Transcription
Bon, on a un souci. On dirait bien que plus personne n'a confiance dans les médias. Bah, tu m'étonnes aussi. Tu as vu leur état entre les milliardaires qui possèdent quasiment toute la presse, les Cyril Anouna, Pascal Pro ou encore Éric Zemour qui racontent n'importe quoi sans aucun contrôle et au point d'en devenir millionnaire en plus, hein ? Ouais.
Alors, à ce compte-là, le service public n'a pas à rougir. Tu savais qu'apparemment Elus CS serait payé 25 000 € par mois ? Quelle indignité. Nous sommes sur le service public. Oui. Bon, de toute façon, les médias, ils servent plus à informer. On sait bien qu'ils passent leur temps à cirer les pompes du pouvoir. Ah oui. Alors ça et ça d'à l'Élysée, ça déjeune. Et la nouvelle ministre des sports et la nièce d'une des journalistes politiques les plus influentes des médias. Là, on va suivre ça. C'est vraiment l'image, ouh là là, ou la glisse. GL, ça commence mal. Est-ce qu'on peut encore parler de journalisme ? En fait, on se le demande. Du journalisme ? Ah, mais moi, je pensais que le but des médias, c'était juste de faire des affaires. Je pense que quand on est un média comme le nôtre, de base, de toute façon, on n'a pas le réflexe de se dire "On va demander des subventions" parce qu'encore une fois, je veux faire une entreprise qui soit pérenne, une entreprise qui soit également valorisée. C'est quelque chose qui est important, ce n'est pas une association. Ah oui, non, mais si c'est ça ta vision des médias aussi. Frontières médias d'extrême droite qui fait plein de désinformations. C'est sûr que la rigueur journalistique, ce n'est pas leur truc, mais au moins ils sont au clair sur leur business model, hein. Vous avez investi ces jeunes femmes, madame. Bl, oh blambec. Écoute un peu de do. Savoir ce qu'a un blanch, c'est toi un blan bec, c'est-à-dire un mec qui parle sans savoir, qui n'a rien, qui n'a pas de culture, c'est vide. Vous mettez le mot blanc dans cette insulte, enseignant, je n'ai pas de culture parce que pour les personnes victimes de racisme, blanche, je pense que c'est bien développé. Toi, tu voudrais vraiment des médias qui fassent du journalisme ? Bah ouais, puis qu'ils soient indépendants, euh, genre, imagine si les journalistes pouvaient informer sans pression des actionnaires ni des politiques. Mais non, mais ça, c'est c'est comme l'argent magique, ça existe pas. Je vous le dis, c'est avec beaucoup de clarté, il n'y a pas d'argent magique et qu'à partir du moment où l'État donne 211 milliards d'argent publics à des entreprises, elle a quand même vocation à les réguler parce qu'à la fin, les moyens, c'est vous qui les payez aussi. Vous savez, il n'y a pas d'argent magique.
Bon, quand on regarde les chiffres de la crédibilité des médias en France, selon les types de médias, et ben, c'est en légère baisse, mais on est très loin de l'effondrement. Par contre, ce n'est pas non plus une confiance à toute épreuve. Dans la dernière version de ce baromètre, tu as plus de 31 % des interrogés qui disent qu'on peut avoir confiance dans ce que disent les médias, et 61 % qui disent le contraire. En fait, ce que montre l'étude, c'est que la confiance dans les médias en général, en tant qu'institution, elle diminue. En gros, les gens ont confiance dans leur média, eux, celui qu'ils ont l'habitude de lire, mais de moins en moins dans tous les autres. Et d'après le Digital News Report de Reuters, qui analyse la manière dont l'information est consommée dans le monde entier, le score de la population française en terme de confiance dans les médias est parmi les plus bas du monde. Concernant l'affirmation suivante : "Je pense que je peux globalement faire confiance aux informations que je veux passer dans les médias ou sur les réseaux sociaux." Seul 30 % des Français répondent oui, contre 67 % des Finlandais ou 45 % des Allemands. À noter quand même que la confiance dans le service public est largement au-dessus de la plupart des médias privés. 58 % de confiance dans les infos entendues sur France Télévision, contre 40 % pour celles entendues sur BFM, C News ou encore Le Parisien. Mais bon, ça, c'est une tendance qu'on retrouve dans tous les pays qui ont des médias de service public. Ce n'est pas spécifique à la France. Donc, on va y aller le plus méthodiquement possible. En France, la défiance vis-à-vis de l'institution médiatique, elle augmente et on est plus méfiant que nos voisins. OK.
