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Tu es égoïste (et c'est pas si mal)

CroustiJu8:16

Transcription

Nous sommes tous égoïstes. La phrase est provoquante, et je commence assez fort, mais je vous assure que vous comprendrez mieux ce que je veux dire à la fin de cette vidéo. Toi, moi, et tous les autres, nous avons effectué chacune de nos actions par égoïsme.

Alors, juste avant, j’aimerais préciser que je n’ai pas forcément raison. J’expose juste mon point de vue et ma réflexion sur le sujet, et vous avez tout à fait le droit de ne pas être d’accord avec moi, et c’est même encore plus intéressant si c’est le cas. Comme ça, on peut avoir plein de débats différents dans les commentaires et réfléchir ensemble.

Tout d’abord, on va définir le terme, qu’on parle tous de la même chose. L’égoïsme, c’est un attachement excessif à soi-même qui fait que l’on recherche exclusivement son plaisir et son intérêt personnel. Plus simplement, c’est quand on pense surtout à soi et à son plaisir sans vraiment prendre en compte les besoins ou les désirs des autres. Pour l’instant, ça paraît impossible que la phrase que j’ai affirmée il y a 40 secondes soit vraie, mais pour mieux me comprendre, on va jouer à un jeu. Je vais vous donner trois situations, et vous allez devoir me dire si la personne est égoïste ou pas.

Pour la première, on a Lucas qui marche dans la rue et qui voit un billet de 20 € tombé de la poche d’un passant pressé. Il le ramasse et se dit que c’est son jour de chance et que l’homme ne s’en rendra jamais compte. Lucas est-il égoïste ? Je pense qu’on est assez tous d’accord pour dire que oui, mais on va continuer avec les deux autres, et vous allez devoir encore une fois juger leurs actions.

Maintenant, Camille, submergée par ses devoirs, qui reçoit un appel de son ami paniqué car elle a besoin d’aide pour son projet, mais Camille refuse, expliquant qu’elle n’a pas le temps car elle est complètement submergée par son travail. Elle se sent coupable après avoir refusé, regrettant de ne pas avoir aidé son ami.

Et en dernier, on a Sophie, une femme assez aisée qui, touchée par un reportage sur des réfugiés, décide de faire un don important à une association. Ce geste la réconforte et lui donne l’impression d’avoir agi pour une bonne cause. Malheureusement, je ne peux pas entendre tout de suite vos avis, mais je pense que vous avez, pour la grande majorité, cité au moins une personne qui n’a pas agi égoïstement, surtout pour la dernière, car on ne va pas se mentir, c’est difficile de lui donner ce titre. Et pourtant, Sophie qui a fait un don, pourquoi elle le fait ? Évidemment, pour apporter son aide à d’autres personnes, mais moi, je vous dirais qu’elle fait ça car ce geste la réconforte et lui donne l’impression d’avoir agi pour la bonne cause.

Si on regarde bien, absolument toutes les actions qualifiées de généreuses se cachent derrière une forme d’égoïsme. Il y a une phrase qu’on entend souvent et qui illustre bien cette idée : c’est « ça me fait plaisir de faire plaisir ». On appelle ça une motivation oblative : c’est quand on agit pour le bien des autres mais avec un intérêt personnel derrière. On aide ou on fait plaisir à quelqu’un parce que cela nous procure à nous-même une forme de satisfaction, de bonheur ou de réconfort. Et d’après moi, toutes les actions qui semblent altruistes ont cette dimension oblative, car elles répondent à notre propre besoin de se sentir bien ou utile.

Regardez, pour les deux premières situations qu’on a vues avant, on va essayer d’enlever leur trait égoïste et de les rendre les plus gentils possibles. Lucas marche dans la rue lorsqu’il aperçoit un billet de 20 € tombé de la poche d’un passant pressé. Il se baisse immédiatement pour le ramasser, accélère le pas et rattrape la personne. Une fois arrivé à sa hauteur, il lui tend le billet avant de reprendre sa route, le cœur léger, satisfait d’avoir aidé sans rien attendre en retour. Camille est débordée par ses devoirs, mais lorsque son ami est paniqué et la sollicite pour l’aider sur un projet important, elle met de côté ses propres priorités. Malgré la fatigue et son travail en retard, elle passe la soirée à épauler son ami, convaincue que son aide est plus précieuse que son propre confort à cet instant même.

