchant dans le désordre des phénomènes l'ordre et l'harmonie de l'univers. Avec toujours cette volonté de comprendre l'origine, le chaos. En cela, elle s'est substituée à l'alchimie. Mais en laissant de côté une partie de l'homme, sa part d'irrationnel, son imaginaire, elle a éradiqué sa lecture et son interprétation symbolique du monde.

L'alchimiste avance sur la voie qu'il s'est choisie. En interrogeant la nature et les forces qui l'animent, c'est lui-même qu'il interroge. Nous sommes tous des poussières d'étoiles. Ces étoiles véritables creusets alchimiques qui nourrissent l'univers au gré des morts et des renaissances du cosmos. Elles ont répandu et répandent encore leurs métaux et leurs semences. Elles sont la matière dont nous sommes constitués. Et l'alchimiste, avec son feu, retrouve une étoile symbolique à la fois matière et esprit. Elle est lui, elle est l'univers, elle est vivante.

[Musique]

J.

[Applaudissements]

[Applaudissements]

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