Bon, et alors, est-ce que c'est réellement un problème ? Pour le savoir, il faut répondre à une première question : à quoi servent les médias ? Alors, ça peut vous paraître évident, mais vous allez voir que ce n'est pas mal de faire un petit rappel. Dans nos démocraties occidentales, on a tendance à dire que les médias correspondent à un 4e pouvoir qui vient contrôler le pouvoir législatif, écrire la loi, les députés et les sénateurs, le pouvoir exécutif, la faire exécuter, le gouvernement, et le pouvoir judiciaire, vérifier que la loi est correctement appliquée, donc les juges et les tribunaux. Parce que le citoyen lambda, il n'est ni sénateur, ni député, ni ministre, ni juge. Il ne sait pas bien si les trois pouvoirs sont bien séparés, s'ils font bien leur boulot, comme c'est marqué dans la Constitution et dans les textes de loi. Et donc, justement, pour savoir si les organes démocratiques sont corrompus ou non, il y a besoin d'un 4e pouvoir pour l'informer. Autrement dit, sans médias indépendants, indépendants des trois pouvoirs qu'on vient de citer, nos démocraties ne peuvent pas fonctionner correctement. Les citoyens, n'étant pas informés, ils ne peuvent pas exprimer leurs droits, voter, militer, manifester en connaissance de cause, et nos dirigeants se retrouvent libres de faire n'importe quoi. Mais ce n'est pas juste une théorie. On a des exemples concrets. Une étude américaine de 2020 a montré que la disparition des journaux locaux a eu des effets sur les finances publiques des territoires. Je cite : "Nos résultats montrent que les journaux locaux rendent leur gouvernement responsable de leurs actes, ce qui permet de maintenir les coûts d'emprunt des municipalités à un niveau bas et au final d'économiser de l'argent aux contribuables locaux." Pour prendre un exemple récent, sans médias pour nous dire qu'un élu organise des dîners à 100 000 € pour ses amis avec les tunes de la région, bah, qu'est-ce qui nous garantit que ça ne se reproduise pas ? Le champagne, ça ne donne pas mal à la tête, donc je n'en prends pas. Mais là, vous dites sûrement qu'il manque un pouvoir dans ce qu'on vient d'évoquer, celui de l'argent. Les médias ne devraient-ils pas également être indépendants du pouvoir économique des milliardaires ? Parce que OK, il faut surveiller les juges et les politiques, mais est-ce qu'il ne faut pas aussi surveiller les entreprises et les grands patrons ? On commence à la connaître, la petite carte du monde diplomatique de quel média est possédé par qui, avec les incontournables Bernard Arnaud, la famille d'Assao, Vincent Bolloré, Daniel Kettinski, Xavier Niel ou encore Rodolphe Saadé. Et on sait bien que le but de ces milliardaires n'est pas toujours le profit. Il y a aussi bien sûr des enjeux de pouvoir. Les grands actionnaires de ce monde possèdent des empires industriels qui sont soumis à des lois votées par des politiques et qui parfois aussi bénéficient de contrats publics, ici encore décidés par des politiques. Donc, quand on est un milliardaire, une bonne méthode pour arriver à ses fins, c'est de posséder un ou plusieurs médias qui participent à façonner l'opinion publique. C'est un excellent levier pour faire pression sur les politiques. En tout cas, on ne lance plus ou on ne possède plus un média pour devenir riche. Une note d'information sur vie publique indique que près de 80 % des médias affichent une marge inférieure à 6 % et une majorité d'entre eux, 56 %, sont déficitaires. Les chaînes d'information en continu telles que BFM TV, LCI ou C News ont des résultats d'exploitation déficitaires. Si des médias peuvent exister malgré leur déficit, c'est bien la preuve qu'ils ont une autre utilité que la rentabilité directe, celle d'être un département de communication. Si on pense la famille d'Assao comme une entreprise, ces médias, Le Figaro ou Gala, sont d'excellents départements de communication pour donner une belle image. Mais la puissance de communication d'un média ne sert pas que les intérêts économiques des milliardaires. Ça peut aussi servir leur vision idéologique. Ici, on pense à Vincent Bolloré qui nous mide la religion sur C News ou encore à Pierre Edouard Sterrain avec son projet Périclès. Sur les sujets d'évangélisation, là encore, je pense qu'il y a énormément d'actions extrêmement concrètes qu'on peut tous réaliser en allant voir nos voisins ou en développant des actions plus importantes dans le secteur des médias ou autres afin de de partager la bonne parole. Le le combat n'est pas évident, notamment dans le secteur médiatique, évidemment, puisque comme une grande partie des médias sont grand-trainés par par le camp du mal. Donc, on récapitule, on a besoin de médias pour surveiller le pouvoir, que ce soit les trois pouvoirs classiques : législatif, exécutif, judiciaire, mais aussi le pouvoir économique. Mais forcément, pour que ça marche, il ne faut pas que les médias soient sous le contrôle d'un de ces pouvoirs. Dit autrement, il faut que les médias soient indépendants. Et c'est bien ça qu'il faut entendre par médias indépendants. Indépendants de qui ? De la pression d'un politique, d'un juge ou d'un gros réjoui quelconque. D'où la question à laquelle on va essayer de répondre maintenant : comment on fait pour que les médias soient le plus indépendants possible ?
Attends, attends, attends. Moi, je pense à une autre raison qui pousse vers la défiance des médias. Là. Ah bon ? Laquelle ? Bah, le wokesme, l'islamogauchisme, la bien-pensance bisounoursienne, soi-disant progressiste, typique du service public et de cette petite caste de boubourgeois journalistes du 11e arrondissement de Paris. De quoi tu parles ? Et ben oui, moi, c'est ça qui me saoule avec les médias et les journalistes, tu vois. Alors ils sont là, payés 5000 € par mois, tout ça à Paris, il y en a pas un qui met les mains dans le cambouis, hein, et gag gag gag gag. On ne peut pas dire ce qu'on veut et notre actionnaire, il n'est pas gentil. Et bah oui, bah nous aussi les actionnaires, ils nous embêtent, hein, et puis on n'en fait pas tout un plat, et puis on ne gagne pas 5000 € par mois, nous. Mais Marinou, toi aussi, tu es journaliste, tu sais bien que tu ne gagnes pas 5000 balles par mois. Ouais, mais ce n'est pas moi qui pense ça, en