De ce point de vue, on voit toujours un intérêt personnel qui se cache, et c’est assez triste comme raisonnement, mais malheureusement, à ce jour, je n’ai toujours pas trouvé de contre-exemple, une situation qui ferait nous dire qu’il n’y a pas d’égoïsme. Si vous en avez une en tête, n’hésitez pas à m’en faire part juste en dessous. Pareil pour l’histoire de Sophie et de son don. Si on change l’histoire et qu’on imagine qu’elle est dans le besoin et qu’elle a peu d’argent, son aide financière aux personnes démunies paraît encore plus honorable, mais pourtant, la motivation derrière reste d’une certaine façon personnelle.

Mais alors, est-ce que l’égoïsme est forcément une mauvaise chose ? Est-ce que le simple fait qu’il existe un intérêt personnel derrière un acte le rend moins beau ? Pas nécessairement. En réalité, l’égoïsme peut être un moteur puissant capable de pousser les individus à accomplir des choses incroyables, même parfois pour le bien de tous. Prenons l’exemple de l’entrepreneur. Lorsqu’il crée son entreprise, il agit avant tout dans son propre intérêt, pour gagner sa vie, atteindre ses objectifs ou réaliser ses rêves. Pourtant, ce même acte égoïste peut indirectement avoir des répercussions positives sur la société. Il crée des emplois, propose des produits ou services utiles et contribue à l’amélioration du bien collectif.

Cette idée, c’est exactement celle du philosophe économiste Adam Smith qui a décrit avec sa théorie de la main invisible. Pour Smith, chaque individu, en poursuivant ses propres intérêts, contribue parfois, sans le vouloir, au bien commun. Il illustre sa réflexion avec des exemples économiques simples. Imaginez des artisans qui construisent une maison : le carreleur et l’électricien travaillent pour leur profit, pourtant leur égoïsme alimente le bonheur de la personne qui habitera le lieu. Pareil pour le domaine de la technologie : les entreprises ne cherchent pas à rendre service par altruisme, mais à maximiser leurs bénéfices. Cependant, cette compétition les pousse à innover et à produire des outils de plus en plus performants, comme les smartphones dont nous bénéficions tous. L’égoïsme en économie, souvent perçu comme négatif, peut engendrer des résultats positifs pour la société, et c’est ça la théorie de la main invisible : la recherche des intérêts particuliers aboutit à l’intérêt général.

En gros, l’égoïsme des gens agit comme une main visible qui vient répandre le bien. Évidemment, cette main n’est pas une justification de tous les comportements égoïstes, car certains sont profondément mauvais. Cette théorie est plus une reconnaissance de leur complexité. Et si on élargissait ce concept au-delà de l’économie ? Même dans nos interactions personnelles, nos actes, bien qu’à la base d’un égoïsme, peuvent participer au bien commun. Offrir un cadeau, faire un compliment ou tendre la main à quelqu’un, tous ces gestes, si nobles soient-ils, comportent souvent une part d’intérêt personnel. Nous les accomplissons pour ressentir un certain plaisir ou pour éviter la culpabilité. Pourtant, cela ne diminue en rien leur impact positif.

Ça serait trop simple de réduire l’égoïsme à un simple concept uniquement négatif. Il n’est ni bien ni mal. Il ne faut surtout pas en faire son apologie, mais plutôt le reconnaître comme un moteur de décision ou comme un mécanisme qui pousse à avancer et parfois à contribuer à quelque chose de plus grand que nous. Et si nous nous changions notre regard sur l’égoïsme ? Au lieu de le condamner, acceptons-le comme une part essentielle de notre humanité. Après tout, ce besoin de trouver du plaisir, cette recherche de sens ou de reconnaissance, n’est-ce pas ce qui nous pousse à créer, à partager et même à avancer ensemble ?

Peut-être que si on devenait de meilleures personnes, on pourrait transformer cet égoïsme en quelque chose de plus noble. Et si la recherche de notre intérêt personnel était une manière de nourrir le bien-être autour de nous ? Essayons d’être la plus belle version de nous-mêmes pour influencer notre entourage vers le positif, et égoïstement, être le plus heureux et épanoui possible. Chaque geste, qu’il soit inspiré par une quête personnelle ou par la gentillesse, peut illuminer la vie de quelqu’un d’autre. Et si penser à soi est souvent notre point de départ, ça peut aussi devenir un élan vers le partage et la générosité. Offrons au monde ce que nous avons de meilleur. Soyons ouverts, bienveillants, généreux et surtout, égoïstes. J’appelle ça la théorie du bien invisible. [Musique] [Musique] [Musique]