fait. Mais j'ai des amis qui pensent ça, par contre. Ah oui. Ah oui, oui, c'est vrai que moi aussi, c'est un préjugé assez répandu. Alors, faisons un petit point. Les journalistes sont-ils des bobos parisiens surpayés ? Sur les 35 000 journalistes français détenteurs d'une carte de presse, 19 000 sont en région parisienne et la moitié sont en banlieue. Voilà, parce qu'en fait, vivre à Paris intramuros, ça coûte cher. Première indication que le cliché du journaliste super bien payé, bah, ça concerne pas la majorité. Exactement. Et puis, donc, on voit qu'il y a quand même 16 000 journalistes qui ne sont pas en région parisienne. Donc, oui, la région parisienne est surreprésentée, il y a certainement un souci de ce côté-là, mais non, les journalistes ne sont pas tous dans le 11e. Ensuite, pour les revenus, la médiane est à 4000 € brut pour les CDI et 2100 € pour les CDD épigistes. Les pigistes, ce sont des journalistes payés à l'article. Sachant que le gros de la différence vient de l'âge. Plus de 50 % des CDD épigistes ont moins de 35 ans, tandis que pour les CDI, ils sont plus de 50 % à avoir plus de 45 ans. Et la tendance est à la précarisation du métier de journaliste, avec de plus en plus de pigistes et de CDD. Je cite Jean-Marie Charon, sociologue et auteur d'une enquête de 2023 sur les conditions de travail des jeunes journalistes : "Les rémunérations sont basses, voire très basses. Nombreux sont ceux qui sont au SMIC ou nettement en dessous. Les rentrées d'argent peuvent être irrégulières, aléatoires, avec des retards dans les versements. Pour nombre de jeunes journalistes, la précarité débouche sur la galère. Les revenus trop faibles contraignent à vivre au jour le jour avec un stress omniprésent." Si ce métier n'est évidemment pas le pire qui soit, il n'empêche qu'on est loin des 5000 € par mois dans le 11e pour tout le monde. Et évidemment, il y a des exceptions. Elise Lu s'en sort très bien. Pascal Pro aussi, mais les très hauts revenus concernent une très faible minorité de profils. Et le sujet aujourd'hui, ben, c'est pas les inégalités. Et non, c'est de trouver comment avoir une presse indépendante pour que nos démocraties fonctionnent correctement. Et pour ce qui est de l'accusation de bien-pensance, d'idéologie ou même de déconnexion avec la réalité de certains journalistes, là, il faut prendre le temps de bien poser le problème. Si on regarde l'origine sociale des journalistes qui sortent d'une école de journalisme, on voit bien que les enfants de cadres, ils sont surreprésentés. Oui, parce que pour info, les cadres représentent 25 % de la population active. Donc, il y a un vrai sujet ici. Les journalistes, de par leurs origines sociales, ne sont pas représentatifs de la population française. Maintenant, est-ce que ça veut dire que ça biaise leurs jugements et leurs enquêtes ? Alors, c'est sûr que ça biaise, mais attention à ne pas non plus chercher une neutralité qui n'existe pas, parce que c'est important de comprendre qu'aucun journaliste, ni aucune personne dans ce monde, ne peut être neutre. En revanche, on peut lui demander d'être de bonne foi. Il est temps pour nous de vous parler du manuel, que dis-je, de la Bible des journalistes, la Charte de déontologie de Munich. C'est une charte signée en 1971 par la Fédération européenne des journalistes, aussi appelée Déclaration des devoirs et des droits des journalistes. Et que nous dit cette charte au sujet de la neutralité ? Et ben, rien. Nulle part. Il y a les questions de neutralité ou de pluralisme. Un média peut tout à fait avoir une ligne éditoriale qui peut tout à fait inclure le pluralisme ou non. Et les journalistes en sont, ça ont forcément des opinions politiques. La neutralité n'a pas trop de sens de ce point de vue-là. Par contre, le devoir numéro 1, cité dans cette charte de Munich, c'est "respecter la vérité quel qu'en puissent être les conséquences pour lui-même et ce en raison du droit que le public a de connaître la vérité." S'il est tout à fait acceptable que des opinions soient exprimées de manière plus ou moins explicite, elles doivent toujours reposer sur des faits et ne jamais volontairement en écarter certains autres qui seraient dérangeants pour l'idéologie personnelle du journaliste. Par exemple, prenez Pascal Pro et le réchauffement climatique. Il est là, le réchauffement climatique. - 3° ce matin dans les Yvelines. À Brest, on a relevé une température de - 0,2°. Bon, ben là, Pascal, à moins d'être complètement incompétent, il est d'une mauvaise foi totale. Le réchauffement climatique n'empêche en rien qu'il puisse faire froid. C'est juste que les journées chaudes au-dessus des normales de saison sont plus nombreuses par rapport aux journées froides en dessous des normales de saison. Une simple recherche Google permet d'avoir l'info. En moquant le soi-disant réchauffement climatique à partir d'un exemple pareil, Pascal Pro ne respecte pas la vérité. Il écarte les faits qui ne l'arrangent pas en confondant météo et climat. Bon, on va revenir à cette charte de Munich, ne vous en faites pas. Mais pour l'instant, ce qu'il faut retenir, c'est que le nerf de la guerre pour avoir des médias de bonne qualité, c'est que les journalistes puissent traiter leur sujet en toute bonne foi. C'est-à-dire, non pas en étant neutre, il y aura toujours un biais d'opinion, mais au moins en respectant la vérité de ce qui est.
Bon, mais le journaliste, il bosse dans une rédaction et une rédaction, c'est un modèle hiérarchique pyramidal. Pour publier quoi que ce soit, il faut l'accord du directeur de publication. Sauf que quand ce directeur a été nommé et peut être remplacé à tout moment par l'actionnaire, et ben, ça peut être compliqué d'aborder certains sujets. Ça ne devrait même pas être un coup d'État de critiquer ton patron sur ta chaîne. Ça ne devrait même pas être bien. Moi, je ne crache pas dans la main qui me nourrit là. Il dit tout ce qui est souvent vrai tout bas. Les médias sont des entreprises comme les autres. Il y a bien quelques règles à respecter pour être éligible au statut de média qui donne droit aux aides à la presse. On va en reparler. Mais ce statut n'est aucunement lié à une forme juridique particulière qui donnerait plus de pouvoir aux journalistes qui sont en bas de la pyramide hiérarchique par rapport aux actionnaires qui sont en haut. Comme l'explique Julia Caget, spécialiste de l'économie des médias, et Benoît UT, avocat au barreau de Paris, dans leur livre "L'information est un bien public" : "La plupart des médias français, qu'il relève de la presse écrite ou de l'audiovisuel, sont détenus et administrés par des sociétés commerciales, principalement des sociétés anonymes, des sociétés à responsabilité limitée et des sociétés par action simplifiée. Ces formes sociales ont été adoptées à la fois par la très grande majorité des journaux, Le Monde, Le Figaro, La Provence, Sud-Ouest, et cetera, et également par les principales radios et chaînes de télévision, TF1, M6, Canal Plus, Europin, RTL, et cetera." On dit que les médias sont aujourd'hui un 4e pouvoir et vous dites que l'information, donc, est un bien public et que les entreprises privées des médias ne doivent pas être des entreprises comme les autres. Comment devraient-elles être ? Elles devraient avoir une gouvernance qui est différente. Euh, notamment, elle devrait avoir une gouvernance qui euh qui garantit l'indépendance des médias. Ici, il y a deux enjeux qui s'entremêlent : gouvernance et modèle économique. D'abord, la gouvernance d'un média, donc la manière dont les décisions sont prises, est liée à sa forme juridique : SA, SAS, SARL, Scop, SIC, et cetera. Mais également, les décisions sont contraintes par le modèle économique, c'est-à-dire par la nécessité de rentrer dans ses frais. Il faut bien gagner de l'argent pour payer les salaires. On va le prendre par l'angle du modèle économique et vous allez comprendre. Mettons qu'on lance un média, comment on s'y prend ? Première option : puisqu'il a besoin d'argent pour payer les journalistes, il suffit de faire payer les lecteurs. On pourrait imaginer des journalistes actionnaires à égalité de leurs médias, comme ça, ils ont tous leur mot à dire dans la gouvernance. Et pour le financement quotidien, les salaires, tout ça, et ben, l'argent vient des abonnements. Sauf que s'il est vrai que après l'ère du tout gratuit dans les années 2000, les journaux payants sont en train de revenir à la mode, on peut penser aux Échos, Le Parisien, Le Monde, Alternatives Économiques, Mediapart, Libération. En vrai, à l'exception d'Alternatives Économiques, du Monde ou encore de Mediapart, tous ou presque sont sous le contrôle de riches actionnaires. Alternatives Économiques est une SCOP, donc une entreprise non commerciale. Le pouvoir n'est pas entre les mains des actionnaires, mais entre celles des employés. Et pour Le Monde et Mediapart, ce sont des SAS détenus par un fonds de dotation. Donc, bon, c'est vrai que c'est un peu technique et puis les montages ne sont pas exactement les mêmes entre les deux, mais voilà, je pense que en 20 minutes, j'arrive à vous expliquer comment ça marche. Alors, en vrai, non, t'inquiète, t'inquiète. Je pense que pas la peine. Peu importe les détails, l'idée, c'est qu'ils ont réussi à créer une structure juridique qui protège leurs médias des rachats. Voilà. Donc, pas possible pour un gros richou de les racheter et de [ __ ] le bordel. De malgré le fait que ce soient des SAS, donc des sociétés commerciales, les actionnaires ont voté des statuts qui mettent les journalistes au centre des décisions. Donc, les actionnaires ont volontairement accepté de se séparer de leur pouvoir de décision. Et enfin, trois, les deux journaux n'ont pas pour but d'enrichir leur actionnaire. S'il y a des bénéfices, soit c'est réinvesti dans le journal, soit ça alimente un fonds de dotation qui doit redistribuer les sous d'une manière ou d'une autre. Ici encore, les actionnaires ont dû signer des papiers pour renoncer à leurs droits à s'enrichir. Mais donc, pour réussir tout ça, pour mettre les journalistes au centre des décisions, Mediapart, Le Monde et Alternatives Économiques ont choisi d'être payants. Et le souci, c'est que pour être le 4e pilier de la démocratie, la presse libre doit aussi être accessible au plus grand nombre. Sauf que pour Altero et MéiaPart, l'abonnement coûte 12 € par mois. Tout le monde ne peut pas se le permettre. Donc, avoir un média payant, c'est une première idée pour avoir un modèle économique pérenne qui permet ensuite de se poser la question de la gouvernance et d'avoir peut-être un média indépendant, mais ça pose le problème de l'accessibilité. Si au contraire, on veut offrir une information gratuite ou en tout cas beaucoup moins chère pour tous nos lecteurs, comment est-ce qu'on peut faire ? Et ben, la pub. D'ailleurs, cette vidéo est sponsorisée par... où j'ai oublié le nom du sponsor, mais je crois qu'on n'a pas de sponsor. Comment ça, on n'a pas de sponsor ? Valentin, on n'a pas de sponsor. Bah non, mais comment on paye nos apparts dans le 11e après nous ? Bon, ben voilà, on va déménager en banlieue là, dans le 94, vers Montpellier ou je sais pas quoi, et puis on va devenir pauvre, et puis et puis voilà, et puis b on reprend la vidéo. Historiquement, si la presse papier a pris l'ampleur qu'on lui connaît aujourd'hui, c'est parce que bah, ils avaient des sponsors, eux. Pendant très longtemps, et c'est encore un modèle aujourd'hui, les journaux ne coûtaient que quelques centimes grâce à la pub. Sauf qu'aujourd'hui, on a deux soucis avec elle. Premièrement, les revenus publicitaires des journaux sont en baisse structurelle depuis des décennies. C'est une question d'offre, hein. Avant la radio, la télé, surtout avant internet, les journaux avaient un peu le monopole de la pub. Mais aujourd'hui, les emplacements publicitaires sont partout et les plateformes et réseaux sociaux captent une partie de plus en plus importante des budgets pub au détriment donc des médias. Pour se rendre compte du désastre industriel que ça cause, il faut regarder ces courbes. Les recettes publicitaires des journaux ont été divisées par plus de 6 aux États-Unis et autour de trois en France entre 1990 et la fin des années 2010. Le deuxième problème, c'est bien sûr l'enjeu de l'indépendance d'un média vis-à-vis des marques dont il fait la pub. Le rôle d'un média, c'est de vous informer, peut-être justement sur la réalité des produits que vous consommez. Réalité qu'une publicité n'est absolument pas conçue pour dévoiler. Par exemple, imaginez un média qui voudrait sortir un article critique à l'égard de la demande de nationalité belge de Bernard Arnaud pour payer moins d'impôts. Mais dans ce média, une grosse partie des revenus publicitaires proviennent de LVMH. À la boulette. Libération avait tenté le coup en 2012 avec cette une "Casse-toi Richcon" qui n'avait évidemment pas plu à l'intéressé, patron de LVMH donc, et qui avait ordonné le retrait des annonces des marques qu'il contrôlait chez Libération. Ça a quand même coûté 700 000 € au journal. Alors certes, Libération l'a fait, on peut les féliciter, mais est-ce que justement ça ne les a pas découragés de recommencer ? Est-ce qu'ils n'ont pas appris la leçon ? Parce que quand les recettes publicitaires sont en baisse, ils ont mieux à prendre soin des annonceurs qui restent, sinon ils iront faire leur pub ailleurs. Ce lien de dépendance entre les médias et les annonceurs, il est très problématique pour la liberté de la presse. Et pour le coup, sur YouTube, c'est le festival. Prenez Hugo Descrypt, il se retrouve dans le sommaire exécutif du Digital News Report de Reuters. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais en intro d'un rapport international sur les médias du monde entier, il y a Hugo Descrypt qui est décrit comme le seul exemple en dehors des US où un gars a autant, voire plus, d'audiences chez les moins de 35 ans que les médias mainstream comme TF1 ou Le Monde. Du coup, quand Hugo Descrypt faisait lui-même la pub pour NordVPN dans cette vidéo de 2022, bah, c'est une voix et une tête identifiée de journaliste, donc de quelqu'un qui doit dire la vérité, qui fait une pub. Ce souci de frontière entre contenu journalistique et communication, il a déjà été largement tranché par notre fameuse Charte de Munich, dont l'article 9 dit : "Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire ou du propagandiste. N'accepter aucune consigne directe ou indirecte des annonceurs." C'est pour ça que la CDJM, Conseil de déontologie journalistique et de médiation, a retoqué Hugo Descript et depuis, il semblerait qu'il ait changé ses pratiques. Super. Mais c'est quand même un mode de financement qui s'est tellement normalisé que voilà, on dirait que tout le monde n'a pas reçu le mémo, quoi. D'autant que ce flou entre journalisme et marketing se renforce aussi par d'autres canaux, comme l'a relevé la commission d'enquête sénatoriale sur la concentration des médias en 2022. De plus en plus, des chargés de contenu ayant davantage de profils communication, numérique ou marketing remplacent des journalistes professionnels titulaires de la carte de presse. Cette précarisation passe notamment par un recours accru au statut d'auto-entrepreneur ou de journalistes d'agence de presse, ainsi qu'à l'intermittence. Là, aujourd'hui en France, ça fait plusieurs années que en tendance longue, le nombre de journalistes décroît. C'est-à-dire que vous aviez des gens qui étaient payés avant pour nous informer et qui maintenant vont faire des relations publiques pour des entreprises privées. Bah, on voit bien que dans l'équilibre du rapport de force entre comment les citoyens sont informés et puis les entreprises, bah, on est en train de perdre. Et ce flou entre information et publicité, il prend plein de formes différentes. Par exemple, dans la presse écrite, vous avez forcément vu passer des publi-reportages. Regardez ça. Par exemple, ça ressemble à un article de BFM TV sur Trade Republic, rubrique bon plan. Bah, ça doit être un journaliste qui compare les différentes offres des banques en ligne. C'est trop bien ça. On n'a pas toujours le temps de faire les comparaisons de nous-mêmes. Alors, on scroll et tout en bas, oh bah alors, qu'est-ce que c'est que cette mention cheloue à la fin là ? "Ce contenu a été réalisé par un expert de l'équipe shopping de BFM TV. BFM TV est susceptible de percevoir une rémunération lorsqu'un de nos lecteurs procède à un achat via les liens intégrés dans cet article." Tiens, tu as entendu Valentin, là, pour le site Stup Média, là, ce serait un bon complément de revenu, non ? Non, mais c'est indécent, là, quand même. On est d'accord que cette pub, elle est volontairement déguisée en article de presse pour nous tromper, pour nous empêcher de remarquer que, en fait, c'est une pub. Et après, on s'étonne que la confiance dans les médias recule. OK. Ouais, bon, tu as raison, Valentin, oublie, c'est c'est nul, visiblement. Mais sinon, est-ce que tu connais le brand content ? Le quoi ? Non, c'est quoi ? Alors, regarde, on va sur Instagram ou sur TikTok, on va sur le compte de Brut Média, jeune et progressiste. Bon, devenu depuis 2025, quand même, la propriété de Rodolphe SAD, hein, CMA CGM, là, les porte-conteneurs, tout ça, faut le savoir, quand même, hein. Voilà. OK, donc, on scroll un peu et pouf, tiens, regarde, un reportage sur les cartes Pokémon. C'est rigolo ça. Ah ouais, c'est tellement bien le journalisme. On peut s'intéresser à tout. En plus, j'avoue, j'aime bien Brut pour les contenus cool, un peu comme ça. C'est c'est jeune et progressiste. Tu m'étonnes. Sauf que hop, qu'est-ce qui s'affiche en tout petit là ? Regarde. Pad. Mais non. Et ben si, Marino, c'est déguisé en reportage, mais en fait, c'est une pub pour eBay. Mais ce n'est pas vrai, je me suis fait avoir. Voilà. Et là, regarde, si on va sur la page de la régie publicitaire de Brut, il y a plus d'infos sur les véritables objectifs de ce média : "Nous pouvons vous aider à imposer votre marque dans les conversations sociales et la faire rester pertinente culturellement auprès de la nouvelle génération." Tu vois, c'est un média de publicité jeune et progressiste. Valentin, ça te parle mieux, ça ? Du coup, on pourrait essayer ça, non ? Ah non, non, moi, je pose mon véto. Tu poses ton véto aussi ? Non, mais voilà, c'est vu, c'est vu. Voilà. Mais c'est toujours pareil. Moi, je propose des trucs. Après, on n'aime pas la réussite ici, de toute manière. Donc, bon, voilà. Mais alors, attends, parce que ce n'est pas fini. Brut, ça a été créé en 2016, mais ça a explosé pendant les Gilets Jaunes, fin 2018. Et oui, on se souviendrait Musin, hein, qui filmait les manifestations et les violences policières de manière très, très, bah, très brute. Justement, en 2019, juste avant les élections européennes, Emmanuel Macron, qui en général fait très peu d'interviews, propose aux médias en ligne sa première interview. C'est la hype de ouf dans la rédaction, le président veut passer chez Brut. Sauf que le rédacteur en chef de l'époque, Laurent Lucas, refuse parce que : un, il comprend que Macron n'a aucune annonce à faire, c'est juste pour faire de la com de son parti avant les élections. Et deux, Brut n'a pas donné la parole à d'autres formations politiques pendant la campagne européenne. Donc, éthique journalistique, intérêt général, refus de recevoir le président. Et c'est beau, ça, quand même. Ça, c'est la presse qu'on aime. Sauf que depuis 2019, la relation avec Macron, elle a, elle a quand même changé un peu. Ça fait 9 ans que je suis là, c'est long pour les gens. Et depuis le rachat par Rodolphe Saad en 2025, la nouvelle boss du groupe, Elsa Darkier, ne s'en cache même plus. Elle parle de son média comme d'une "Love Brand", une marque qui crée de l'attachement avec ses consommateurs. Elle ajoute même que : "Aujourd'hui, on nous dit 'Vous êtes le média de Macron', mais vous verrez qu'en 2027, on sera le média du ou de la prochaine présidente. Ils viendront chez nous, j'en fais le pari." Je pense que ce n'est pas le meilleur flex pour un média. Je crois que la boss de Brut connaît pas la charte de Munich. Donc, est-ce que Brut, c'est un média d'information ? Informer le public pour un meilleur fonctionnement démocratique, tout ça, tout ça, ou est-ce que c'est juste l'agence de com non officielle de l'Élysée, doublée d'une vitrine pour imposer vos marques dans les conversations sociales ? Donc, voilà, devenir payant, tout le monde n'a pas accès à l'info, et avec la pub, tu peux rapidement te retrouver à faire de la com. Bon, mais quelle autre solution on a pour faire rentrer de l'argent ? Et ben, l'appel à un ami milliardaire. Sauf qu'on l'a déjà expliqué. Dans ce cas, au lieu d'être au service des annonceurs, bah, le média devient au service de son actionnaire. Au service de son actionnaire, je te trouve bien poli. Moi, je l'aurais pas dit comme ça. N'est-ce pas censé me lécher le cul et me mentir ? Alors là, on a plein d'exemples. He, prenez Science et Vie, qui est un média de vulgarisation scientifique. Il a été racheté par deux entrepreneurs français, Pascal Chevalier et Gautier Normand, via leur média Reward Media, en 2019. Sauf que voilà, alors que Science et Vie était financièrement viable, Reward Media a drastiquement changé le financement du magazine. On dégage les journalistes qui sont passés de 340 à 140, et on remplace un départ sur deux par des communicants qui vont booster les revenus publicitaires. De la bouche de Dominique Carlier, délégué syndical chez Reward Media : "Ils se foutent du contenu. Ils cherchent en réalité à optimiser le référencement de tout et n'importe quoi pour susciter du clic sur des marques autrefois prestigieuses." Mieux, les anciens journalistes de Science et Vie ont lancé leur propre journal, Epsilon. Mais ils ont immédiatement été attaqués en justice par les boss de Rewor Media pour dénigrement, diffamation, concurrence déloyale et parasitisme. Toutes ces plaintes n'ont rien donné, mais elles ont coûté beaucoup d'argent à un moment où les journalistes étaient en pleine aventure entrepreneuriale. De là à dire qu'on a affaire à une campagne d'intimidation, il n'y a qu'un pas que nous ne franchirons pas, du coup, pour éviter les procès. L'exemple de Science et Vie, puis de Epsilon, ça nous montre bien que l'actionnaire cherche son intérêt, ici économique, par tous les moyens : transformer l'information en publicité pour s'enrichir ou bien détruire la concurrence naissante pour rester en tête. L'autre exemple, ce sont bien sûr les chaînes du milliardaire Bolloré, CNews et feu C8, qui sont moins utilisées pour dégager des bénéfices que pour véhiculer une idéologie alignée sur les valeurs de l'actionnaire, quitte à mal représenter l'information, laisser dire n'importe quoi ou même à insulter. La preuve, c'est que C8 n'a jamais été rentable. Et pour CNews, l'info est planquée, mais voilà ce qu'on a trouvé : "CNews a vu sa situation se dégrader en fin de période. 9,5 millions de pertes en 2023 contre 5 millions 1 an plus tôt." Donc, bon, pour certaines activités, la rentabilité pour Bolloré, ce n'est pas la priorité. Ça rime. Les nombreuses amendes infligées à ces deux chaînes par l'Arcom, le gendarme de l'audiovisuel, ne les ont pas freiné pour autant. Saviez-vous que dans le top des plus grosses amendes distribuées par l'Arcom, on retrouve systématiquement Cyril Anouna ? 3 millions d'euros en 2017 pour des canulars homophobes. 3,5 millions en 2023 pour des insultes à l'encontre du député LFI Louis Boyard. Au total, Anouna a accumulé 7,5 million d'euros d'amende à lui tout seul, avant que la licence de C8 ne soit carrément retirée. Parce qu'en fait, vous avez des effets boules de neige derrière. Comme Bolloré fait ce qu'il veut et que personne ne vient lui taper sur les doigts, bah, les autres milliardaires derrière se disent : "Pourquoi nous, on va s'embêter avec des chartes d'éthique, l'indépendance de la rédaction, les droits aux journalistes ? On va aussi faire ce qu'on veut." Et ça, c'est extrêmement problématique et dans l'état actuel des choses, on va continuer à à chuter assez fortement dans le classement de la liberté de la presse. Le et on ne chute pas juste, on ne chute pas parce que ça s'améliore dans les autres pays. Ça se dégrade en France. Ça se dégrade en général, hein, aujourd'hui, l'écosystème médiatique, particulièrement en France.
Bon, mais d'ailleurs, en parlant de rentabilité, on n'a pas encore parlé des aides à la presse, parce que l'État est parfaitement au courant que le modèle économique d'un média est par essence compliqué. Du coup, les médias sont aidés par différents mécanismes. Le premier, c'est un taux de TVA réduit de 2,1 % pour l'argent perçu via les abonnements. Ça représente 200 millions d'euros par an.
Ensuite, il y a les aides postales pour la presse papier qui a besoin d'envoyer ses impressions aux quatre coins de la France. Ça représente environ 100 millions d'euros par an.
Et enfin, il y a les aides à la diffusion, au pluralisme et à la modernisation pour encore environ 100 millions d'euros. Mais point important, ces aides sont associées pour les deux premières au statut de média que n'importe quelle entreprise peut demander et pour la troisième à des critères supplémentaires d'IPG pour information politique et générale. Sauf que dans les conditions à respecter pour être un média ou pour être IPG, on ne retrouve aucune mention d'une éventuelle obligation d'embaucher une majorité de journalistes et encore moins de les associer aux décisions de gestion du média. Autrement dit, Rewor Media a pu perdre les 2/3 des journalistes de Science-V sans pour autant perdre son taux de TA réduit de 2,1 %. Et c'est ça qui est un peu bizarre, les aides à la presse qui représentent aujourd'hui environ 400 millions d'euros par an ne sont pas du tout conditionnées pour favoriser la presse libre et indépendante.
Attends, mais alors est-ce que ça veut dire que ces news bénéficieraient aussi des aides à la presse ? Alors non, mais juste parce que les aides à la presse ne concernent que la presse écrite, soit sur internet, soit sur papier, soit les deux, mais pas les chaînes de télévision, ni la radio. Donc non, ces news ne touchent pas d'aide publique pour le journalisme. OK. Bon, moi, c'est déjà ça.
L'autre manière pour la puissance publique de faire exister une presse indépendante, c'est de la financer en direct. Mais comment ça s'appelle quand c'est l'État qui finance directement des trucs ? J'appelle ça la France, mademoiselle, et pas n'importe laquelle. La France du général de Gaulle. Alors effectivement, attention, l'indépendance d'un média public n'est pas automatique, hein. Quand ça a été lancé en France, ça s'appelait l'ORTF et c'était très très dépendant du pouvoir politique. Donc pas du tout une presse libre et indépendante. Et aujourd'hui, il y a de la pub sur France Télé et sur Radio France.
Alors, où est-ce qu'on en est ? Y a-t-il indépendance des médias de services publics ? C'est aussi le principe de l'audiovisuel public qui n'a pas trop de pub par exemple, vous ne voulez pas trop de revenus publicitaires parce que ce n'est pas commercial, ce n'est pas privé. Vous voulez de l'information, du documentaire, de la fiction et cetera de qualité qui est financé justement par de l'argent public. Comme l'explique Julia Cager, le budget de France Télé plus Radio France dépend très peu de la pub. Sur les 4,5 milliards d'euros par an, 4 milliards viennent directement de l'État. Ensuite, il y a les 400 millions de revenus publicitaires et 100 millions de revenus commerciaux. Par exemple, quand France Télé vend les droits de certaines de ses séries ou documentaires. Donc effectivement, le service public n'est pas le gentil toutou des annonceurs ou en tout cas pas autant que les autres. Par exemple, le groupe Le Monde tire 20 % de ses revenus de sa régie publicitaire. TF1 5 %, M6 10 %.
Mais bon, du coup, est-ce que l'audiovisuel public est un bon modèle économique ? On en est où niveau indépendance ? On avait une redevance qui avait des imperfections mais qui avait le mérite d'être un financement fléché, donc de garantir une indépendance. Paf, le gouvernement tape dessus, supprime la redevance et le remplace par un système beaucoup plus flou et moins stable. Emmanuel Macron a supprimé la redevance télé en 2022 qui était une taxe sur les postes de télé qui finançait directement le service public. Julia Cagel a dit, c'était fléché, calé sur l'inflation et l'État ne pouvait pas toucher à cet argent. Il allait directement dans les caisses de France Télé et de Radio France. Depuis la suppression, c'est le gouvernement qui doit voter une loi de financement tous les ans. Donc maintenant et ben le service public doit faire attention à ne pas déplaire aux politiques qui votent son budget. Niveau indépendance, ce n'est pas ouf quand même.
Et non, et c'est d'ailleurs signalé dans le suivi mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. On peut y lire que dans le cas de la France, l'absence de financement pérenne après la suppression de la redevance fragilise l'audiovisuel public. Il faut quand même vraiment dire les choses. Le service de l'audiovisuel public ne connaît pas de difficultés économiques. Il est fragilisé économiquement par la puissance publique. C'est deux choses extrêmement différentes. Dans l'ensemble, ce que semble dire la sociologie d'après ce qu'on a pu lire, c'est que les journalistes du service public français sont plus indépendants vis-à-vis du pouvoir économique que les journalistes des médias privés. Autrement dit, c'est plus facile de tailler un short à Bolloré ou Bernard Arnault sur le service public que sur TF1. D'ailleurs, petit quiz au passage. TF1 est la propriété de Bolloré, pas vrai ? Et non, de Bouygues. Ah oui, c'est vrai. Ouais, c'est toujours important de savoir qui possède quoi. H, tu as raison.
Bon, indépendance du pouvoir économique plutôt, mais on vient de voir que le politique essaie de reprendre la main du côté financement et c'est aussi vrai sur l'aspect de la gouvernance. Et ben oui, parce que si c'est l'ARCOM qui nomme les présidents de Radio France et de France Télé, le boss de l'ARCOM, lui, il est nommé par le président de la République. Cette pression du pouvoir politique, on la ressent encore dans l'actualité. Par exemple, il y avait un projet de centralisation des quatre filiales du service public : France Télé, Radio France, France Info dans une holding France Média. Projet mené par Rachida Dati quand elle était ministre de la Culture et projet validé par la présidente de France Radio, Laurence Bloch, nommée par Macron par l'ARCOM pardon. L'idée c'était d'avoir une meilleure stratégie pour résister aux géants du numérique. Bon, on ne sait pas trop comment. Mais la crainte des syndicats et de la gauche au parlement, c'était que centraliser la gestion de l'audiovisuel public, bah ça l'aurait rendu plus facile à contrôler par le pouvoir en place.
Après, quitte à revenir aux sources, autant que ce soit clair. Au lieu d'appeler ça France Média, il fallait proposer ORTF 2, le retour. Bah non, si tu mets un sous-titre, tu ne peux pas mettre un chiffre. Comment ça ? Bah soit c'est ORTF 2, soit c'est ORTF le retour. Mais ça ne peut pas être les deux à la fois quoi. Ce n'est pas Alien 2, c'est Alien, le retour. Bah oui, mais pourtant c'est le rêve américain. Donc si ça marche. H bon, sous-titre ou pas sous-titre, qu'est-ce qui ressort de tout ce qu'on vient de raconter ? On a un problème de défiance vis-à-vis des médias. Les gens ont de moins en moins confiance dans l'institution médiatique. Les opinions se polarisent, on a de l'information de partout, mais le problème c'est son indépendance et sa qualité. Et c'est un problème parce que c'est parfaitement compris, théorisé et même prouvé par les sciences politiques. Le fait d'avoir une population correctement informée, c'est le 4e pilier de la démocratie. Sans des médias indépendants des pouvoirs politiques et économiques, bah pas de démocratie fonctionnelle. C'est-à-dire qu'on a un univers médiatique qui du point de vue des médias privés est de plus en plus fragilisé parce qu'on ne régule pas assez, parce qu'on ne protège pas assez l'indépendance des journalistes et parce qu'on ne fait pas en sorte de la protéger.
En face, vous avez un univers médiatique qui est l'audiovisuel public qui est davantage indépendant. Comme vous avez toute une partie du champ politique et en fait la droite et la droite de la droite qui est contre finalement cet audiovisuel public qui lui échappe, qui échappe à son contrôle, mais en fait elle veut l'affaiblir soit en fusionnant, soit en privatisant et puis en commençant par couper les ressources. Donc bon, la situation est compliquée mais ce n'est pas impossible pour autant parce que le véritable enjeu derrière l'indépendance des médias vient surtout de la gouvernance. Le souci, c'est que les entreprises médiatiques ne sont légalement pas différentes des entreprises classiques. Et dans une entreprise classique, celui qui finance est aussi celui qui gouverne. Mais c'est tout à fait possible de faire autrement. Par exemple, s'il y a bien des actionnaires derrière le journal Le Monde ou derrière Mediapart, bah le montage juridique par l'adoption de statuts particuliers fait que ce sont bien les journalistes qui ont le pouvoir. Ces journaux sont protégés des rachats hostiles et le directeur des publications doit être validé par les journalistes. Le problème, c'est qu'aujourd'hui pour que ça existe, il faut compter sur des actionnaires milliardaires qui abandonneraient volontairement leurs pouvoirs jusqu'au moment où ils changeraient d'avis quoi. Et voilà et donc ce n'est pas ultra fiable.
Julia Cager et Benoît UEL expliquent en long et en large dans leur livre "L'information est un bien public". Oui, on retrouve quelques médias qui sont parvenus à se rendre plus ou moins indépendants de leurs actionnaires comme The Guardian, au Royaume-Uni, Le Temps en Suisse ou Le Monde et Mediapart chez nous. Mais cette indépendance n'est pas du tout le résultat d'un cadre juridique propice. C'est plutôt un coup de bol en fait. D'où la proposition faite dans le livre, celle de créer un cadre juridique des entreprises médiatiques. Obligation d'avoir des journalistes majoritaires au conseil d'administration pour ne jamais dépendre du bon vouloir de l'actionnaire. Obligation de réinvestir 70 % des bénéfices dans le journal pour favoriser l'orientation vers l'intérêt général plutôt que vers la pompe à fric. Obligation d'embaucher une majorité de journalistes et aide à la presse réservée aux médias qui respectent toutes ces règles. Et puis nous, on rajouterait bien obligation d'adopter au minimum tous les articles de la Charte de Munich dans la charte de déontologie du média. C'est la base de la base, vous avez vu, elle n'est quand même pas très longue, mais ce serait quand même un bon début parce que les articles 8 et 9 là qui disent qu'un journaliste n'est pas un communicant, et ben ce serait pas mal de le rappeler à de nombreux dirigeants de médias, j'ai l'impression.
Et pour ce qui est de l'audiovisuel public, il est nécessaire de retrouver un financement automatique comme le permettait la redevance auquel les politiques ne peuvent pas toucher et il ne faut pas non plus qu'ils puissent simplement imposer les chefs. Ici encore, les journalistes devraient avoir un droit de regard. Bref, le but de tout ça, c'est de faire évoluer un cadre juridique pour l'adapter à notre époque, pour s'assurer que le 4e pouvoir puisse remplir sa mission et que l'on puisse pleinement profiter de nos démocraties.
Bon, on parle, on parle mais concrètement, on est un média nous aussi. Et oui, Stup Média, c'est comme le Port-Salut, hein, depuis toujours, c'est écrit dessus. Mais en tout cas, nous ce qu'on a décidé de faire, c'est de se regrouper autour d'une charte d'être financée principalement par vous, l'audience, tout en garantissant l'accès à nos productions au plus grand nombre gratuitement et sans publicité. Quand je vous disais qu'on n'aime pas la pub, par exemple, Argent Magique, c'est une émission qui existe grâce à Stup Média parce qu'il y a le "Hul", votre participation qui finance l'émission. Mais derrière, notre média est là pour tous les coups cachés en backstage un peu. Les frais comptables, juridiques, ça nous permet d'avoir un statut salarié et un petit fond de sécurité aussi. Ça, c'est vrai pour Argent Magique mais aussi pour toutes les autres productions Stup Média, donc toutes les chaînes des membres du collectif, des émissions comme "Les pieds dans le plat" et puis aussi tous les articles originaux publiés sur le site et écrits par des journalistes qu'on peut rémunérer. En plus de ça, chez Stup Média, on aide des projets qu'on considère d'intérêt général, par exemple l'émission de vulgarisation scientifique C+ ou encore un pilote d'une nouvelle émission du "Diable Positif". Notre objectif, c'est d'arriver à 5000 € de dons mensuels sur le média, ce qui nous permettrait de pouvoir lancer de nouveaux projets, mais surtout d'assurer la pérennité du média et participer à notre petite échelle à la pluralité de la presse indépendante.
En tout cas, merci d'avoir suivi cette saison d'Argent Magique. Si elle a pu exister, c'est grâce à vous. Donc vous avez financé 10 épisodes. Là, vous avez le numéro 9. Donc, on vous garde le dernier pour la rentrée en septembre. Puis ensuite, à partir de là, normalement, si vous êtes toujours là, bah on enchaîne sur une saison 3.
Non, les journalistes, c'est comme les connards. Ce n'est pas toi qui dis si tu en es un ou pas. Faut pas garder ça, Max.